Après deux ans d'absence, Sinik revient enfin avec un nouvel album, intitulé La Plume et le poignard. Pour cette occasion, le natif des Ulis raconte un peu la naissance de ce dernier opus et s'exprime sans limite sur le paysage du rap français actuel. Rohff, Booba, Akhenaton, Diam's... Sinik a tout confié sur Purefans

Après deux ans d'absence, Sinik revient enfin avec un nouvel album, intitulé La Plume et le poignard. Pour cette occasion, le natif des Ulis raconte un peu la naissance de ce dernier opus et s'exprime sans limite sur le paysage du rap français actuel. Rohff, Booba, Akhenaton, Diam's... Sinik confie tout sur Purefans News !

Tu avais annoncé ta retraite en 2008. Pourquoi as-tu décidé de poursuivre ta carrière musicale ?
En fait, on avait annoncé ma retraite à ma place. J'avais fait une interview dans un journal et j'avais déclaré que j'avais besoin de souffler un peu et ça a été déformé. Ils ont fait croire que je voulais prendre ma retraite, ils étaient accrochés au scoop. Mais ce qui est vrai c'est que j'avais besoin de souffler. On venait d'enchaîner trois albums, trois tournées, c'est beaucoup plus physique que ce qu'on peut penser. J'avais l'impression de ne plus vivre chez moi, donc j'ai ressenti le besoin de faire un break. Mais en aucun cas je n'ai voulu prendre ma retraite ! La retraite à 29 ans, c'est un peu du manque de respect pour les gens qui bossent jusqu'à 60 piges. C'est juste que j'avais besoin de récupérer à un moment donné et voilà, c'est fait ! Je me suis reposé, j'ai rechargé les batteries pour repartir sur de bonnes bases.

Comment as-tu envisagé ce nouvel album ?
Déterminé, comme les autres. Avec l'envie de faire un bon album, avec l'envie de faire plaisir à mon public, que les gens s'y retrouvent, qu'ils soient touchés, émus par certains textes. J'ai tout misé sur la plume et suis revenu à des fondamentaux en faisant des morceaux vraiment spontanés sans trop y réfléchir, comme dans l'esprit du premier album. Ce nouvel opus est beaucoup plus brut, c'est ce que je voulais dans la globalité.

L'ambiance des morceaux de La Plume et le poignard est plus reggae que tes précédents albums. Pourquoi ?
Ce n'est pas vraiment qu'il est plus reggae. En fait, il y a deux morceaux où les tonalités sont un peu plus reggae que d'autres. Par exemple, dans le titre Légitime défonce qui ne parle que de la fumette, le côté un peu reggae du son s'imposait de lui-même. Ensuite, il y a un featuring avec J-Mi Sissoko qui a ramené une vibe particulière sans être vraiment prévue, c'est la touche qu'il a voulu apporter. Cela dit, ça reste un album de rap. C'est comme sur le troisième album, où figurait un morceau plus pop avec James Blunt... En fait, sur chaque album, j'essaie de m'incruster un peu dans un univers qui n'est pas forcément le mien ou d'amener ces diversités dans mes albums. Quand on arrive à faire un bon mix de genres et de musiques différentes, en général, cela donne des albums intéressants et bien construits. Ce n'est juste pas des instru rap, des textes de rap, on peut rapporter un truc beaucoup plus musical. Et dans le ragga ou le reggae, il y a une mélodie que j'apprécie beaucoup.

Comment justifies-tu le titre de cet album, La plume et le poignard ?
J'aurais aussi très bien pu l'appeler Le chaud et le froid ou Le bien et le mal. Ce titre, c'est juste une manière de dire que j'ai plusieurs manières d'écrire. La plume, ça peut être un morceau comme La Cité des anges, pour n'en citer qu'un. Et le poignard, c'est le côté clash, c'est le côté plus tranchant. Donc c'est juste deux aspects de mon écriture, de ma manière de concevoir le rap. Dans un album, il faut un peu de tout, il y a différentes émotions. Il y a certains morceaux où tu es énervé, où tu as envie de crier, d'autres où tu es plus réfléchi, où tu as accentué le discours et l'écriture. Ce titre est une synthèse de l'album : un côté énervé et un côté beaucoup plus calme et posé.

Où as-tu trouvé ton inspiration pour ce nouvel album ?
Il y a des morceaux très autobiographiques comme Brothers, dans lequel je parle des relations qu'on a entre potes. Dans nos quartiers, on est très loyaux les uns avec les autres, c'est un peu : "T'es mon pote, donc c'est jusqu'à la mort". Ce sont des valeurs que l'on nous a inculquées très jeune et que l'on apprécie. Après, il y a des morceaux plus secondaires, dans lesquels je parle plus des autres que de moi comme dans Anti Couronne. Je pense qu'un album, et un album de rap plus précisément, c'est fait de morceaux où tu parles de tes propres expériences, mais également où tu parles des autres et où tu les représentes. C'est un mot qui a été galvaudé dans notre milieu, mais c'est ça. On tient à parler des gens que l'on connaît, avec qui l'on a grandi, qui habitent encore là où toi, tu habitais avant, de leurs galères, etc. Et c'est important d'avoir ce mélange.

Que penses-tu du rap français actuel ?
Il y a aussi des têtes qui émergent en permanence et c'est cool. J'aime bien de jeunes artistes comme Fababy ou comme LECK qui figurent d'ailleurs sur l'album. J'aime bien aussi Sultan. Après, il y en a d'autres dont je suis moins fan parce que ce n'est tout simplement pas mon univers. Après, tous ces rappeurs symbolisent vraiment la nouvelle génération du rap français et c'est l'essentiel. Je pense que le rap sera vraiment mort, le jour où l'on comptera sur ceux qui sont en place et uniquement sur eux. Qu'on attendra de les voir mourir un par un et de se dire : "ah il n'y a plus personne, il n'y a pas de relève". Le plus important est que d'autres artistes arrivent, que l'on aime ou pas, qu'il y en ait juste pour tous les goûts.

Rohff est actuellement clashé et tu as pris son parti. Pourquoi ?
C'est une question récurrente comme s'il fallait que je choisisse absolument. Mais si, depuis des années, j'ai dit que j'étais plus du côté de Rohff, ce n'est pas à cause de mes histoires avec Booba, c'est surtout par rapport à ses idées, aux valeurs qu'il véhicule. Par rapport aussi, au fait qu'il est venu sur la scène de l'Olympia avec moi juste pour faire kiffer mon public. Je me reconnais aussi plus musicalement et humainement en Rohff qu'en Booba. J'ai beaucoup de respect pour lui, pour ce qu'il fait. J'ai eu la chance de le croiser plusieurs fois et franchement, c'est un mec droit et un mec de principes. Et c'est tout cela que j'aime parce que je me considère aussi comme un mec avec des valeurs, peut-être un peu trop parfois... Et puis, il est allé au bout de son concept, notamment avec l'album Le Code de l'honneur, c'est ça que j'aime.

Tu as trouvé de bons amis dans l'univers du rap, à l'image de Diam's. Quel regard poses-tu sur son retour littéraire ?
C'est son choix. Si elle a envie d'écrire des bouquins, plutôt que des chansons, c'est plutôt bien. Je ne cache pas que, d'un point de vue personnel, c'est un projet qui me tente, pour la simple et bonne raison que je suis un fan d'écriture, comme Diam's, et qu'un bouquin, c'est une autre manière de concevoir l'écriture. Il n'y a pas d'obligation de rimes à faire, on peut être beaucoup plus précis dans les mots, dans le message que l'on veut faire passer. Sans prétention aucune, je pense que je pourrais écrire un livre, tout seul, en deux semaines, parce que ça fait quinze ans que j'écris des textes en voulant les faire rimer et que je n'aurais plus cette contrainte. Et si Diam's a envie de raconter sa vie dans un bouquin, elle a bien raison. Il y a tellement de gens qui ont raconté sa vie pour elle, qu'à un moment donné, cela me paraît légitime qu'elle le fasse elle-même. Et puis, que ce soit ses choix dans sa vie ou dans sa carrière, je la soutiens parce qu'on a grandi ensemble, on se connaît très bien et elle reste ma pote avant tout. Tant qu'elle est heureuse et épanouie dans sa vie, c'est cool et ça me fait plaisir.

Comprends-tu qu'elle ait pu plonger dans la dépression ?
Ce que les gens ne savent pas c'est que le méga-succès, comme Diam's a pu le vivre, c'est aussi dur à gérer que l'échec. C'est presqu'un cadeau empoisonné pour des personnes qui sont peut-être un peu fragiles ou un peu seules comme elle l'était à une époque. Donc ce n'est pas étonnant qu'elle ait craqué, parce que les valeurs autour d'elle ont été faussées, parce qu'il y a plein de choses qui se sont passées dans sa vie. Le succès peut devenir un poids énorme. Tout change. Les gens et tes proches ne te regardent plus de la même manière, tu ne passes plus inaperçu nulle part, tu es surprotégé, il y a de quoi péter les plombs. Et qu'elle ait voulu prendre du recul par rapport à sa carrière, je peux le comprendre. D'autant plus que tout est arrivé très rapidement pour elle. Contrairement à moi, elle a fait de très gros chiffres en très peu de temps. Après, on ne va pas faire les mendiants, c'est kiffant en tant qu'artiste, mais ce que les gens ne savent pas forcément, c'est que les à-côtés ne sont pas toujours évidents.

Akhenaton s'est récemment exprimé sur le paysage culturel de la France en disant que la télé-réalité, et Secret Story en particulier, nuisait à la jeunesse. Qu'en penses-tu ?
Je ne suis pas trop d'accord avec lui. Pour moi, si les jeunes dealent dans les quartiers, ce n'est pas la faute de Secret Story. Je pense que c'est parce qu'ils ont une vie de m*rde, parce qu'on les a abandonnés très jeunes et la télé-réalité, ou la télé en général, n'a rien à voir là-dedans. C'est davantage le côté social qu'il faudrait analyser. Ils vivent dans des quartiers où il n'y a absolument rien et duquel ils ne peuvent pas sortir parce qu'ils sont excentrés de tout. Et maintenant, on se rappelle d'eux, d'un coup, parce qu'ils sont chômeurs, parce qu'il y a des problèmes dans les banlieues. Mais le vrai problème, il fallait le prendre à la racine. On a laissé des jeunes grandir avec leurs codes, avec leurs manières à eux de se débrouiller. Maintenant, c'est difficile de leur faire comprendre qu'il faut se lever à 6h30 pour aller bosser et gagner ce qu'ils gagnent en une heure. Il y a plein de trucs comme ça où l'on a trop laissé faire. Donc le problème ce n'est pas la télé, c'est la vie que ces jeunes mènent tous les jours dans les quartiers que ce soit à Paris ou à Marseille, où à part dealer, il n'y a rien à faire. Il faut y être au quotidien pour comprendre. Si t'as envie de faire un peu de sous, c'est système D ou rien du tout, et c'est ainsi que les jeunes rentrent dans des logiques délinquantes. Et maintenant, les solutions, il faut les trouver.

Justement, quel message tu voudrais faire passer à ces jeunes ?
Je le dis à plusieurs reprises dans l'album. A un moment, je dis : "Il y a mieux à faire que de vendre du crack/Saches que l'acteur le mieux payé est un rebeu de Trappes". C'est pour dire qu'un mec commeJamel Debbouze, il n'avait rien de plus que nous à la base. Il faut se servir de ces exemples, de ces mecs qui étaient au même niveau et qui aujourd'hui font des choses grandioses que ce soit pour eux-mêmes, pour la banlieue ou pour le cinéma. Il faut donner aux jeunes des quartiers des responsabilités, leur montrer qu'on les considère. Ce qu'il faut, ce ne sont pas trois animateurs qui viennent épisodiquement, c'est un mec qui est là, qui les accompagne et qui les remotive. Après, bien sûr, il y en aura toujours qui ne se donneront pas les moyens de s'en sortir. Mais, si on arrive déjà à redonner l'envie du taf, des formations, de fonder une boîte ou de se débrouiller légalement à 50 % des jeunes, ce sera déjà ça de gagner. Et, je pense vraiment que les politiques n'en ont plus rien à foutre. Ils cherchent à changer des trucs comme le préfet ou autre, mais ce n'est pas ça dont les quartiers ont besoin. Il faut juste aller voir ces jeunes-là et leur redonner confiance en l'institution, parce qu'ils la voient comme une ennemie alors qu'ils devraient la voir comme une amie, qui est là pour les aider et avec qui ils peuvent bosser. Et pour preuve, aux Ulis, ils ont compris. Ils ont donné les clés du quartier à des mecs comme moi, des anciens, et ça permet de responsabiliser les gens. Ce qu'il faut vraiment comprendre c'est que la vie que ces gamins mènent ne les amuse pas et n'amuserait personne !

Et pour finir, tu as lancé ton nouvel album le 24 septembre, prévois-tu une tournée dans les prochains mois ?
Yes ! Nous allons faire le Zenith de Paris avec le label 6/9, le 26 janvier 2013. Ce ne sera pas mon Zenith, ce sera le Zenith du label donc il y aura Kayna Samet, l'Algerino et moi-même. Et ce show viendra clôturer ma tournée française. Et à la fin du mois, je vais partir faire une première série de concerts au Canada. Ce sera une petit tournée de mise en jambes, afin de rôder un peu le show. Donc, on part au Canada, on revient dans toute la France et on sera au Zenith en janvier pour le label. On n'a pas à se plaindre. J'ai soufflé, maintenant je suis motivé et je ne pense plus qu'à une chose : défendre mon projet, montrer à tout le monde que c'est un bon album et qu'il mérite d'être acheté. La motivation est là, il n'y a aucun souci ! (Propos recueillis par Allison Fourrier)

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