Il voulait faire le doublé, c'est raté. Après avoir triomphé dans Resident Evil, Austin Abrams est la star d'un nouveau film au concept fort, Englouti, dans lequel il incarne un homme... coincé dans le ventre d'un cachalot.
Un script qui tient sur un timbre poste, l'acteur le plus prisé du moment à l'affiche et une tension idéale pour les fans de films d'horreur, genre qui connaît actuellement un nouvel âge d'or. Tous les feux étaient donc au vert.
Sauf que le film réalisé par Brian Duffield est en train de boire la tasse à cause d'un démarrage très faiblard avec 17,5 millions de dollars de recettes dans le monde. Alors que son budget est estimé à 60 millions. Autant dire qu'atteindre la barre des 150 millions, essentielle pour obtenir le fameux seuil de rentabilité, s'annonce mission impossible. Aux Etats-Unis, il a subi la concurrence de Street Fighter, Raisons et sentiments et surtout du documentaire phénomène You Can See Everything, finissant son premier week-end avec 8 millions de recettes, loin des 12 millions espérés.
Englouti est donc une nouvelle claque pour le cinéma hollywoodien. La troisième en l'espace de quelques semaines.
© BestImage, Backgrid UK/ Bestimage
Car après un été record marqué par les triomphes de Spider-Man : Brand New Day, L'Odyssée, Toy Story 5 ou Obsession, qui totalisent à eux quatre près de 6 milliards de recettes, Hollywood fait grise mine cet automne dans les salles obscures.
Avant Englouti, c'est The Social Reckoning qui a subi le même désintérêt de la part du public. La suite de The Social Network, le chef d'œuvre de David Fincher sorti en 2010, n'a pas passionné les foules : il ne compte que 15 millions de recettes mondiales, soit la moitié de son budget.
Mais surtout, la rentrée a été marquée par le désastre Digger. Mauvaise promo, réception très clivante... La nouvelle comédie satirique, censée porter Tom Cruise aux Oscars, s'est révélée être une catastrophe industrielle. Son énorme échec au cinéma (42 millions de recettes pour 180 millions de budget) devrait faire perdre 240 millions de dollars à Warner, faisant du film l'un des plus gros bides de l'histoire du cinéma aux côtés de John Carter et The Marvels.
Même Primetime, qui a suscité un buzz autour de Robert Pattinson et d'une potentielle nomination aux Oscars, n'a pas tant fait l'unanimité : 15 millions de budget, 49 millions de recettes. C'est bien, certes, mais un peu en deçà des espérances.
Il semble que le paysage hollywoodien ait totalement changé en l'espace de quelques mois. Alors que cet été, Obsession et Backrooms, réalisé par de jeunes cinéastes issus de YouTube, ont brisé tous les records au box-office en se basant sur des concepts simples suscitant d'énormes bouche-à-oreille, les propositions plus "auteurisantes" de cet automne ont plus de mal à générer le même enthousiasme. Mais comment l'expliquer ?
À chaque fois, les films se sont retrouvés face à une concurrence inattendue : Verity pour Digger, Malfaisante pour Social Reckoning, et Street Fighter pour Englouti... Dans les cas de Digger et The Social Reckoning, il s'agit de propositions plus exigeantes, davantage portées sur les dialogues que l'action, loin des gros blockbusters bardés de scènes explosives et d'effets spéciaux. Résultat, le public boude ces œuvres plus complexes.
Idem, les trois longs métrages ont reçu un accueil presse très mitigé (voire extrêmement clivant pour Digger) qui n'a pas poussé les spectateurs à se faire leur propre avis.
La mise en avant de stars ne semble également plus le signe d'un succès assuré : il a beau être une des dernières grandes stars d'Hollywood, Tom Cruise n'a pas rempli les salles. Tout comme le sex-symbol Jeremy Allen White (qui vient déjà d'essuyer le bide du biopic sur Bruce Springsteen) ou Mikey Madison, dans sa première performance post-Oscar. Là encore, Obsession ou Backrooms ont prouvé que sans véritable star bankable au casting, un film peut quand même casser la baraque.
Pour le média The Atlantic, Digger et The Social Reckoning sont deux projets ambitieux qui "font face au même défi" : à savoir "convaincre les spectateurs de passer quelques heures au cinéma à s'imprégner d'histoires troublantes sur une réalité qu'ils connaissent déjà".
Mais là où les déceptions commerciales de Digger et The Social Reckoning sont facilement compréhensibles, celle d'Englouti peut étonner tant son high-concept particulier semblait idéal à un bel engouement en salles. Malgré des critiques plutôt positives (72% sur Rotten Tomatoes), beaucoup estiment que Whalefall (le titre original) a pâli d'une mauvaise promotion (il a parfois été vendu comme de l'horreur, ce qu'il n'est pas) et par une sortie automnale tardive alors qu'il aurait mérité une projection estivale.
Pourtant, pas de quoi déstabiliser un Tom Cruise qui reconnaît que "Hollywood a toujours connu des hauts et des bas" : "Si vous étudiez [l'histoire d']Hollywood, vous verrez qu'ils ont connu des périodes de faillite et de disette. Je suis enthousiaste. Je suis très enthousiaste quant à l'avenir du cinéma".
Au milieu de toutes ces déceptions commerciales, seuls deux films surnagent. De l'horreur encore et toujours : Resident Evil, qui a bluffé les foules et largement remboursé son budget de 75 millions avec ses 360 millions de recettes. Et Malfaisante qui, malgré des critiques désastreuses, a empoché 78 millions de billets verts, rentrant largement dans les frais de son budget (18 millions).
Mais Hollywood n'a pas vraiment à s'en faire. D'ici la fin de l'année, les salles seront largement remplies grâce aux succès assurés des nouveaux Hunger Games, Dune et Avengers. Pour mettre fin à une année cinématographique décidemment pas comme les autres.