Backrooms, c'est 400 millions de dollars de recettes, un réalisateur de 21 ans, un studio hype (A24), des producteurs de taille (James Wan) et une révolution dans un ciné horrifique qui, de La Main à Obsession, ne jure plus que par la radicalité. Le choc d'une génération.
Mais c'est également une fin perverse qui fait beaucoup jaser, jusqu'aux communautés Reddit d'où est issu le cinéaste. D'aucuns voient en cette anti happy ending l'ultime énigme d'un film labyrinthe qui, se référant au regretté David Lynch, donne volontiers le la à (dans cet ordre) l'abstrait, l'onirisme, l'inconscient, et le langage des rêves.
Un programme plutôt ambitieux, pas vrai ? Mais encore une fois, tout cela ne nous dit pas où veut en venir Kane Parsons avec cette fichue (fausse) résolution en queue de poisson. Aucune inquiétude à avoir : la presse anglophone se met, comme les internautes, à allonger sur le divan l'énorme sensation de la frousse.
© La photo originale des Backrooms publiée sur 4chan en 2018.
Qui ne s'est pas arraché les cheveux face à cette fin ?
Quand vous faites du cinéma d'horreur, vous avez le choix entre :
1. Privilégier une fin ouverte : "et là, Michael Myers se relève".
2. Dézinguer tout le casting histoire que votre film ne devienne pas une franchise
3. Choisir les pires twists (si jamais on vous a imposé Scream).
4. Balancer une fin incompréhensible.
Le surdoué Kane Parsons a opté pour cette dernière option avec un grand sourire de vainqueur.
Quelle conclusion que celle de Backrooms : Mary, la psy incarnée par Renate Reinsve, s'échappe des sous-sols jaunâtres tout droit sortis de The Office, et on voit en guise d'épilogue, son avatar, un visage déformé bien creepy - tout comme quelques bobines plus tôt, on découvrait la version "Backrooms" de son patient, notre "héros", Mike.
Vraiment ? Glamour UK s'interroge : "En fait, cette fin est bien compliquée que ça". Sortez les carnets et les somnifères.
Plusieurs interprétations s'offrent en vérité à nous.
- Mary est parvenue à s'échapper, et seule sa "réplique" persiste dans les sous-sols, ceux-ci étant désormais hantés par ses propres souvenirs, ingurgités et déformés par les Backrooms.
- Mary est enfermée dans ce labyrinthe à jamais, damnée, sa psyché, comme son corps, se figeant dans ces espaces liminaux.
- Tout cela n'est qu'un rêve du personnage, perturbée par les récits hyper traumatisants de Clark. "Mais le réalisateur lui-même a complètement nié cette théorie", assure Glamour. Et ce alors-même que ce plan final a une furieuse allure de paralysie du sommeil. Difficile de ne pas y voir une scène de cauchemar. Mais il y a mieux encore.
Car la journaliste tente une pirouette : sans être un rêve de Mary, ce dernier plan est purement métaphorique, nous présentant une prison plus immatérielle qu'autre chose. En gros : c'est une image et rien d'autre, qui vient servir le propos du film, pas du tout une séquence qui sert narrativement et rentre dans la chronologie des événements.
Kane Parsons en personne a pris la parole, et cela ne nous aide absolument en rien : "Même si je vous partageait ma propre version de cette fin, il ne s'agirait pas de faits complètement avérés".
Oui oui, le cinéaste l'analyse comme s'il s'agissait d'une histoire vraie. Remarquez, il y a de quoi parader quand votre film a carrément eu droit à une ressortie en salles (la fameuse "version longue") alors même que la version "normale" était encore dans les multiplexes.
Un tour de force comme en voit jamais.