Gentiment érotique, pervers, troublant et… rock.
Verity peut se targuer d’être tout ça à la fois. Rock ? Oui oui, si l'on s'attarde sur les fringues des personnages. Et surtout sur l'outfit remarquable de Josh Hartnett. On appelle ça un easter egg.
Il suffit d'une seule scène, de quelques minutes. Le personnage du mari de Verity (incarnée par Anne Hathaway) y arbore fièrement un vieux t-shirt avec lequel il dort… Mais c'est celui d'un groupe fabuleux. Qui a beaucoup compté le siècle dernier et continue d'inspirer.
On te dit tout.
Verity est donc un film rock'n'roll. A sa façon. Car alors qu'il discute avec la ghost writer (Dakota Johnson) dans la cuisine, l'époux mystérieux de Verity, romancière de thrillers morbides à succès, porte un t-shirt à l'effigie de The Jesus and Mary Chain. Et plus précisément en référence à leur deuxième album : Darklands.
Mais c(est quoi au juste, The Jesus and Mary Chain ? Et bien, un groupe de rock eighties notamment composé d’un duo de frères écossais, William et Jim Reid, qui va dynamiser la Grande Bretagne avec ses mélodies très abrasives.
Très tôt, le groupe, dont l'animosité fraternelle annonce très fortement le binôme Liam et Noel Gallagher, revendique une musique mélancolique, onirique, mais aussi blindée de larsens, punk (Iggy Pop est l'un de leurs modèles), dissonante, chaotique, énervée, exactement comme une révolte adolescente.
The Jesus and Mary Chain annonce en cela et dès le début des années 80 la grande vague de "shoegaze" : ce sous-genre du rock qui se caractérise par ses sonorités vaporeuses, ses effets d'échos abondants, sa dimension éthérée très appuyée. Tels les Cocteau Twins, Ride et Slowdive. Et avec eux, les "Jesus" préfigurent toute la tornade de la "dream pop" : de Mazzy Star aux beaucoup plus récents Beach House.
Le duo écossais, qui se détruira à grands coups de rixes familiales, de provocations diverses et d'addictions très prononcées, aura de nombreux fans, des membres d'Oasis - sans surprise - à la cinéaste Sofia Coppola, qui choisit l'une de leurs plus belles chansons, Just Like Honey, pour conclure son second long-métrage, Lost in Translation, avec Bill Murray et Scarlett Johansson.
Un son issu de leur tout premier album, Psychocandy, et que Scarlett Johansson en personne, qui est aussi chanteuse, interprétera en personne lors d'un festival ! Encore aujourd'hui, des groupes comme Mogwai, les Smashing Pumpkins, ou encore la chanteuse Phoebe Bridgers, assument leur passion pour The Jesus and Mary Chain.
Et alors, Verity dans tout cela ?
Bon, peu de punk attitude, de chaos, et de révolution, dans ce thriller trop sage qui aurait pu se permettre beaucoup plus d'excès. La vérité, justement, est ailleurs : Josh Hartnett, en homme de bon goût qui a grandi dans les années 90, est juste un énorme fan des Ecossais. Son caprice lifestyle est hyper classe : la star hollywoodienne rend dans une grosse machine comme celle-ci un hommage des plus salutaires.