Qui dit octobre dit Halloween, spooky season chère à nos coeurs.
Et alors que le cinéma d'horreur vit un nouvel âge d'or - comme le démontre le tout récent et très radical Resident Evil - c'est clairement le bon moment pour vous dévoiler nos plus traumatisantes trouvailles du genre. Toutes disponibles en streaming. Entre pépite et classique en devenir, c'est le Top idéal pour le 31 - et même les semaines qui précèdent. A voir en solo ou, c'est encore mieux, entre amis, pour des frissons partagés.
Le premier qui se fait avoir par un jumpscare a perdu.
The Descent, c'est une véritable pierre angulaire du renouveau horrifique des années 2000. Le deuxième long de Neil Marshall, qui officiera sur Game of Thrones, est une déflagration dans le genre, égale à Eden Lake (2005), Creep (2004), Wolf Creek (2006), The Devil's Rejects (2006)... On y suit une bande de filles addicts de spéléo explorant une grotte... dont elles pourraient très bien ne jamais repartir. Cauchemar anxiogène, transcendant son peu de moyens par une puissance d'immersion implacable, ce film qui, c'est très rare dans le genre, se compose uniquement de personnages féminins, est un puits sans fond de sensations traumatiques, et d'interprétations psychanalytiques - et oui. On appelle ça une masterclass.
Avant le choc Resident Evil, et le hit au box office Evanouis, Zach Cregger nous filait déjà une claque avec ce film érigeant la rupture de ton en tour de force : satire morbide, roller coaster horrifique tétanisant, comédie noire cynique, Barbarian fut un très beau buzz, imposant dans le genre un auteur pétri d'obsessions, à la mise en scène tour à tour ironique et implacable. Sans trop en dire, il sera question d'un Airbnb qui foire, d'un acteur hollywoodien détestable, et surtout, d'une cave. Le reste appartient à nos cauchemars.
A l'heure où le ciné horrifique vit une véritable révolution, boosté par les mégasuccès La Main, Obsession, Evanouis ou Backrooms, ayant en commun une vision radicale et nihiliste du genre, il fait bon se rappeler du film par lequel, aux côtés de Get Out, tout semble avoir commencé : Hérédité, premier long de Ari Aster. Moins abstrait que Midsommar, plus "dans ta face" (littéralement, bon courage pour la scène de la voiture), cette œuvre dont l'on ne peut dire grand chose sous peur de spoiler fascine par sa narration éclatée, ses acteurs habités (Toni Collette), sa cruauté indicible. On y est jamais vraiment revenus.
A ne pas confondre avec l'excellent film d'horreur éponyme de Christopher Smith (qui suit une malchanceuse bloquée dans le métro, sauf qu'elle n'y est pas seule), le Creep de Netflix est un docu-menteur, c'est à dire un faux documentaire se jouant sans cesse de la frontière entre le réel et la fiction. On y suit un mec super barjo (d'où le titre) et imprévisible au possible, saisi par des caméras façon C'est arrivé près de chez vous. Un succès absolu du streaming - et du cinéma indépendant - qui a même donné droit à une suite.
Et si on en revenait à ce que notre cinéma de genre national peut donner de meilleur ? Comme Haute Tension, shocker impressionnant signé Alexandra Aja (La colline a des yeux) qui suit une désespérée Cécile de France en lesbienne traquée par un psycho killer impitoyable. C'est brutal, sanglant, très abouti visuellement, et malgré son twist qui en fera hurler plus d'un, d'une redoutable efficacité.
Qu'est-il arrivé à Leigh Wannell ? Il y a déjà 6 ans, l'acolyte scénariste de James Wan (sur Saw) se lançait solo dans cette prod Jason Blum (Paranormal Activity, Get Out) et parvenait contre toute attente à renouveler un Universal Monster trop connu - l'homme invisible, donc - en actualisant le sujet à l'ère #MeToo (fort de son actrice Elisabeth Moss, la star de The Handmaid's Tale). Là où le Hollow Man de Paul Verhoeven nous collait aux basques de l'agresseur, Invisible Man privilégie la victime, et sa fuite désespérée d'une entité insaisissable. Oui, c'est l'occasion de parler d'emprise, de violences conjugales, de relation toxique. Mais surtout, de brutaliser avec nos nerfs avec une horreur hyper suggestive (la tension éclot... du vide), et des climax traumatisants. Vous n'oublierez jamais la scène du resto.
Tiens, une autre histoire de relation toxique. Mais sur fond de dating, cette fois-ci. Une célib' tombe sur le mauvais date quand ce dernier s'avère... cannibale. Le duo principal, de grande qualité (Daisy Edgar Jones, Sebastian Stan), donne de la chair à cette farce macabre qui, quelques années avant Obsession, se jouait déjà des névroses et psychoses de la masculinité. Haletant et méchamment drôle.
Hunter Schafer, égérie fashion, star trans, révélation sensationnelle de la série Euphoria, débarque dans le ciné de genre avec cette curiosité qui a énormément fait parler outre-atlantique.
Attention, Prime fait parfois le choix de l'érudition ciné, en proposant par exemple quelques films du maestro Dario Argento. Roi du giallo, thriller horrifique italien qui inspirera intensément le slasher movie américain (Vendredi 13 en premier lieu), le cinéaste compose avec Ténèbres son film le plus nihiliste et cruel. Une succession de mises à mort au sadisme sidérant, et dont la noirceur (logique, vu le titre) contraste avec une photo tout à fait sublime. Les "frissons de l'angoisse" chéris par Dario Argento - à qui l'on doit le classique Suspiria - vont toujours de pair avec une exigence visuelle hallucinante. Et hallucinée.
David Lynch, légendaire et regrettée inspiration de tous les grands films d'horreurs actuels (de Midsommar à Backrooms), parvenait à mettre en images nos plus insidieux cauchemars, en exploitant au maximum le langage de l'inconscient. Les fans de Twin Peaks le savent, ceux qui ne se sont jamais remis du mythique jumpscare de Mulholland Drive aussi. Inland Empire est justement l'après-Mulholland, un juke box effarant de saynètes absurdes et abstraites, mais surtout traumatisantes, quand l'esthète triture l'image, et le son, pour mieux broyer nos sens. Ce chant du cygne cinématographique est une véritable paralysie du sommeil.