Les grandes histoires et les personnages complexes ont souvent besoin de temps pour se développer, qu'il s'agisse d'une saga de gangsters comme Il était une fois en Amérique, d'une aventure de fantasy spectaculaire comme Le Seigneur des anneaux ou d'affrontements de super-héros comme la franchise de Marvel. En résulte parfois des moments de flottement où, malgré tout l'intérêt qu'on leur porte, il est possible de se laisser distraire...
Mais avec Le Loup de Wall Street, c'est différent. Ce biopic signé Martin Scorsese (Les Affranchis, Taxi Driver), nommé pour cinq Oscars, installe une tension incroyable dès la première scène. Une tension irrésistible. Une fois enivré par ce mélange débridé de drogue, de sexe et d'argent, il faut attendre les 180 minutes complètes pour que la réalité revienne progressivement.
Même après plusieurs visionnages, je reste complètement abasourdi : trois heures de film, vraiment ? Impossible tant le film passe en un clin d'oeil ! Le Loup de Wall Street est difficile à surpasser en matière de pur divertissement.
Une étude de 2016 a révélé que le film de Martin Scorsese sur l'escroc Jordan Belfort était fidèle à près de 75 % à la réalité. Un taux nettement plus important que, par exemple, American Sniper de Clint Eastwood ou Le Discours d'un roi de Tom Hooper.
Le fait que ce biopic de trois heures sur le magnat véreux de la bourse ne devienne jamais ennuyeux et ressemble au contraire à des montagnes russes effrénées tient principalement à l'approche de Scorsese, qui exagère sans complexe la satire de l'escroquerie et, bien sûr, à toute une série de scènes rocambolesques qui restent gravées dans les mémoires. D'autres cinéastes se contenteraient d'une seule séquence de cette qualité dans leur film.
Des dents d'une blancheur éclatante de Jonah Hill à la sublime Margot Robbie, dont la scène en bébé est instantanément devenue virale, Scorsese savait aussi tirer le meilleur parti de son casting toujours exceptionnel. Non seulement il met en scène avec humour des événements complètement loufoques, comme l'atterrissage de l'hélicoptère dans son propre jardin, mais il relate aussi des événements choquants, comme un suicide, avec une légèreté incroyable, à la fois hilarante et divertissante. Jusqu'à ce qu'on prenne un instant pour réfléchir et réaliser à ce que l'on vient de voir !
C'est précisément ce qui rend Le Loup de Wall Street si captivant : le film raconte l'histoire véritablement horrible d'un homme monstrueux, qui a fait d'innombrables victimes de diverses manières, mais il n'y a tout simplement pas le temps de s'y attarder. Si Scorsese caricature le personnage principal d'une arrogance extrême, c'est surtout l'énergie communicative de Leonardo DiCaprio qui rend ce film si naturellement captivant. A tel point qu'on ne s'en rend même pas compte.
Le Loup de Wall Street est un film d'une frénésie débridée, qui nous fait oublier la gravité de la situation et qui est particulièrement divertissant si on se laisse emporter. Une maîtrise qui rend difficile le retour à la réalité, mais qui fait de ce film de trois heures le plus divertissant que j'aie jamais vu !