La question n'est plus de savoir quand la musique faite par IA supplantera la création humaine, mais jusqu'où ira-t-elle. Le succès foudroyant de la version Gospel du tube Pilé de Mauvais Djo - créée via un logiciel - et le récent duo entre Gims et une IA baptisée RVEN sont autant de preuves qu'il est déjà presque trop tard pour enrayer le phénomène.
En juin, les titres générés numériquement ont pour la première fois dépassé 50% du total des nouvelles mises en ligne quotidiennes sur Deezer. Un constat digne d'un film d'anticipation de Spielberg.
Pour contrer ce qui, à terme, posera un vrai problème éthique sur l'art, Spotify vient d'annoncer l'adoption de badges permettant d'identifier les créateurs de contenus générés par intelligence artificielle sur la plateforme. Will.i.am, lui, veut aller encore plus loin.
Invité du podcast The Mishal Husain Show, le leader des Black Eyed Peas, lui-même féru de technologie, a livré son avis sur l'intelligence artificielle dans la musique. De manière assez surprenante compte tenu de ses investissements d'entrepreneur, l'artiste américain s'y oppose farouchement et a déjà réfléchi à une solution qui permettrait de classifier les morceaux faits par IA des morceaux faits par un humain : un nouveau format de fichier numérique.
"Actuellement, la musique et les vidéos générées par IA partagent les mêmes formats de fichiers MP3 et MP4 que les créations humaines. Ce n'est pas normal. Il faut quelques secondes à l'IA pour concevoir quelque chose, et cela a pourtant la même valeur. Pourquoi un MP3 créé par une IA vaudrait-il la même fraction de centime qu'une chanson qui a demandé à un être humain des semaines et des mois de travail ?"
Pour will.i.am, l'adoption d'un autre format permettrait de "valider l'effort et la sueur humaine nécessaires pour fabriquer quelque chose". "Nous avons besoin d'un fichier d'expérience vécue. Il faut quelque chose qui se différencie du reste. Et ce fichier, je l'appelle le fichier P, le fichier "Proof of Life" [preuve de vie]" explique l'interprète de Rock That Body.
Pour préciser sa pensée, will.i.am livre un exemple sur le fonctionnement de cette technologie qu'il aimerait voir naître. "Les batteurs joueront avec une montre connectée qui enregistrera des données biométriques liées à leur localisation, à l'heure et à leur transpiration" avance le musicien et rappeur. L'intégration de ces données comme preuves à la source permettraient ainsi de vérifier si un morceau est bien d'origine humaine, selon lui.
"Aujourd'hui, sur les plateformes de streaming, on trouve "Where Is The Love.wav" ou "Where Is The Love.mp3", ou un format MP4 sur YouTube. Nous avons besoin d'un fichier "Where Is The Love.p", car celui-ci intègre des données biométriques humaines, une localisation et un horodatage sur une blockchain. Cela devrait avoir bien plus de valeur qu'un simple résultat informatique".
L'IA est un sujet sensible dans l'industrie musicale. Récemment, Tyga a avoué avoir eu recours à la technologie pour fabriquer son nouvel album $TARFACE, et notamment retrouver les sonorités des années 80. "Il n'y a rien de mal à utiliser la technologie comme un outil" a-t-il avancé. Son projet a, dans la foulée, reçu la note de 0/10 par le magazine Pitchfork.