Samedi 7 mars. Le tout-Paris se presse à La Cigale voir Geese. Le concert est complet depuis des mois, tant et si bien qu'une date a été ajoutée à la hâte la veille au Bataclan pour répondre à la demande. Tout le monde vient assister à l'éclosion du quatuor new-yorkais, certifié nouveau "sauveur du rock". Jusqu'à ce qu'un autre groupe lui chipe le titre d'ici six mois.
Fait rare, la salle est déjà remplie lorsque la première partie, Westside Cowboy, débarque sur scène. Avec leur dégaine d'étudiants tout droit sortis d'un cours en amphi (jean, t-shirt et lunettes sur le nez), les quatre musicien.ne.s ne dépareillent pas. Mais pendant une demi-heure, ils vont asséner une véritable claque au public, jouant pied au plancher et avec une énergie folle les rares morceaux tirés de leurs deux EPs. Avec une certitude à l'arrivée : oui, Westside Cowboy est bien le next big thing que les médias anglais nous vendent depuis des mois. Et qui se confirme aujourd'hui avec la sortie de leur premier long, It Goes On.
À les entendre, on les jurerait débarqués du fin fond du Midwest américain. Perdu, ils viennent de Manchester. Pourtant, rien à voir avec les frères Gallagher, Morrissey ou feu Ian Curtis. Les quatre cowboys de l'ouest repeignent les grands espaces américains, à coup d'influences country, folk ou slacker. La filiation avec 3D Country, deuxième opus des grands frères de Geese, est évidente. Ils partagent d'ailleurs le même producteur, Loren Humphrey. On arrêtera là la comparaison, facile.
Kick Stones (The Boys) et Paperchains, les deux premiers titres du recueil, donnent le ton : énergie folle, don inné pour le refrain entêtant (d'aucun parlerait d'hymnes de stade), fougue de la jeunesse, partage du lead vocal et imaginaire americana bien ancré. Tout un univers, à la fois simple et vaste, s'ouvre devant nos yeux. Sur la pochette de l'album, un poney apparaît au beau milieu d'une cité typiquement british. Un contraste à l'image de nos quatre nouveaux héros du rock.
Leurs deux premiers EPs étaient remplis de petites bombes aussi euphoriques qu'ultra énergiques. Cet album confirme amplement l'essai. Élèves de la prestigieuse Royal Northern College of Music, ils ont tout juste la vingtaine mais de solides bagages et références.
On entend un peu de Pavement dans cette relecture américano-mancunienne du rock des origines, façon slacker. Un peu de Big Thief aussi lorsque la bassiste Aoife Anson O'Connell prend le lead sur Coyote. L'urgence d'Arcade Fire ou LCD Soundsystem dans certains morceaux joués à toute allure, comme s'ils étaient une dizaine derrière le micro. Quand Dobro emprunte autant aux riffs de T-Rex qu'à un refrain à la Two Door Cinema Club. Mélange des genres détonnant sur le papier, mais qui fonctionne diablement bien.
Il y a quelque chose d'à la fois neuf, ancien, jeune, direct et terriblement fougueux dans cette première carte de visite musicale. Qu'ils décrivent comme un mélange de "confusion, de désespoir et d'espoir aveugle" destiné à la jeunesse.
La montée en puissance dingue de Worried Age, le doux-amer Big Wheels et son clin d'œil à Proud Mary, la ballade folk Take My Leaving as I Love You ou un Pin Up Boys que n'aurait pas renié Geese prouvent que ces quatre Anglais savent naviguer entre les genres et les influences avec brio.
Non, Westside Cowboy ne révolutionne pas un genre très balisé. Mais en livre une belle synthèse autant qu'une véritable cure de jouvence bienvenue avec ce premier album résolument électrique et extatique, qui mérite amplement toutes les dithyrambes. Et qui confirme que la hype n'était pas surfaite.
Ne manque plus qu'à ces cowboys occidentaux de chevaucher, non pas au soleil couchant comme Lucky Luke, mais vers un avenir radieux.