“Avant de te rencontrer, je me forçais à être cool. Mais toi, tu l’es naturellement…”.
Ça, c’est que décoche Peter à son jeune fils, en plein New York. Un gamin allergique au lactose et amoureux de bonne musique (il écoute les Cocteau Twins et Elliot Smith !) qui atterrit dans sa vie chaotique du jour au lendemain.. Et va la bouleverser à fond. Fêtard invétéré, vedette des boîtes LGBTQ, Peter est un clubber aux nuits plus longues que nos jours. La paternité, il n’y a jamais pensé. Mais il va devoir apprendre.
Voici le pitch très Sundance de Club Kid, premier long attachant de Jordan Firstman, cinéaste gay qui s’est fait connaître grâce à ses vidéos Instagram, et assume ici les casquettes de scénariste, metteur en scène, acteur principal. Une tranche de vie épatante de tendresse et d’authenticité, qui, applaudie en festivals, tutoie furieusement la vibe “futur classique générationnel”, comme a pu l’être un Garden State.
Et cette citation d’intro donne le ton : car “cool”, Club Kid l’est, à bloc, spontanément, sans trop faire d’efforts. Par sa justesse, sa BO, ses recos musicales, son cast (Cara Delevingne). Surtout, cette plongée dans la Grosse Pomme fêtarde et queer a brisé notre coeur.
Et si la culture queer était comme une seconde famille ?
Cela, Club Kid le suggère en immergeant un gamin dans un monde de drags, de clubbers, de “dolls” et de DJ insomniaques, où l’on débat entre deux “shots” des albums de Rihanna et de Frank Ocean. Cette sphère là, aussi hype que marginale, Jordan Firstman la met à l’honneur avec beaucoup d'amour dans ce premier film très personnel acclamé au dernier Festival de Cannes et distribué par la trendy A24.
Et ce qui marque la rétine ici, c’est la justesse d’un regard, qui saisit aussi bien l’euphorie très brat summer des fêtes… ou la gueule de bois qui lui succède, façon “when the party is over”. Mais si Firstman, qui revendique de très bonnes références (Gregg Araki, incontournable du ciné queer, est naturellement cité) relate l’évolution d’un héros qui va devoir gagner en responsabilités (et se coucher beaucoup plus tôt), il ne donne jamais de leçons pour autant.
Ce n’est pas parce qu’on délaisse la fête qu’on devient adulte. Non, le réalisateur s’exerce surtout à capter l’authenticité d’une relation, où ce n’est jamais le père qui élève le fils, mais le fils qui élève le père : au sens de "hisser, édifier, transcender".
C’est une histoire qui amuse, car blindée d’humour, qui nous fait bouger la tête, bande son obsédante oblige, mais surtout, on ressort de la salle bouleversé. Car Club Kid a une excellente soundtrack, une écriture ciselée, des comédiens investis, oui, mais aussi… une sensibilité énorme. À la fin, ému, on se frotte les yeux comme en retour de soirée.