Sex Education, Riverdale... Les séries les plus et les moins crédibles au niveau des scènes de sexe
Sex Education, Riverdale... Les séries les plus et les moins crédibles au niveau des scènes de sexe
Entre les scènes de sexe en soutif de Riverdale et les scènes intimes plus réalistes de Sex Education, il y a un fossé. Alors que certaines séries sont peu crédibles avec leurs ébats sexuels filmés, d'autres le sont vraiment. Comment ? Pourquoi ? Des show-runners, des acteurs et des spécialistes des scènes de cul se sont exprimés pour mieux comprendre ces disparités dans les show TV.

Le sexe, pas toujours bien adapté à l'écran

Beaucoup de séries parlent de sexe, un sujet qui fait vendre, mais ce n'est pas pour autant que leurs séquences dénudées sont vraisemblables. Même Victoria Pedretti, alias Love dans la saison 2 de You sur Netflix, avait critiqué les scènes de sexe de la série en janvier 2020, alors qu'elle se confiait à Harper's Bazaar : "Quand on a tourné la scène de sexe, on devait commencer à coucher ensemble et jouir simultanément en cinq secondes. J'ai trouvé ça très gênant. Je me suis dit : 'Mais comment... ? Ce n'est pas réel !'". Pas réel, ça c'est clair.

"C'était écrit comme ça. Mais je me suis dit : 'Ça n'arrive pas comme ça dans la vie' (...) Je ne savais pas trop si on devait faire ça et donner cette idée surtout aux jeunes qui regardent la série" avait même avoué l'actrice, ne voulant pas créer de faux espoirs aux ados qui pensent qu'à chaque rapport sexuel on a un orgasme. Victoria Pedretti avait alors ajouté : "Si on choisit de montrer du sexe, il faut le faire de manière responsable ou au moins réaliste. Donc oui, ça m'a gênée".

Et ces scène de sexe vraiment pas crédibles pour un sou font légion dans les TV shows. En dehors de You donc, on peut aussi citer Riverdale et les lycéens/boxeurs/détectives/boss d'une marque d'alcool qui gardent soutiens-gorge et cheveux brushés pendant et après l'acte. Mais on se rappelle aussi de certaines scènes de True Blood qui étaient très bien faites pour le coup, mais qui étaient un peu surréalistes niveau sang et orgasme, les vampires n'existant pas dans la vie déjà, et certains personnages féminins jouissant de plaisir à peine la partie de jambes en l'air commencée. On peut également parler d'American Gods avec la fameuse séquence où Bilquis avale un homme... par le vagin. Pas très réaliste dans la vie de tous les jours.

En dehors des idées farfelues des scénaristes qui veulent parfois ajouter un peu de fantastique dans des scènes de sexe, pourquoi certaines séries plus ancrées dans le monde réel n'arrivent pas à diffuser des ébats sexuels crédibles ? Glen Mazzara, l'ancien showrunner de The Walking Dead, a sa petite idée là-dessus. Il avait révélé à Vanity Fair : "Quand il faut parler de sexe, les gens (les show-runners, ndlr) deviennent mal à l'aise et ne veulent pas en parler". "Les gens disent souvent : 'Ils verront ça sur le plateau' (les acteurs, ndlr). Alors vous avez le réalisateur qui va avoir une conversation ou pas avec les acteurs". Les comédiens ne sont donc pas toujours (et pas toujours bien) briefés par le metteur en scène, le show-runner ou le réalisateur.

"La plupart du temps, ce sont les créateurs de costumes et le département des costumes qui expliquent aux acteurs qu'ils vont devoir porter des postiches ou leur dire quelles parties de leurs corps seront cachées" avait-il même déclaré. Les comédiens se retrouveraient donc très souvent sans savoir comment faire avant le tournage de ces séquences intimes, avec simplement des "caches sexes" à porter.

Sex Education, Sex and the City... Heureusement, certains shows savent s'y prendre

Si beaucoup de séries ne savent pas comment filmer de scènes de sexe, d'autres en revanche ont réussi leur coup (si l'on peut dire). Sex and the City a sans doute été la première, en 1998, à vraiment montrer des actes sexuels réalistes, surtout grâce au perso de Samantha (Kim Cattrall). D'ailleurs, la chaîne HBO en a presque fait sa marque de fabrique, n'hésitant pas à dévoiler des fesses et des seins dans plusieurs séries, de Rome à Game of Thrones en passant par Deadwood ou encore True Detective. Que ce soit le fessier de Jon Snow (Kit Harington) dans sa scène incestueuse avec Daenerys Targaryen (Emilia Clarke) ou la scène de bondage entre Lisa (Alexandra Daddario) et Martin (Woody Harrelson), les téléspectateurs ont été marqués.

Showtime aussi en a fait son credo avec entre autres Weeds, The L World et Californication. Pour cette dernière, la réalité a rejoint la fiction, puisque David Duchovny qui joue Hank, le tombeur de ses dames, est vraiment accro au sexe dans la vraie vie. "Je me suis rendu de mon plein gré dans un établissement de traitement de l'addiction au sexe. Je demande qu'on respecte l'intimité de ma femme et celle de mes enfants. Nous faisons face à cette situation en famille" avait-il même avoué à People par le biais de son avocat.

Mais on peut aussi citer Masters of Sex, Nip Tuck, Spartacus, Les Tudors, Outlander, Vikings, The Americans, Banshee ou encore Easy sur Netflix (avec Orlando Bloom en plan à trois).

Et côté français aussi, on sait y faire en scènes de sexe dans les séries avec notamment Hard, Maison Close et Versailles (Henriette alias Noémie Schmidt a par exemple des ébats très chauds avec le jeune Louis XIV incarné par George Blagden).

Mais alors, pourquoi certaines séries ont des scènes de sexe vraiment crédibles comparées à d'autres séries ? Emma Mackey qui joue Maeve dans Sex Education sur Netflix a la réponse. Elle avait détaillé à Télé Loisirs que l'équipe avait vraiment travaillé pour que toutes les scènes intimes soient ultra encadrées : "C'était tellement structuré et sécurisé que c'était comme répéter une danse. Avec mon partenaire, on répétait : alors, tu m'embrasses pendant 3 secondes, puis tu m'embrasses là, et puis là. C'était consensuel et sécurisant". C'est donc ça, la clef d'une séquence intime qui fait "vraie".

Et pour y arriver, la prod de Sex Education a fait appel à Ita O'Brien, coordinatrice d'intimité. C'est quoi ce nouveau métier ? Comme la professionnelle l'avait expliqué elle-même au Huffington Post, elle est là pour "aider les acteurs à être précis sur leurs mouvements pendant une scène intime, sans pour autant devoir révéler leurs habitudes personnelles". Son but ? "Que ce qui se passe soit crédible et ait l'air vrai". Et c'est donc grâce à elle et à d'autres coordinatrices d'intimité (oui, c'est donc vraiment un job et ce sont souvent des femmes qui l'exercent) si plusieurs séries parviennent à montrer des séquences dénudées qui semblent réelles.

En 2016, Alicia Rodis a même fondé Intimacy Directors International avec Tonia Sina et Siobhan ­Richardson. Cette organisation réunit ainsi plusieurs personnes qui, comme elles, travaillent dans ce domaine particulier. Sur leur site, les trois femmes précisent vouloir "normaliser un certain niveau d'exigence pour la réalisation de scènes intimes ou de violence sexuelle, pour prévenir tout abus ou harcèlement". Car oui, en plus de rendre des scènes de sexe crédibles en faisant répéter aux acteurs des mouvements de bassin comme s'il s'agissait d'une chorégraphie, les coordinatrices d'intimité sont aussi présentes pour éviter les débordements potentiels.

Depuis l'affaire Harvey Weinstein et le mouvement #MeToo, Hollywood a enfin ouvert les yeux. Le monde du cinéma ne veut plus d'abus sur les tournages, comme par exemple dans Le Dernier Tango à Paris. En novembre 2018, à la mort de Bernardo Bertolucci, réalisateur du film, les internautes avaient été nombreux à s'insurger contre lui et Marlon Brando. Le cinéaste avait en effet avoué en 2013 que cette scène où Paul (Marlon Brando) viole Jeanne (Maria Schneider) avait été planifiée dans le dos de l'actrice et qu'il s'agissait d'une véritable agression sexuelle.