Après cinq ans d'absence en solo, Passi sort aujourd'hui son nouvel album "Ere Afrique". Un opus ensoleillé et positif, bien loin des textes durs qu'il balançait dans 'Les Tentations' ou 'Les Flammes du Mal'. Rencontre avec un amoureux de l'Afrique qui, comme à l'époque de 'Je Zappe, Je Mate', n'a pas perdu de son franc-parler sur l'actualité et la télé-réalité.

Pas question de renier son côté urbain et "cérébral" qui l'a fait connaître début 1990 avec le Ministère A.M.E.R. Mais en temps de crise, Passi a préféré apporter un peu du soleil de l'Afrique. L'album "Ere Afrique" rassemble 14 titres plutôt positifs, enregistrés avec des figures -toutes catégories confondues- de la musique internationale. Du jazzman Manu Dibango sur le très beau titre Bantou Life, à l'auteur du Logobitombo Moussier Tombola pour un vitaminé Attachez vos ceintures. Mais qu'on ne s'y méprenne pas. Le rappeur de 40 ans a encore des choses "sérieuses" à dire. Télé-réalité, crise et réseaux sociaux : PureBreak a soumis toute l'actualité au scanner de Passi.

"Un pied de nez à certains politiques"

Ces quatorze titres ont pour la plupart des paroles, des tempos et des sonorités positives, ensoleillées. Tu penses qu'on en a besoin en ce moment ?

Oui, il suffit de regarder autour de nous, les gens tirent la tête, ils se barrent de France pour aller dans d'autres pays. J'assume mon bleu blanc rouge, comme j'assume mes origines congolaises. Je suis les deux, je ne peux pas choisir. En pause avec le Bisso Na Bisso, j'ai commencé à bosser sur deux albums. Et c'est l'ensoleillé, le plus cool qui a pris le dessus avec des morceaux funs, faits pour danser. Le prochain album sera beaucoup plus cérébral. Je crois que ça fait du bien en ce moment de ne pas venir rapper sur la crise, les tensions en France ou les quartiers. Et c'est aussi une façon de parler de la Françafrique avec le sourire. L'ancienne image de l'Afrique sans building avec du bordel est radicalement entrain de changer. L'Afrique reste aujourd'hui le seul continent où avec un bon business, tu peux devenir millionnaire en quatre ou cinq ans. L'album est un pied de nez à certains politiques qui diraient que l'Afrique n'est pas rentrée dans l'Histoire.

Comment s'est passée l'enregistrement du titre Bantou Life avec Manu Dibango, un jazzman de légende ?

Pour moi c'est un papa, je l'appelle comme ça d'ailleurs. Alors quand il m'a invité sur son nouvel album, j'ai dit : 'Ok je viens, mais tant qu'à faire je vais faire mon voyage camerounais avec toi'. Il a insisté pour que ce morceau soit trop facile, mais qu'il passe un message aux jeunes. Depuis, on a fait plusieurs concerts avec, de la Cigale à Paris au Festival de Jazz de Vienne. Avec Manu, il y a des trombones, des saxos, de la batterie, ça envoie ! J'ai beaucoup gagné en expérience en montant sur scène avec lui.

"Je ne posterai pas la photo de mon repas ou de mes nouvelles chaussures sur Twitter"

Dans le titre Nouvelle ère, tu abordes le net, l'avènement du digital. Tu vois ça d'un bon ou d'un mauvais oeil ?

Les réseaux sociaux, j'y vais petit à petit, même si je devrais faire plus. J'ai ouvert mon compte Twitter il y a moins d'un an. Je ne suis pas du genre à gonfler mes vues, même si mes potes insistent. Pendant deux ans, j'ai passé du temps en studio et sur mon livre mais je vais essayer de plus m'y consacrer. Je pense que les réseaux sociaux sont un plus. Mais ils nécessitent une nouvelle façon de communiquer, de faire de la promo, de tenir son public et d'échanger avec lui. Même si je ne suis pas celui qui postera la photo de son repas ou de sa nouvelle paire de pompes.

Dans le titre Attachez vos ceintures avec Moussiers Tombola, "PNC aux portes" c'est un clin d'oeil au SAV d'Omar et Fred ?

Pas du tout ! [en riant] Mais j'aimais bien le SAV, c'est dommage qu'ils aient arrêté, c'était vraiment une référence dans les émissions télés. Donc si ça fait penser à ça, tant mieux !

Pour "Ère afrique", tu es allé chercher "les richesses des musiques africaines". Tu penses que la scène française manque d'artistes ?

Non, on ne manque pas d'artistes. J'ai toujours réussi à jouer sur les deux tableaux. J'ai déjà fait des duos avec de très bons artistes français pop-rock avec Christophe Maé, Calogero sur Face à la mer ou Johnny Hallyday, et des artistes rap aussi avec IAM et Oxmo Puccino. Mais pour cet album, je voulais continuer sur l'Afrique et les Caraïbes avec des artistes que j'aime. Là c'est comme si j'avais une liste de mes duos rêvés, et je coche une case à chaque nouveau titre. Je me fais ma collection de plaisirs avec des dinosaures, des lions de la musique.

Les Sexion d'Assaut, sur les traces des Bisso Na Bisso ?

Est-ce que les Sexion d'Assaut peuvent être les nouveaux Bisso Na Bisso, un collectif dont chaque membre à sa carrière solo ?

Les solos, il n'y a rien de mieux pour péter les groupes. Il faut garder le fait de se retrouver sur scène, garder la dynamique de groupe, inscrire des rendez-vous pour se regrouper autour d'une table, d'un dîner ou d'un concert. Dès qu'on ne l'a pas fait avec Secteur A, on a eu beaucoup de distensions, même si on est des amis d'enfance. Même les Beatles se sont séparés !

En 1997 déjà, dans Je zappe je matte avec le Ministère Amer, tu disais : "beaucoup d'argent, de guerre et de sexe à la tv". Aujourd'hui, comment tu parlerais de la télévision ?

Ecrire ce titre aujourd'hui avec toutes les chaînes de la TNT ça aurait été une galère ! Avec la 1, la 2, la 3, la 4, la 7, la D8, la D17... [Il explose de rire] Je laisse aux plus jeunes d'en refaire un maintenant. Mais bonne chance !

"Il y a un vrai danger dans les concepts de télé-réalité"

A la télévision toujours, tu faisais partie en 2007 du jury de la Star Academy. Est-ce que tu regardes encore un ou plusieurs télé-crochets ?

Rarement. Et seulement parce-que, hors de ces programmes, il y a très peu d'émissions où ça chante. Les artistes n'ont plus la possibilité de s'exprimer sans le côté télé-réalité qui construit des chanteurs en quelques mois. Et dont on entend plus parler un an après. Je trouve ça dommage. Quand tu viens par une émission de télé-réalité, qu'on t'encense pendant un laps de temps, le retour est plus difficile. Il y a un vrai danger dans ces concepts qui mettent en lumière une star du "Allo", puis éteignent d'un coup les spots. FX, un ancien candidat de télé-réalité, a fini par se suicider. Et je pense qu'on aura bientôt d'autres cas de personnes qui s'auto-détruisent après ça.

Est-ce que tu accepterais d'être à nouveau dans un jury, comme La Fouine pour Popstars ?
J'ai fait la Star Academy parce-que tu ne pouvais plus passer outre la télé-réalité et qu'il était temps que, dans le monde du rap, on commence à participer à ces jeux et à accepter cette façon de communiquer. Donc c'est bien que La Fouine continue ça ! Sur ma Star Academy, mon seul regret c'est que Maureen n'ait pas gagné. Elle avait une vraie voix, une prestance, et était beaucoup plus talentueuse que Quentin Mosiman.

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