Pendant longtemps, Instagram, TikTok ou Instagram ont été perçus comme des plateformes de contenus courts, rapides, souvent jetables. Un lieu de viralité plus que de narration. Mais cette frontière est en train de voler en éclats.
Une nouvelle tendance s’impose progressivement : les vertical dramas, aussi appelés shows verticaux. Il s’agit de mini-séries conçues exclusivement pour le smartphone, filmées à la verticale, découpées en épisodes très courts et pensées pour être consommées directement dans le flux social.
On n’est plus dans le simple Reel regardé à l'arrache. Ces formats empruntent les codes des séries : intrigues, rebondissements, personnages récurrents, parfois même une logique de saison. Le tout adapté à une attention fragmentée et à un usage mobile permanent.
C’est là qu’intervient Kim Kardashian, bien décidée à surfer sur ces formats. Si son nom se lie à cette tendance, ce n’est pas par fascination people, mais parce qu’il constitue un indicateur culturel extrêmement fiable.
Quoi qu’on pense d’elle, Kim Kardashian est l’une des personnalités les plus suivies au monde sur les réseaux sociaux. Surtout, elle a démontré depuis plus de quinze ans une capacité presque unique (seule ou via son entourage) à anticiper, capter et parfois déclencher des mutations majeures : réseaux sociaux, formats, mode, beauté, business digital.
Sa réussite est tout sauf accidentelle. Elle repose sur une compréhension parfaite des usages, des algorithmes et des attentes du public. Lorsqu’elle investit un nouveau format, ce n’est jamais au hasard. C’est généralement parce qu’elle y voit un potentiel massif, durable... et monétisable bien sûr.
Son intérêt pour les shows verticaux agit donc comme un signe plus que parlant : ce format n’est plus marginal. Il est prêt à passer à l’échelle industrielle.
Cette bascule intervient dans un contexte déjà tendu pour les médias "à l'ancienne". Les jeunes générations ont depuis longtemps déserté la télé linéaire, lui préférant YouTube et les réseaux sociaux pour se divertir, suivre leurs créateurs préférés ou même s’informer.
Mais les shows verticaux vont plus loin : ils commencent aussi à concurrencer les plateformes de streaming. Là où Netflix, Prime Video ou Disney+ demandent un choix actif (lancer une appli, sélectionner un programme, s’engager sur une durée), les vertical dramas s’imposent sans effort, directement dans le scroll quotidien.
Ils recréent une forme de binge-watching… sans quitter Instagram, TikTok ou des plateformes dédiées. Une geste du pouce en moins, dans un monde où l’attention est devenue LE sujet.
Si le phénomène peut encore sembler à ses débuts en Europe, il est déjà industrialisé ailleurs. Selon Radio France, les vertical dramas sont nés en Chine il y a une dizaine d’années. Résultat : ils représentent aujourd’hui une industrie de plus de 8 milliards de dollars, avec des projections pouvant atteindre 14 milliards dans les prochaines années. La Corée a suivi massivement avec ses K-dramas.
Le modèle s’est depuis exporté aux États-Unis, où des plateformes spécialisées ont explosé, comme GammaTime (lancé entre autres par l'ancien PDG de Miramax), ReelShort, DramaBox ou FlareFlow. Leur fonctionnement est simple et ultra efficace : quelques épisodes gratuits pour accrocher le spectateur, puis un système d’abonnement ou de paiement pour débloquer la suite. Malin.
Le succès est tel que ReelShort a, à un moment, dépassé TikTok dans la catégorie divertissement de l’App Store US. Depuis son lancement en 2022, l’application a été téléchargée des dizaines de millions de fois. Un signal clair : les shows verticaux ne sont plus de simples contenus sociaux, mais un modèle économique à part entière.
Si ces formats sont autant poussés par les plateformes, ce n’est pas un hasard. Les shows verticaux cochent toutes les cases algorithmiques :
- taux de complétion élevés,
- enchaînement automatique des épisodes,
- commentaires nourris par la narration,
- re-visionnages fréquents.
Autant de signaux extrêmement positifs pour Instagram, TikTok ou YouTube, qui privilégient les contenus capables de retenir l’utilisateur le plus longtemps possible. Résultat : plus un show vertical fonctionne, plus il est mis en avant… et plus il fonctionne.
Un détail repéré dans les commentaires d'une vidéo autour de cette tendance ajoute un atout. Un acteur explique que grâce aux shows verticaux, il a déjà décroché plusieurs auditions.
Dans un métier de plus en plus tendu, ces formats ouvrent de nouvelles portes. Les vertical dramas ont besoin de comédiens, de scénaristes, de réalisateurs, souvent avec des équipes réduites, mais des besoins réguliers. Pour beaucoup, ils deviennent à la fois une vitrine et un moyen de plus de bosser, là où les circuits traditionnels ferment les portes.
Difficile de ne pas faire le parallèle avec la France. Les séries quotidiennes comme Demain nous appartient, Plus belle la vie, encore plus belle ou Ici tout commence reposent déjà sur des mécaniques similaires : épisodes courts, intrigues continues, fidélisation forte.
La différence tient au support. Là où la télé impose un horaire et un écran, les shows verticaux proposent la même chose à la demande, où on veut et sans contrainte. Parfait pour un public jeune qui a déjà en grande partie lâché les rendez-vous télé.
Les shows verticaux ne ressemblent plus à une simple mode passagère. Ils s’inscrivent dans une transformation profonde des usages, portée par les réseaux sociaux, les algorithmes et une génération qui consomme les histoires autrement.
Et lorsque Kim Kardashian, queen de l’économie de l’attention, décide d’investir ce terrain, le message est clair : le divertissement de demain est peut-être déjà là. Et il se regarde à la verticale.
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