"C'était la plus grande fête du monde. Là où les mécanos viennent danser avec les mannequins, les plombiers avec les princesses"
Et si on explorait le plus mythique club de New York ?
Il est entièrement reconstitué dans ce film à découvrir gratuitement en streaming, et qui porte son nom : Studio 54. Comment vous décrire en quelques mots l'expérience unique du Studio 54, à la toute fin des seventies, pour la jeunesse américaine esseulée... Imaginez une boîte de nuit où s'entremêlent serveurs en slips, clubbers remuant le bassin au beat des hits disco, scènes de fornication dans l'obscurité, performances music hall et, au sein de la foule, Andy Warhol, Truman Capote, Grace Kelly, arrosés de champagne. Les nobodies bien fringués y côtoyaient Dali, Karl Lagerfeld, Madonna, Mick Jagger.
Voilà, c'était ça, la "place to be" de l'époque, à la fois endroit le plus "hype" de la planète, et temple de la contre-culture nocturne. Et 20 ans après son apogée, une œuvre au casting hyper années 90 à retrouver gratuitement sur Arte a fait le choix de la ressusciter, pièce par pièce.
Pour le meilleur ? On a fait le voyage et on t'en parle.
"Le Studio, c'était une cave, transformée en coin VIP"
Le plus légendaire club, reconstitué par Hollywood, ça donne quoi ?
Déjà, une certaine leçon d'histoire. Synonymes d'excès, de gestion économique catastrophique, de personnalités hautes en couleurs : car c'est toujours ça, l'odyssée d'un club. A ce titre, le Studio préfigure complètement la trajectoire de la Hacienda, le club de Manchester où ont joué Joy Division, The Smiths, Happy Mondays, Stone Roses et Oasis. Deux endroits blindés de visiteurs insomniaques, aux trafics pas toujours très nets... Et très tôt menacés par la banqueroute.
Et au milieu galèrent les travailleurs de la nuit, serveurs torses nus, barmen monopolisés par les divas de la boîte, prolétaires souhaitant croquer leur bout d'american dream. C'est cela que cette production Miramax met en lumière : et c'est un excellent choix narratif. Car si le Studio regorge de people, c'est surtout l'endroit du peuple... Celui qui y travaille, là, dans l'ombre, sans compter ses heures. Des working class heroes qui incarnent l'âme du clubbing : cet idéal politique, qui rassemble au lieu de diviser, démocratise les paillettes, inclut les marginaux... S'ils parviennent à rentrer. Doux paradoxe des clubs "select" que le film illustre : "Le spectacle du Studio 54 commence dès l'entrée. Tout le monde voulait y être" relate le narrateur...
Logique, quand David Bowie et Elizabeth Taylor sont de la fête.
Et cet endroit "où le neveu du roi d'Arabie Saoudite se rend en avion, rien que pour y danser une seule soirée", le décorateur Kevin Thompson le reconstitue pièce par pièce, dans un exercice de reproduction très documenté et plutôt sidérant. Surtout que ce décorum est inondé d'une soundtrack qui claque, invoquant tour à tour Diana Ross, Blondie, Grace Jones et Chic. Résultat, l'immersion est totale.
Malgré cette aura seventies, Studio 54 transpire les années 90 !
Car son casting célèbre les espoirs de l'époque. Ryan Philippe en tête, le bad boy de Souviens-toi l'été dernier, ici serveur du Studio à la gueule d'ange, mais que la globalité de la Grosse Pomme prend pour un idiot - ça sent le vécu. Salma Hayek, dont c'est l'un des premiers rôles, Breckin Meyer (Destination Finale) et, au gré d'apparitions très fugaces, Neve Campbell, plus charismatique que jamais.
Mais Studio 54 met surtout en orbite un as du travestissement : Mike Myers, alias Austin Powers. Dans la peau du bigboss du Studio (Steve Rubell, figure de la culture gay aussi aimée que tyrannique), sa performance est... bluffante. En roi de la nuit excentrique bousillé par mille substances, pharmacie ambulante rêvant de grande communion hippie, le pro de la potacherie est drôle, inquiétant, émouvant.
Dans sa tête, c'est l'Oscar garanti. Or malgré la présence des Weinstein à la production, alors surpuissants, la réalité en a voulu autrement. Myers n'aura jamais de statuette. Et plus aucun rôle "Oscarisable". Tout aussi frustrante est l'expérience pour son metteur en scène, puisque sa fresque a été amputée de 44 minutes. Récit fleuve défiguré, les frères producteurs ayant pour habitude de tout charcuter au montage.
D'où un film imparfait, oui, mais intense. Une vraie capsule temporelle, qui donne furieusement envie de bouger.