Ce n'est pas un film d'horreur : c'est une révolution. Car il a lancé toute une vague de déclinaisons pas toujours heureuses, un sous-genre, des suites, des remakes, des reboots. Ring, alias Ringu dans sa langue d'origine, est un incontournable du cinéma d'épouvante japonais. Il a néanmoins largement dépassé ce titre et est devenu ces 27 dernières années aussi indissociable de l'imaginaire national qu'un Miyazaki, Kurosawa ou Ozu. Même la franchise Scary Movie s'en est souvenue en ridiculisant à vie ce sommet d'angoisse.
Et pour Halloween, le site d'Arte vous propose, si vous l'osez bien sûr, de revivre cette expérience intense. L'oeuvre y est disponible tout à fait gratuitement, sur cette page. Mais pour cliquer sur "PLAY" il faut accepter de devenir, comme les personnages du film, la victime d'une malédiction. Qui éclot dès qu'on appuie sur "lecture".
Ring a fait naître mille récits.
À l'origine, c'est une saga littéraire à succès signée Koji Suzuki. Puis, un film, future saga, orchestré par l'un des "masters of horror" Hideo Nakata. L'histoire ? La course contre la montre, et surtout contre la mort, d'une jeune femme persécutée par un esprit revanchard, que l'on provoque en glissant dans son magnétoscope une simple VHS. En introduisant Sadako, la fantôme en question, une gamine aux longs cheveux bruns, Ring impose une légende immédiate de l'horreur.
Et booste tout un courant du genre, le kaidan eiga (histoires de fantômes japonais), réécrit ses codes, narratifs et visuels, tout comme a pu le faire The Grudge d'ailleurs. Mais surtout, énorme succès mondial, Ring va inspirer, bien plus qu'un remake avec Naomi Watts (signé Gore Verbinski), des légendes urbaines qui vont se perpétuer sur Internet. Aux tous débuts de Facebook, il était ainsi tout à fait courant de lire des publications du style "Partagez à tout prix ce post à cinq personnes si vous voulez rester en vie".
Ces sentences alarmantes se jouant des superstitions puisent directement dans Ring.
Le film explique que dans la diffusion de cette VHS, et son visionnage d'un spectateur à l'autre, se trouve à la fois le danger et la solution de la malédiction. Quelques malins ont donc compris que les réseaux sociaux avaient plus d'impact pour faire frissonner que les cassettes vidéo en voie d'obsolescence. Aujourd'hui, il faudrait imaginer Ring, mais version TikTok, pour saisir l'efficacité d'un tel phénomène. Le succès vidéo de Ring à la fin des années 90 tient d'ailleurs énormément à ce côté méta. On achète la VHS d'un film dont le sujet est littéralement : "Cette cassette veut votre peau, ne la regardez jamais".
Tout comme Blair Witch, sorti un an plus tard, Ring a tout compris à l'efficacité d'une promo perverse surpassant clairement le statut du film lui-même. Ainsi, de nos jours, les creepypastas, c'est à dire les légendes urbaines, à raconter au coin du feu, qui pullulent sur des sites comme Reddit, doivent tout à la mécanique de Ring. De nombreux récits macabres de geeks plagient outrancièrement ce classique de l'horreur.
Qui, lui, n'a rien perdu de sa superbe. Alors, prenez votre courage à deux mains, et tentez, si vous ne craignez pas les jumpscares, une nouvelle séance...