Faire un film français avec des acteurs anglophones sur des personnages russes ? Il ne s'agit pas d'un kamoulox, mais du dernier projet en date d'Olivier Assayas, réalisateur à qui l'on doit Personal Shopper, Sils Maria ou Carlos. Le 21 janvier 2026, il dévoilait au cinéma Le Mage du Kremelin, aujourd'hui disponible en streaming sur MyCanal.
Le film suit Vadim Baranov (Paul Dano), un ancien artiste devenu le stratège de l'ombre qui accompagne l'ascension de Vladimir Poutine (Jude Law) dans la Russie post-soviétique. Entre manipulation, propagande et luttes de pouvoir, le film explore les coulisses de la naissance d'un régime autoritaire. Le casting réunit également Alicia Vikander, Jeffrey Wright, Tom Sturridge et Will Keen.
Un thriller aussi intense que passionnant qui n'a malheureusement pas trouvé son public. Avec seulement 688 000 entrées en France, un box-office mondial de 8,6 millions de dollars et une note moyenne de 44% sur Rotten Tomatoes, Le Mage du Kremlin fait tristement partie des déceptions commerciales de l'année.
Une sous-performance pour Olivier Assayas, d'autant que ce film, sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise 2025, aurait pu ne jamais voir le jour. Comme l'expliquait le cinéaste auprès de Diverto, il avait dû se battre pour convaincre des sociétés de produire cette histoire. Or, celles-ci étaient trop frileuses en raison des implications potentielles.
"Le financement a été beaucoup plus difficile que je ne l’imaginais. Très dur. Beaucoup de partenaires étaient très réticents à faire un film qui serait identifié comme un film d’opposition au régime russe. [Les sociétés ayant des intérêts économiques en Russie] ne veulent pas mettre en jeu ces relations."
Par chance, il avait finalement pu compter sur le soutien "courageux" du producteur Olivier Delbosc et Gaumont qui "ont pris des risques financiers réels" afin de lui permettre de réaliser ce film. Cependant, leur arrivée était accompagnée de conditions.
"On a été obligés de réduire très considérablement le budget initial. Ça ne se voit pas au résultat, mais c’est une réalité."
Mais ce n'est pas tout. Même s'il était logique pour Olivier Assayas de ne pas tourner le film en langue russe afin d'éviter aux acteurs locaux d'être dans le viseur de certaines personnes, "Être associés à ce projet, ça voulait dire pour eux ne plus jamais travailler en Russie", les producteurs auraient également eu leur mot à dire. C'est ce qu'il expliquait auprès de Slate.
"Sur ce projet, les producteurs ont été formels : il n'était faisable qu'avec des têtes d'affiche anglo-saxonnes et en anglais. C'était ça ou pas de film. Donc à l'arrivée, c'est une sorte de film américain produit, financé et réalisé par des Français et tourné en Europe de l'Est."
Tant d'efforts pour si peu de résultats... Allégorie de la vie.