Damso, Paris La Défense Arena. Un triple rendez-vous au goût doux-amer. Avec son BĒYĀH TOUR, le rappeur belge donne vie sur scène à son sixième album, annoncé comme le dernier, de la plus spectaculaire des manières. J'ai senti que cette soirée allait être différente avant même son apparition.
Peu avant 20h50, les lumières de la salle clignotent toutes seules, par à-coups. Les écrans géants glitchent. La salle retient son souffle. Une mise en condition avant une introduction de sept minutes qui sonne presque comme un avertissement.
Puis elle arrive. Une créature blanche, aux longs cheveux, seule au centre de la scène. Immobile. Solaire et inquiétante à la fois, elle me fait immédiatement penser à la Peintresse de Clair Obscur: Expedition 33 qui, hasard du calendrier, se donne en spectacle du côté de la Seine Musicale à l'exact même moment. Une voix venue des abysses envahit l'espace. Des silhouettes encapuchonnées observent en silence depuis les côtés. Puis des démons surgissent. Ils se contorsionnent, profèrent des sons gutturaux, se jettent sur la créature blanche dans une séquence apocalyptique.
J'ai l'impression de voir un cauchemar de H.R. Giger, papa du Dune de Jodorowsky et des terrifiants Alien de Ridley Scott, prendre vie devant moi. Je pense aussi à The Cell de Tarsem Singh, au Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro. Des références au service d'une histoire, celle d'un homme en lutte intérieure.
Quand Damso entre en lumière, il n'a pas besoin de dire un mot pour déclencher les cris de la foule. Son look tout en noir - lunettes de soleil, mains gantées, chaînes accrochées au pantalon - suffit à en imposer. Je remarque que son micro ressemble à une relique d'un autre monde, comme une mâchoire animale peinte en noire. Impardonnable commence et Dems occupe la scène comme s'il en était le centre de gravité naturel. Autour de lui, tout s'agite.
Ce qui me frappe pendant ces quelques 2 heures de show, c'est le caractère absolument total du spectacle. À La Défense Arena, une salle pourtant gigantesque, difficile à dompter, un détail attire toujours mon regard. Sur les estrades, dans les airs, dans les recoins les plus reculés. Ils sont peut-être 15 ou 20 danseurs, personnages, créatures, on ne sait plus, à proposer des numéros de cirque, des portées et des jetées qui coupent le souffle, à brandir des harpes et des pianos aux formes squelettiques. Sous les jeux de lumière orangés, les volutes de fumée deviennent poussière de sable.
Cette atmosphère poisseuse, malaisante, me colle à la peau. J'ai l'impression de voir mes paralysies du sommeil se matérialiser. Quelque chose qu'on ne peut pas nommer vraiment.
Mais cette histoire n'est pas la mienne, c'est bien celle de Damso. Sur les écrans, son double de lumière apparaît sporadiquement puis s'évapore aussitôt, comme s'il n'arrivait pas à prendre le dessus. C'est là que la mise en scène prend sens : les créatures ne sont pas là pour habiller les morceaux. Elles incarnent les mots du rappeur. Son mal-être, ses contradictions, ses peurs, tout ce qu'il n'arrive pas à surmonter. C'est fort.
Les moments de bravoure s'enchaînent sans que j'ai le temps de souffler. Sur Feu de bois avec Sarah Sey en guest, l'ambiance vire au rouge hémoglobine et des jets de flamme surgissent des quatre coins de l'Arena. Mosaïque solitaire est sublimé par des acrobaties dans les airs qui donnent au titre une dimension presque sacrée. L'enchaînement avec Dieu ne ment jamais est parfait. Damso maitrise l'espace, mais aussi les silences. Dommage que les véritables interactions avec le public se limitent à quelques échanges de mains.
Et puis il y a Deux toiles de mer. Toute la foule chante. La voix de son fils Lior, baignée d'innocence, se répercute en écho contre les murs et me frappe en plein coeur. C'est peut-être son plus beau morceau, et certainement le moment le plus humain de la soirée, le point de bascule de ce chaos visuel soigneusement orchestré.
Divisé en cinq actes avec deux interludes, le final prend place dans ce qu'il nomme "Le monde blanc". Des draps de soie habillent Ya tengo sentimientos. Toutes les créatures sont désormais immaculées. On est soudainement comme enveloppé par une bulle de bonheur, j'ai même l'impression d'assister à un mariage - avec des invités atypiques certes. Damso déroule une masterclass de tubes : Qui m'a demandé, Alpha, Mwaka Moon, 911, l'incontournable Macarena.
La conclusion se fait sur KAKI et l'outro de BĒYĀH. Sur l'avant-scène sphérique, Damso dépose le micro. Puis il se retire et s'engouffre, pendant une étrange procession religieuse, dans un cercueil blanc. Est-ce la fin d'un chapitre, d'un personnage, d'une ère ? De sa carrière même ? Je n'ai pas la réponse, seul Damso la connaît. Mais je n'arrête pas de repenser à cette dernière image. Exactement ce qu'un grand concert est censé me procurer.
- Impardonnable
- VIE OLENCE
- Vantablack
- 2 diamants
- JCVDEMS
- Pa Pa Paw
- Feu de bois
- Laisse-moi tranquille.
- Schéma
- Mosaïque solitaire
- Dieu ne ment jamais
- Exutoire
- Smog
- 24h plus tôt
- La rue est morte.
- Fibonacci
- J Respect R
- Frère
- LIFE LIFE
- Love is blind
- Ipséité
- DEUX TOILES DE MER
- YA TENGO SENTIMIENTOS
- Qui m'a demandé
- Alpha
- Mwaka Moon
- 911
- Macarena
- Morose
- KAKI
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