Trois ans après son précédent passage au Stade de France, The Weeknd est de retour. Boosté par ses deux concerts à la Decathlon Arena de Lille, la star canadienne a envahi l'arène de Saint Denis hier soir pour le premier de ses quatre shows prévus dans la capitale, dans le cadre de son After Hours Til Dawn Tour de tous les records. Au total, il s'y produira devant plus de 300.000 spectateurs.
Forcément, l'excitation était à son comble. Mais le soufflé est vite retombé...
Il est 20h45 quand The Weeknd démarre son concert avec un quart d'heure d'avance sur l'horaire prévu. Au milieu de ruines, devant un écran géant montrant un décor urbain post-apocalyptique, une trentaine de danseurs masqués, en toge rouge, débarque dans la fumée. Sur la gigantesque scène - qui se prolonge jusqu'au plus profond de la fosse - l'artiste débarque au pied d'une imposante statue dorée de douze mètres. L'effet est saisissant. Oui, mais après ?
Au milieu des flammes, The Weeknd, portant un masque aux yeux rouges, interprète l'intense Baptized in Fear pour donner le ton. Mais quelque chose n'y est pas. Oui, sa scénographie est impressionnante. Oui, sa voix est impeccable. Mais son univers dark, ses chansons langoureuses (qu'il expédie souvent dans des versions raccourcies) et l'atmosphère inquiétante de son show ne collent pas avec un stade à ciel ouvert, quand le jour bat son plein.
Et c'est une vraie déception car les effets lumineux ne prennent pas, les lasers qui sortent des yeux de la statue - signée de l'artiste japonais Hajime Sorayama - sont quasi invisibles, tandis que le feu d'artifice sur Sacrifice ne produit pas l'effet escompté. Tout ce budget et cette ambition technique sont donc réduits à néant. Quel gâchis !
D'autant que The Weeknd et ses équipes ont bien pensé à la forme, à l'esthétique, et donc à la viralité sur les réseaux sociaux, mais pas à l'expérience spectateur. Pourquoi le chanteur reste seul, comme perdu, au milieu de ses ruines pendant près de 40 minutes alors que sa scène occupe toute la fosse ?
Pourquoi ne pas avoir découpé son spectacle en actes distincts pour nous raconter une histoire ? Pourquoi ne pas se servir de son décor XXL - dont sa statue monumentale et ses danseurs - pour créer des moments forts ? À titre de comparaison, les dernières tournées de Mylène Farmer ou Lady Gaga avaient tout compris.
Au milieu de cette immensité, l'artiste se montre par contre d'une humanité folle, en contraste avec ce que son personnage pourrait dégager dans ce barnum gothique. Souriant et ému, il savoure les longues minutes d'applaudissement, va à la rencontre des fans, et chante même Out of Time avec l'une d'entre elle, partageant alors un moment de complicité rare.
Même sur l'un de ses plus grands tubes - I Feel It Coming, il mise plutôt sur un bain de foule avant de monter sur l'ultime scène alors que la nuit commence fin à tomber. Il est 22h07, le show a commencé il y a 1h20. Tout l'habillage n'apparait donc que comme un prétexte.
Bien sûr, avec un tel répertoire et autant de tubes, la communion s'embrase à quelques occasions, et heureusement. Comme lors du hit Take My Breath, premier vrai moment d'euphorie, The Hills, dans un déluges de flammes et sous le regard imposant de la statue, l'excellent Die For You, où les bracelets lumineux font enfin sensation, et évidemment Blinding Lights, où les synthés s'entrechoquent à un déluge de lumières alors que les 75.000 fans s'ambiancent à l'unisson. Wow !
En clair, The Weeknd n'a pas lésiné sur les moyens pour en mettre plein la vue aux spectateurs. Et, en effet, le grandiose feu d'artifice final sur le génial Moth to a Flame et cette statue de 12 mètres ne manquent pas de devenir viraux et de donner envie aux autres sur les réseaux sociaux. Mais un concert, n'est-ce pas d'abord une mise en scène au service d'un univers, une narration, une incarnation, et une expérience proposée aux spectateurs ? Et en ça, l'After Hours Til Dawn Tour n'a pas tenu toutes ses promesses.
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