Taylor Swift. C'est le nom de la popstar de la décennie, mais aussi de son premier album. Un opus qui, plus qu'une artiste, a lancé un empire et qui célèbre aujourd'hui ses 20 ans. Eh oui, Taylor a déboulé dans nos vies en 2006. À 16 ans seulement. On la considère alors comme un espoir de la country music, une voix profondément états-unienne, pas vraiment du genre à remplir des stades. C'est une véritable Miss Americana, la fille chérie de l'Oncle Sam, comme a pu l'être une Britney pré-trash.
Sur la pochette, ses très longs cheveux bouclés façon Raiponce, un décor pastoral façon la Jardin d'Eden, un regard loin d'être si affirmé... C'est clair, la Taylor de 2006 semble si loin de celle mélancolique d'August, de la Tay hyper badass de The Man ou encore de l'interprète jane austenienne de My Tears Ricochet. Sur la cover de Taylor Swift, l'intéressée, si ses yeux traduisent un sentiment d'amertume pas si anodin, est quasiment un cliché... qui va rapidement déboulonner les préjugés qu'on lui accole grâce à une qualité d'écrire indéniable.
Mais cet art lyrical, existe-t-il déjà lors de son coup d'essai ? Anniversaire oblige, on a redécouvert cet opus qui a tout lancé.
Taylor Swift : des origines chéries par les fans.
Beaucoup d'érudits de Taylor aiment réécouter l'album éponyme aux vingt ans d'existence. Normal : dans un son comme Tim McGraw, qui ouvre l'expérience, on pressent déjà ce qui fera le meilleur d'un Folklore. De la country entêtante qui tutoie tout de même furieusement la densité de la folk music, un fond mélodique très lyrique, aux envolées romantiques, et un grand bol de spleen, la tristesse heureuse.
Folk, country... Mais rock aussi, avec des sons à la patine 90's comme Picture to Burn, chanson qui se rapproche énormément d'une Sheryl Crow. C'est intéressant de croiser les diverses Taylor d'une ballade à l'autre, et de mesurer à quel point la chanteuse s'est complexifiée, a évolué, musicalement notamment, en hésitant jamais à surprendre - le controversé Wood l'a bien démontré.
Oui oui, Taylor Swift, l'album, avec ses sonorités qu'on croirait tout droit issues d'un épisode de Dawson, amusera les haters, qui crieront à la musique fleur bleue... mais les autres, qui ont l'habitude de voir la superstar raillée, piocheront comme des historiens, d'un son à l'autre, réunissant les pièces du puzzle qui constitue le "lore" Swift.
Récits de ruptures douloureuses, ironie délicate, gimmicks beaucoup plus "pop" que country en vérité (Tearsdrop on my guitar a d'ailleurs droit a sa "Pop Version"), sens de la métaphore aiguisé, romantisme échevelé que n'aurait pas reniée Emily Brontë, l'opus est un vaste brouillon de son univers en gestation. Le gros souci c'est que l'ensemble est beaucoup trop monotone d'un point de vue des mélodies, pas assez variées, avec les mêmes riffs de violons, les mêmes gimmicks, les mêmes atmosphères, façon mariage dans le cottage.
La manque de diversité musicale, somme toute logique dans un album de country traditionnelle, mainstream, pensée pour les radios FM sans grand souci d'audace technique et de dissonances, fait que l'écoute peine à captiver sur la longueur. On est loin des ruptures de ton euphorie/mélancolie qui font toute la magie d'un Lover, où l'intimisme le plus souffreteux côtoyait la pop la plus cartoon.
Mais si la sieste n'est jamais loin, la Taylor touch opère tout de même façon électrochoc. Dans des sons entêtants et furieusement doux amers comme Mary's Song (et son refrain si efficace à hurler façon karaoké), A place in this world ou I'm only here when i'm with you, où Taylor chante autant la vitalité de ses sentiments que la nostalgie des jours d'avant (oui oui, elle n'a même pas 18 ans et déjà énormément de regrets), sa solitude que sa persévérance, assénant "I'm just a girl", comme Gwen Stefani avant elle.
En 2006, Amy Winehouse est encore de ce monde. Taylor Swift n'obsède guère la planète en comparaison de la diva soul, mais son nom est déjà sur beaucoup de lèvres. Impossible de savoir qu'un jour, ses tubes inonderont les charts. Vingt ans plus tard, c'est l'une des femmes les plus écoutées du globe.