Quand on regarde le Top 10 des films en langue étrangère les plus regardés de tous les temps sur Netflix, on y retrouve deux films français : Sous la seine (n°2 avec 102,3 millions de vues) et Ad Vitam (n°9 avec 63,1 millions de vues). Côté séries, Lupin, partie 1 se classe n°5 avec 99,5 millions de vues, tandis que la partie 2 se positionne en n°9 avec 68,4 millions de vues.
À première vue, la plateforme de streaming devrait donc être heureuse de ses productions françaises. Et pourtant, les dirigeants militent aujourd'hui pour l'autorisation de produire moins de films et série en France.
Depuis 2021, un décret voté par la Commission européenne impose aux plateformes de streaming un plafond des investissements obligatoires dans chaque état membre (le taux est choisi selon le pays). En France, qu'il s'agisse de Netflix, Disney+ ou encore Prime Video, ces sites doivent investir 20% de leur chiffre d'affaires dans les productions qu'ils souhaitent.
Le problème ? Comme le déplore un porte-parole de Netflix auprès du Monde, ce taux français est l'un des plus importants en Europe et représente à l'heure actuelle près de 250 millions d'euros pour 2024, pour un total de 20 à 25 oeuvres produites par an.
Or, si la plateforme n'a pas l'intention d'abandonner ses productions, elle estime que ce fonctionnement atteint ses limites et commence à tourner dans le vide.
Pendant que les productions locales ont dû mal à percer dans les Top 10 mondiaux et connaissent généralement des flops en audiences (dernier en date : Bandi), les dirigeants assurent que même les abonnés "ne souhaiteraient pas en regarder beaucoup plus". Traduction ? Il serait inutile de produire davantage de séries/films/documentaires, car ceux-ci seraient voués à l'échec.
De l'argent jeté en l'air, alors même que les investissements exigés ne devraient pas cesser d'augmenter en raison de la bonne santé économique de Netflix.
"En l’absence d’évolution du cadre réglementaire, nous deviendrons à terme le premier financeur de la création française [devant TF1, France Télévisions ou Canal+]. Et le poids des services de streaming américains dans le financement de la création pose question. Il pourrait augmenter jusqu’à près de 50 % à l’horizon 2030 [contre un quart en 2024]".
Une injustice pour Netflix qui, dans le même temps, ne bénéficie pas des mêmes cadeaux liés à la chronologie des médias (Canal+ n'a que six mois à attendre avant de proposer des films après leur sortie en salles, contre 17 mois pour Netflix), mais également problématique pour la création française.
Selon Netflix, la dépendance de la production française à sa plateforme "fragiliserait le principe de souveraineté culturelle". Les dirigeants estiment que les groupes de télévision historiques se doivent de rester "les premiers financeurs de la création et de l’information" et non pas un groupe étranger.
On vous rassure, Netflix n'a pas l'intention d'arrêter de produire en France. Seulement, la plateforme milite pour des obligations proportionnées (taux plus bas) et non punitive. Et ça tombe bien, la Commission européenne réexaminera cet automne ce décret sur les services de médias audiovisuels.
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