"Il va l'avoir". "C'est sûr que c'est lui"... Depuis sa projection en avant-première au Festival de Venise il y a quelques jours, spectateurs et critiques sont unanimes : le 14 mars 2027, c'est bel et bien Robert Pattinson qui viendra sur scène soulever l'Oscar du Meilleur acteur.
Une récompense qui saluerait autant une carrière jalonnée de choix audacieux (on l'a vu chez les frères Safdie, Cronenberg, Bong Joon-ho ou Claire Denis) que sa prestation bluffante dans Primetime.
Au détour d'une année ultra chargée (il a aussi été à l'affiche de The Drama, Die My Love, L'Odyssée et bientôt Dune 3 et même en caméo vocal dans Marty Supreme), c'est donc avec le projet a priori le moins bankable que Pattinson brille le plus.
Dans Primetime, nouvelle production du studio A24, Pattinson interprète avec un regard halluciné Chris Hansen, un présentateur aussi carriériste que manipulateur de la chaîne NBC, aux manettes de To Catch a Predator. Le concept complètement dingue de cette émission ? Débusquer les prédateurs sexuels qui s'en prennent aux mineurs aux quatre coins des États-Unis. Le plus fou dans l'histoire, c'est que cette émission a vraiment existé et qu'elle a réuni des millions de téléspectateurs en prime time au milieu des années 2000.
Dès le début, avec son grain hérité des anciens caméscopes comme dans Backrooms, Lance Oppenheim pose sa note d'intention : il rend un vibrant hommage à tout un pan de l'histoire du thriller américain. Celui paranoïaque des années 70 (l'ombre des Hommes du Président plane dans cette quête de vérité journalistique) et celui psychologique des années 90 (l'ambiance glauque d'un Seven imprègne la pellicule). Primetime apparaît même comme une suite logique du Night Call de Dan Gilroy (2014), où Jake Gyllenhaal incarnait un reporter d'images que rien n'arrête pour avoir le scoop le plus sanglant.
Ici, point d'effusion de sang. Quelques moments chocs certes, mais pas autant que ce que le teaser semblait nous vendre. Aux images sulfureuses, Lance Oppenheim préfère quelques fulgurances horrifiques, comme l'apparition furtive d'un homme au masque terrifiant, issu d'un passé traumatisant. Et un montage clipesque, rempli d'inserts parfois drôles (on y voit les séries Friday Nights Live, Joey ou New York Unité Spéciale - toute une époque).
Une sorte de zapping pour mieux dénoncer l'Amérique de Bush post-11 Septembre et une justice télévisuelle transformée en course à l'audimat. Car le but de To Catch a Predator est aussi bien de traquer les pédophiles que de faire de l'ombre à la série Lost, programmée au même horaire sur une chaîne concurrente. Une course qui le mènera inévitablement à sa chute...
Le point fort de Primetime c'est indéniablement son casting. Outre Pattinson, Merritt Wever incarne la productrice Andie totalement dingue, là où Skyler Gisondo, vu dans Licorice Pizza, assure en jeune acteur débutant entraîné malgré lui dans les méandres du programme en tant qu'appât des prédateurs. Même la chanteuse Phoebe Bridgers, dont c'est ici le premier rôle au cinéma, est convaincante en jeune recrue fan de Nine Inch Nails.
Son seul obstacle, c'est débarquer un an après Predators, documentaire ultra célébré d'Apple TV sur le même sujet, mais dont il sert finalement de bon complément. Car là où le doc évoque principalement l'influence et les retombées de l'émission, le film nous plonge directement dans le quotidien de cette équipe de reporters / justiciers, sans véritable regard extérieur. Si ce n'est celui du patron de NBC, peu touché par cette émission qu'il ne garde à l'antenne que parce que "tous les Américains l'adorent".
C'est là l'ambiguïté principale du film. D'un côté, si Oppenheim livre un thriller captivant, on le sent parfois trop lissé pour correspondre aux attentes hollywoodiennes. De l'autre, on est troublé par le concept même de cette émission, d'utilité publique mais finalement utilisée comme une simple course à l'audimat, qui reste parfois trop à la surface.
La fin du film paraît d'ailleurs davantage comme une façon de brouiller les pistes entre réalité et fiction, comme si tout cela n'avait été qu'un jeu de marionnettes. Cruel et manipulateur. À l'image de son présentateur Chris Hansen.