Quentin Dupieux tourne-t-il en rond ? La question se pose à la vision de son nouveau film événement, Le Vertige. Malgré une carrière qui dure depuis un quart de siècle, et qui mêle tous les genres et les formats, le réalisateur a vu sa hype exploser à la fin de la dernière décennie avec Incroyable mais vrai et surtout Yannick, devenant la nouvelle coqueluche du cinéma français.
Le principe est simple : des films courts qui agacent autant qu'ils fascinent, des concepts simples mais efficaces, des stars populaires au casting et un marketing savamment orchestré. Sauf que la mécanique du réalisateur a tendance à tourner à vide sur ses derniers projets. Évoquant maladroitement l'IA et les tournages catastrophiques (Le dernier acte) ou le milieu des influenceurs (L'accident de piano), Dupieux s'attaque à des sujets forts dont il ne tire finalement rien de plus que son idée initiale, pourtant prometteuse.
Idem sur Le Vertige, avec ses notions de réalité virtuelle et de simulation. Sujet usité à Hollywood à la fin des années 90, via Matrix - cité ad nauseam dans le film, The Truman Show, Dark City ou eXistenZ. Dupieux arrive donc avec 25 ans de retard. Et n'en fait, toujours, pas grand chose. À part cette seule idée, plutôt réussie sur le papier, de cette modélisation façon jeu vidéo PlayStation 1, grâce à cinq étudiants en animation diplômés de l’Ecole des Gobelins à Paris. C'est là la seule originalité du long-métrage. Utilisée même dans la promo et les interviews avec Allociné ou C à vous. Mais elle ne dépasse jamais son stade initial.
Comme on pouvait le craindre au vu de sa bande-annonce, le concept du Vertige, à savoir un Alain Chabat / PS1 se rendant compte qu'il vit dans une simulation en découvrant plusieurs bugs, ne tient pas la route plus longtemps qu'une blague de cinq minutes. D'ailleurs, le teaser ne montre que la première scène, l'une des meilleures tant elle confère à l'univers absurde cher au réalisateur. Absurde, le film l'est parfois, mais jamais loufoque tant il est lourdement didactique.
"C'est comme dans Matrix" répète inlassablement Jonathan Cohen, comme un coup de coude au spectateur pour lui faire comprendre la filiation, à un Alain Chabat qui lui raconte ses 250 bugs qu'il a découvert dans son vrai-faux quotidien.
Sauf que derrière cette blague initiale, il faut raconter une histoire. Et même sur une durée aussi courte que 1h06, le bât blesse. D'autant que les différentes saynètes ne sont jamais drôles (personne n'a ri dans la salle, indicateur plutôt fiable), que le trio Alain Chabat / Jonathan Cohen / Anaïs Demoustier cabotine et que, sacrilège, Dupieux ne fait rien de sa mise en scène, qui aurait pu être transcendée par l'utilisation de cette modélisation 3D. À part quelques bugs volontairement grossiers et loupés (mains qui s'enfoncent dans des corps, faux raccords), il ne joue jamais avec les codes visuels ou thématiques d'une telle technologie et préfère se complaire dans une métaphysique pour les nuls. Jusqu'à opérer un virage raté sur les gourous en fin de film, là où on pouvait s'attendre à une critique féroce de l'IA qui menace de plus en plus le milieu du cinéma.
Il est loin - et paradoxalement proche - le temps où le cinéaste nous séduisait avec les géniaux Au Poste, Réalité et même Daaaaaali !, prenant à bras le corps ses sujets et accouchant de scènes vraiment marquantes. Aucune du Vertige ne semble partie pour rester dans les annales de sa carrière.
Malgré un twist là aussi inutile et digne des entourloupettes usitées du réalisateur, il faut attendre la toute dernière scène pour voir surgir une idée. LA bonne idée. On ne vous la racontera pas, pour ceux qui veulent découvrir ce Vertige en salles, mais elle brouille avec brio les frontières entre fiction et réalité. C'est là qu'auraient dû se jouer les 65 minutes qui lui ont précédé...
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