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Maxime Chattam en interview : "Morsures, c’est un mélange des Dents de la mer, des Goonies et du Silence des agneaux"
Publié le 1 novembre 2026 à 16:55
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Dans Morsures de Maxime Chattam, tout commence par une attaque de requin dans les eaux bretonnes, avec des clins d'oeil assumés aux Dents de la mer. L’auteur a accepté de replonger avec nous dans les coulisses de ce nouveau livre, à la fois roman horrifique, polar et livre d’aventure, et nous révèle combien certaines oeuvres cultes ont chamboulé sa vie. Interview.
Dans les coulisses du nouveau polar de Maxime Chattam : « Morsures, c’est un mélange des Dents de la mer, des Goonies et du Silence des agneaux » © Pascal Ito

Et si un Grand requin blanc s’en prenait aux pêcheurs et nageurs au large de la Bretagne ? C’est sur cette supposition que commence Morsures, le tout nouveau polar de Maxime Chattam dévoilé ce 28 octobre 2026 chez Albin Michel. Pour le cadre, l’auteur n’a pas eu à chercher bien loin : "Cette idée de roman est née de la répétition : j’avais une maison à Saint-Cast-le-Guildo, et mon bureau surplombait la ville et la mer. Souvent, quand je corrigeais mes romans l’été, je regardais la vue et je me disais que c’était dommage de ne pas écrire une intrigue qui se déroulait sur place. Et je me disais aussi que j’écrirais bien un livre de requin."

Le projet tombe à l'eau une première fois

Difficile toutefois pour l'auteur de passer après Les Dents de la mer de Peter Benchley et l'adaptation au cinéma de Steven Spielberg. Alors, le projet tombe à l’eau. "Mais ça traînait dans un coin de ma tête, je n’arrivais pas à évacuer cette idée. Un beau jour, je me suis dit : ‘Tant pis, il faut que j’écrive ce livre qui n’est pas du tout Les Dents de la mer, même si les gens vont y penser au début. Je vais l’assumer, je vais même en jouer, mais je veux faire le roman que je veux moi.’ En fait, Morsures, c’est plus un mélange des Dents de la mer, des Goonies et du Silence des agneaux, s’il fallait prendre des références très connues", s’amuse Maxime Chattam.

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"Les Dents de la mer, c’est une peur probable, plausible"

Comme de très nombreux spectateurs, c’est grâce au film de Steven Spielberg que le romancier a découvert Les Dents de la mer. Et comme de très nombreux spectateurs, il a ensuite eu "peur de remettre un pied dans la mer pendant un moment". "Ce n’est pas le premier film d’horreur que j’ai vu au cinéma : ma première séance du genre était Simetierre de Mary Lambert, adapté de Stephen King, qui m’avait vraiment terrifié mais c’était irrationnel. Mais Les Dents de la mer, c’est une peur probable, plausible. On a beau savoir qu’il n’y a pas de requin autour de nous… que se passerait-il si c’était finalement le cas ?", se souvient-il. 

Un simple cauchemar qui n’en est plus vraiment un, aujourd’hui, alors que les océans se meurent. C’est d’ailleurs un article scientifique, lu il y a trois ans, qui a été le déclic de l’écriture de Morsures : l’impact du réchauffement climatique sur le plancton pousse de nombreuses espèces à se rapprocher des côtes pour se nourrir, y compris les requins blancs. Un scénario présenté comme récurrent par les scientifiques dans les années à venir, notamment au large de la Bretagne.

"Il faut maintenant faire preuve de subtilité"

Ainsi, une œuvre de requin située dans les années 80 et une autre en 2026 ne véhiculent pas du tout le même message. "Il y a quarante ans, un bon roman de requin était un livre terrifiant, avec ce requin comme monstre moderne. Aujourd’hui, c’est une espèce en partie menacée, et Peter Benchley et Steven Spielberg ont d’ailleurs regretté d’avoir mis en danger cet animal, analyse-t-il. Il faut maintenant faire preuve de subtilité : montrer que le requin reste bien sûr un prédateur, mais qu’en temps normal il n’en a surtout rien à faire de nous." En outre, la présence supposée de ce prédateur près de Saint-Cast-le-Guildo est aussi l’occasion d’apporter un autre sous-texte politique à ce polar : "On a ce danger qui viendrait de la mer, qui déferle sur cette petite ville franco-française. Comme par hasard, le seul garçon noir de mon roman va devenir sa proie, dans la période actuelle… Ça raconte les choses sans même avoir besoin de les écrire, mais si on ne veut pas les voir, on ne les verra pas bien sûr."

"Ma vie d’écrivain s’est construite sur cette désillusion d’adolescence"

Ce garçon racisé se prénomme Gabriel, il est le leader de la petite bande d’adolescents outsiders qu’intègre Mathis, jeune parisien qui vient d’emménager à Saint-Cast-le-Guildo. "Je conserve un énorme attachement pour l’adolescence. Le recul que l'adulte peut avoir sur cette période de la vie est une possibilité de travail que j’adore. C’est ma marotte", confie-t-il. 

Les jeunes de Morsures vivent mille aventures, de la naissance des sentiments (et les déceptions qui suivent souvent) à des expériences ésotériques en lien avec le folklore breton, et toute ressemblance avec des faits réels est loin d’être fortuite : "J’ai été cet adolescent qui faisait des séances de spiritisme et de l’urbex avec ses copains ! On se faufilait dans les catacombes à Paris, ce genre de choses" Une relation d’amitié comme celle au cœur des Goonies : "Quand j’ai vu le film, j’avais le même âge que les personnages. Je me suis dit : ‘En fait, je veux vivre ça ! La vie est superbe !’ Avec mes potes, on se baladait dans la ville, on traversait la rivière près de chez nous…" Mais son enthousiasme retombe comme un soufflé lorsque le film se confronte à la vraie vie.

Le Seigneur des Anneaux, une "révélation"

Le film Stand by me, loin du genre fantastique, remplace alors Les Goonies : "Cette fois, les amis à l’écran partent vivre une aventure tellement forte humainement qu’elle va les transformer. Mais je me suis à nouveau rendu compte que ça n’arrive jamais. Ça a été une énorme désillusion." Pour contrer ce mal-être, le jeune Maxime Chattam se plonge dans l’écriture : "Je mettais en scène mes copains dans mes premières nouvelles, ils vivaient eux-mêmes plein d’aventures. C’est comme ça que ça a commencé, tout simplement. Ma vie d’écrivain s’est construite sur cette désillusion. D’ailleurs, dès que j’entends Girls Just Want to Have Fun de Cindy Lauper, je suis pris de nostalgie. Ça me renvoie de suite à cette époque-là." 

La lecture lui permet aussi de s’évader et il découvre grâce à sa mère Le Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien vers l’âge de 13 ans. Après des débuts fastidieux, l’univers de l’auteur étant peu accessible aux jeunes lecteurs, c’est une "révélation" : "Après ça, j’ai lu tout ce que je pouvais en fantasy même s’il n’y avait pas beaucoup de livres traduits en français. C’était vraiment une obsession et ça a changé ma vie car ça m’a ouvert au médiéval fantastique qu’on retrouve dans les jeux de rôles. C’est marrant : je relis régulièrement Le Seigneur des Anneaux, et c’est le cas en ce moment !"

Maxime Chattam a découvert Percy Jackson grâce à ses enfants

Et le goût de la lecture est bien une histoire de transmission dans la famille de Maxime Chattam. Aîné d’une fratrie également composée d’un frère et d’une sœur de 12 et 15 ans ses cadets, il se souvient avoir joué le rôle de "baby-sitter de ses parents" : "Je les ai forcément traumatisés en leur montrant certains films, s’amuse-t-il. Mais je leur lisais aussi des histoires le soir. Je me souviens d’un rituel que j’adorais avec eux : je lisais chaque soir quelques pages des Yeux du dragon de Stephen King. Je me souviens de leurs visages, tantôt émerveillés, tantôt terrifiés par l’histoire." 

Paru dans les années 80, écrit par King pour sa jeune fille Tabitha, ce roman est "devenu la madeleine de Proust familiale" de Maxime Chattam, qu’il lit volontiers à ses enfants Abbie et Peter. "Je les ai aussi initiés à mes délires de jeux de rôles. Dès qu’il y a un film dans ce genre qui sort, je les embarque avec moi ! Ils sont à fond. D’ailleurs, une de leurs professeurs m’a dit : ‘Bon, c’est bien, vos délires fantastiques, mais il faudrait qu’ils s’ouvrent à autre chose qu'aux gobelins et aux trolls’. Bien sûr qu’il y a autre chose ! Mais tant que ça les amuse…", s’esclaffe-t-il. 

Mais la transmission se fait aussi d’enfants à parent, comme dans le cas de la saga Percy Jackson : "Ma fille a adoré et elle a embarqué son frère, alors je m’y suis intéressé car je ne connaissais pas. Ils sont encore jeunes : ils ont 13 et 11 ans, mais plus ils grandiront et plus des passerelles entre ce qu’ils aiment et ce que j’aime se créeront."

Ils auront ainsi l’occasion, d’ici une décennie, de découvrir les romans de Thomas Harris, auteur du Silence des agneaux adapté au cinéma avec Jodie Foster et Anthony Hopkins. Un ouvrage "génial" que Maxime Chattam avait découvert après avoir vu le film, dans lequel la psychose et les crimes sanglants sont intimement liés, comme dans Morsures. 

Mais s’il n’y avait qu’un livre de Harris à dévorer selon lui, ce serait Dragon Rouge : "C’est le préquel du Silence des agneaux, mais il est plus abouti, plus fin sur la psychologie du tueur. Il est très réaliste. Je me suis pris une claque et je me suis dit : ‘Mais c’est ça que je dois écrire ! Il faut que j'arrête d'écrire des histoires d'aventure avec des ados ou de la fantasy. Il faut que j'écrive un gros roman effrayant, un roman policier ou un thriller avec un tueur en série. Là s’est opéré le grand changement de direction dans ma vie d’écrivain", explique celui qui avait publié L’Âme du mal dès 2002.

Un roman hommage à Lovecraft est dans les tuyaux 

Si Morsures est un clin d’œil aussi bien aux Dents de la mer qu’aux Goonies et au Silence des agneaux, Maxime Chattam aimerait-il rendre hommage à une autre œuvre marquante dans sa vie, dans un futur roman ? "Celles de H.P. Lovecraft bien sûr ! C’est un projet que j’ai d’ailleurs en tête depuis très longtemps, révèle l'auteur. Je prépare depuis des années un grand roman d’aventure fantastique qui se situerait dans les années 20, teinté de Lovecraft. J’avance petit à petit, dans ma tête et sur la documentation."

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Par Jade Olivier | Journaliste culture
Biberonnée aux sagas Chair de poule de R.L. Stine et Mon amie Flicka de Mary O'Hara, Jade dévore une vingtaines de romans par mois et tous les genres y passent ! Pour VOLUM, elle décrypte les tendances en librairie et annonce les évènements littéraires à ne pas manquer, tout en gardant un œil sur l'actualité de la mode.
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