Dans le microcosme des popstars de la nouvelle génération, Olivia Rodrigo s'est rapidement détachée du lot. En affirmant une influence rock et des duos avec de grosses légendes du genre (David Byrne, Robert Smith, Weezer), la jeune chanteuse californienne a redonné un coup de jeune au courant pop-punk qui faisait fureur au milieu des années 2000 grâce à Avril Lavigne.
Après un premier album ultra addictif, Olivia Rodrigo s'est un peu perdue. Fameuse étape du difficile "deuxième album", Guts sentait la redite facile et faiblarde. Ce qui s'est ressenti dans les ventes, bien moindres que sur le premier. L'heure est-elle au renouvellement sur ce troisième disque ? Oui et non...
Non car visuellement, Olivia Rodrigo continue sur sa lancée, avec toujours ce côté écolière rose bonbon. Musicalement aussi, elle évolue encore dans cette sphère pop-rock, contant des histoires d'amour déçues sur des riffs de guitare calibrés pour les stades. Pourtant, il y a quelque chose de différent sur You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love.
Car oui, derrière ce titre, Olivia Rodrigo semble indiquer que même en amour, la mélancolie reprend très souvent le dessus. Et les fans auront tôt fait de décortiquer les paroles des 13 morceaux, souvent doux-amers sur la question où la girl in love du titre déclame les différents aspects de sa relation, de la naissance de ses sentiments jusqu'à l'obsession. Mais toujours, la possibilité d'une rupture plane. "J'espère ne jamais voir ton visage s'éteindre / Un visage que je jurerais connaître toute ma vie" chante-t-elle sur Honeybee.
Mais surtout, la star fait évoluer son univers sonore. Si l'influence rock 90's est toujours présente, elle l'enrobe désormais de touches synthétiques plus 80's. On pense ainsi à Devo, No Doubt et même The Human League à l'écoute de certains morceaux comme Expectations, clairement inspiré par la new wave.
En progressant davantage, Olivia Rodrigo livre ni plus ni moins que son meilleur album. Outre le trio de ballades plutôt dispensables et redondantes, la chanteuse livre une dizaine de chansons ultra solides et qui, si elles ne sont pas des tubes radiophoniques évidents, sont de véritables petites bombes qui se (re)découvrent au fil des écoutes.
Le disque est d'ailleurs divisé en deux parties : la première, Girl So in Love, renferme les morceaux les plus up tempo et les plus réussis du disque. Le lead single Drop Dead, petit grower absolu, l'énergique Stupid Song ou encore le génial Maggots for Brains, un des meilleurs titres de sa discographie, qui rend hommage à la scène rock alternative US des années 90 qu'Olivia vénère tellement. On pense aussi énormément à Oysters In My Pocket, petit tube indie pop du duo australien Royel Otis sorti il y a quelques années. Quant à u + me = ˂3, il aurait pu aussi bien être chanté par Chappell Roan, autre popstar produite par Dan Nigro.
La seconde, You Seem Pretty Sad, est logiquement bercée par le spleen. Là où les émotions submergent la Olivia romantique. En manque d'affection sur Begged, jolie ballade folk sans grand relief, elle se rend compte que la rupture est proche sur le magnifique Less : "Si m'aimer signifie me laisser partir et me souhaiter le meilleur / Alors je souhaite que tu m'aies moins aimée". Comment trouver le remède ?
Contrairement à ce que son titre laisse penser, The Cure ressemble davantage à du Smashing Pumpkins. Quant à What's Wrong With Me, le duo avec son idole Robert Smith, c'est LA déception du disque. Un mid-tempo plutôt mièvre et loin de ce qu'on aurait pu attendre d'une collaboration avec le leader emblématique des Cure. La conclusion vaut quant à elle le détour : titre évoquant un ex, Cigarette Smoke est un final puissant et cinématographique, qu'on imagine déjà prendre toute son ampleur sur scène.
On ressort de cette écoute très agréablement surpris. Si l'oubliable Guts nous avait un peu refroidis, Olivia Rodrigo a réussi à nous séduire à nouveau avec son troisième disque, qui s'impose déjà comme la pierre angulaire de sa carrière. Un projet qui marque une évolution claire et nette de son style et qui l'affirme comme une des popstars les plus passionnantes à suivre de sa génération, de par ses influences et son univers rock. La prochaine étape ? Prendre encore un peu plus de risques et travailler avec d'autres producteurs que Dan Nigro...
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