En 27 ans de carrière, Muse s'est bâti la solide réputation de savoir retourner un stade entier avec un riff de guitare. Ce que je peux confirmer en personne pour avoir applaudi le groupe - et hurlé à m'en arracher les poumons sur Knights of Cydonia - durant trois tournées différentes. J'avais même eu la chance extraordinaire d'assister en 2018 à un concert privé dans la petite salle parisienne de La Cigale, où le public choisissait sur demande les morceaux de la setlist. Un souvenir impérissable.
En attendant une potentielle tournée des stades à l'été 2027, c'est à Paris La Défense Arena et à la Sud de France Arena, près de Montpellier, que le trio britannique s'échauffera les 27 novembre, 3 et 4 décembre 2026 pour présenter son nouveau spectacle futuriste, The Wow! Signal. J'ai évidemment déjà mes billets en poche, car je sais d'avance que Muse sait proposer de véritables expériences immersives.
The Wow! Signal, c'est le nom du 10ème album de la bande qui sera envoyé sur orbite - et dans les oreilles des fans - le 26 juin. Un disque enregistré entre Londres, dans les mythiques studios Abbey Road, et Santa Monica, sous le soleil de Los Angeles.
Aux manettes, on retrouve évidemment Matt, Chris et Dom, mais aussi le producteur Aleks Von Korff, qui a officié sur le premier album solo de Matthew Bellamy, Cryosleep (2021), et Dan Lancaster, connu pour son travail avec Blink-182 et Bring Me the Horizon. Il accompagne Muse sur scène depuis le Will of the People World Tour, et c'est lui qui a mixé le single Won't Stand Down.
Plus surprenant sur le papier, on retrouve aussi dans l'album la patte de BloodPop, génial comparse des icônes pop que sont Madonna et Lady Gaga, sur Nightshift Superstar, single actuel qui tourne en boucle sur M6 puisqu'il accompagne tous les matchs de la Coupe du monde de foot. Kiki Mbappé et Muse ? On valide !
Et même les enfants de Matt sont de la partie : sa fille Lovella, 6 ans, prête justement sa voix aux chœurs de Nightshift Superstar tandis que son fils Bingham, vrai métalleux dans l'âme de 15 ans, joue de la percussion sur The Dark Forest.
Voilà pour les présentations formelles, mais à l'écoute, ça donne quoi ? Spirituellement, on se situe dans la lignée de Will of the People, pas pour ses thématiques dystopiques (et tant mieux, on commençait à tourner en rond autour du sujet) mais pour son aspect hybride. The Wow! Signal condense en 10 morceaux trois décennies d'exploration musicale, Muse s'étant toujours senti libre de s'aventurer dans des chemins aux antipodes pour nourrir sa créativité. Pour le meilleur (Origin of Symmetry, Black Holes and Revelations, qui est mon empire romain), et parfois pour le pire (Simulation Theory).
Quand The Dark Forest ouvre le bal, je suis immédiatement happé dans une faille et téléporté dans des plaines désertiques. Muse orchestre sur ce titre très cinématographique la collision entre du rock nerveux et de la grâce symphonique, que viennent sublimer des sonorités orientales obsédantes. On croirait entendre la BO de Dune et de Lawrence d'Arabie, avec une montée en puissance qui me hérisse les poils. Puis à mi-chemin, une rupture soutenue par un riff de guitare électrique sonne l'arrivée de la cavalcade. Les décibels s'envolent, mon cœur aussi.
L'ouverture parfaite des futurs concerts, à mon sens. Et peut-être l'un des rares surprises que réserve ce 10ème opus, puisque cinq extraits sont déjà connus.
En fait, je ressens vite l'impression que Muse s'est donné pour mission de concilier différentes générations de fans dans ce qu'on pourrait appeler de manière peu attrayante un pot-pourri. Vous ne jurez que par les guitares saturées de Plug In Baby ? Cryogen sera votre madeleine de Proust. Vous préférez Muse pour son goût de la grandiloquence pop façon Space Dementia ? Hexagons s'adresse à vous. Les effusions électro et les voix modulées de The 2sd Law font vibrer vos entrailles ? Cap sur The Sickness In You & I et Be With You.
Je capte par intermittence des fragments disco et synth-wave (Nightshift Superstar), du space rock, de la progressive, du metal, et parfois même tout ça au sein de la même chanson : je parle évidemment d'Unravelling, sans doute LE mastodonte du projet, ou Hush avec Ellie Goulding, qui réussit à faire coexister différentes énergies avec une harmonie déconcertante. J'en suis le premier étonné, mais ça fonctionne du tonnerre !
Mes réserves vont sur l'empreinte du projet sur la discographie de Muse. The Wow! Signal est robuste, cohérent mais pas mémorable, ce qui est un reproche que les fans formulent depuis une dizaine d'années déjà quand on parle de l'évolution du groupe. Le travail mélodique sonne bien souvent familier voire même paresseux par moments, comme sur The Sickness In You & I.
Je n'ai rien contre la force brute (au contraire !) mais j'attendais des chansons avec davantage de personnalité propre. Pas sûr que cette piste ou la ballade mélancolique Shimmering Scars, aussi vite oubliée qu'entendue, passent l'épreuve du temps.
En revanche, je suis persuadé que The Wow! Signal possède durant ses 45 minutes le potentiel pour offrir un show XXL dantesque parce qu'en morcelant l'album, chaque titre est capable de s'imbriquer dans une era de Muse. On se voit front row en novembre !
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