Ils ont chanté Mean Girls ensemble. Et se retrouvent aujourd'hui en concurrence, sans le vouloir. Ce vendredi 24 juillet est un jour à marquer d'une pierre blanche pour tous les cool kids de la planète : soit la sortie des deux albums les plus attendus de l'été, voire de l'année. Music, Fashion, Film de Charli xcx, deux ans après le phénomène Brat, et Reality Awaits des Strokes, dont la sortie a été repoussée d'un mois.
Face à face chez les disquaires et sur les plateformes, qui de l'hyperpopstar britannique ou des rockeurs new-yorkais signe le meilleur album de la semaine ?
Elle le clame à qui veut l'entendre : le dancefloor est mort, du coup elle fait de la musique rock. Ou plutôt "ro-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-ck". Vous l'aurez compris, Charli xcx (re)branche les guitares et veut jouer à la rockstar sur ce disque, clairement conçu aux antipodes de Brat, son dernier opus phénomène sorti il y a deux ans qui a signé le pic commercial de sa carrière. Pari réussi ? À moitié seulement !
Music, Fashion, Film n'est pas vraiment l'album rock auquel on pouvait s'attendre. Certes, il y a quelques guitares saturées ci et là, une prod crado, une énergie indéniable et un esprit punk-rock revendiqué. Mais jamais les 11 pistes ne nous transcendent véritablement à l'écoute. Oui, Camera, 2007, Wink Wink ou Magic Metal Montana sont géniales. Mais on est bien loin de la puissance des 360, Track 10 ou Vroom Vroom d'antan. Comme d'habitude, la plupart des chansons sont trop courtes (2 minutes en moyenne) pour être vraiment appréciées et tournent quand même à vide. Un peu dommage pour un virage électrique qu'on attendait beaucoup et qui s'avère convenu.
C'est plutôt sur le côté textuel que l'album trouve un intérêt. Derrière l'énergie qu'elle essaie d'infuser à travers ses 11 pistes électriques, Charli broie du noir. Elle y évoque avec amertume son rapport à la célébrité, à l'argent, sa place de femme (dans la société et d'épouse), ses doutes et ses peurs... Après la fête de Brat, l'after est une triste redescente. Sur 2007, elle se revoit dans sa chambre d'ado, alors qu'elle rêvait de gloire. Et si elle répète en boucle les deux mêmes phrases pendant trois minutes, c'est peut-être pour réparer quelque chose. Car derrière l'image de "sale gosse" qu'elle renvoie, Charli semble être une femme brisée, toujours en proie au questionnement intérieur.
C'est là que réside la réussite de ce Music, Fashion, Film en demi-teinte, parfois convaincant mais jamais à la hauteur de nos attentes. On lui préférera amplement Wuthering Heights, son side project / BO du film Hurlevent, sorti en début d'année, bien plus ambitieux, intense et prenant.
Le voilà, le cru 2026 des Strokes. Et c'est peu dire qu'il a fallu être patient : six ans d'attente, plus un mois supplémentaire de report. On n'est plus à ça près, finalement.
Il faut se faire une raison : le Strokes des débuts, celui qui a remis le rock au goût du jour à coup de Last Nite ou Hard to Explain, n'est plus. Fallait-il s'attendre, comme sur le side project de Julian Casablancas The Voidz, à un album full vocoder, ce que les deux premiers singles le laissaient présager ? C'est là la première surprise du disque : les Going Shopping et Falling out of Love envoyés en éclaireur n'ont finalement pas grand-chose à voir avec le reste de l'album. Ni avec le reste de la discographie des Strokes, d'ailleurs.
En cela réside le point fort de Reality Awaits : ne ressembler à rien de ce qu'a produit la bande ces 25 dernières années. Mais comment décrire ce nouveau cru ? C'est tout et rien en même temps. En ouverture, l'immense Psycho Shit donne le don : montée crescendo, ambiance crépusculaire, voix auto-tunée à l'extrême, jusqu'à l'explosion des guitares. Casablancas joue à l'équilibriste mais réussit son atterrissage.
Là où The New Abnormal brillait par son évidente efficacité, Reality Awaits bluffe par sa complexité. Ses neuf longues pistes (une seule dure moins de quatre minutes) sont de véritables chansons à tiroir, quasi impossibles à siffloter, mais dont les différentes couches sont fascinantes à décortiquer au fil des écoutes. Que ce soit sur la ballade auto-tunée Falling out of Love, un The Fruits of Conquest qui fait renaître le fantôme des Talking Heads, l'énorme Dine N'Dash — du Cure sous stéroïdes, ou l'immense Lonely in the Future avec son riff gras en introduction, les Strokes expérimentent, poussent encore plus loin les limites de leur son et nous embarquent dans ce nouveau voyage, critique mordante de la société de consommation (Going Shopping) et d'un monde au bord du chaos.
Au milieu de tout ça, il y a Julian Casablancas. On l'a souvent critiqué, mais jamais n'a-t-il été aussi en voix. Celle-ci est littéralement le sixième membre de Strokes. Jamais il n'avait autant joué avec elle, triturée, modulée, autotunée, pitchée, aux tons aigus ou graves. Certains trouveront qu'il abuse trop du vocoder, mais c'est là son envie de faire évoluer la musique du groupe vers de nouvelles sphères. Et on ne peut que s'en réjouir.
Sur la pochette, tirée d'une photo de Richard Prince, un cow-boy semble errer dans une époque qui ne lui correspond pas. Il y a de ça chez les Strokes. La où le rap et la pop inondent les charts, leur musique à guitares peut sembler anachronique. Mais ce disque prouve une nouvelle fois à quel point Casablancas et ses copains continuent de se renouveler avec brio, sans se soucier des codes à la mode, en continuant à écrire l’une des plus belles pages du rock.
Sans conteste, les Strokes ! Là où Charli xcx livre un album certes énergique mais qui manque d'ambition, les rockeurs new-yorkais poursuivent leur exploration sonique sur un disque audacieux et fougueux qui s'impose déjà comme l'une des plus grandes réussites musicales de l'année.
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