L'histoire retiendra de Digger qu'il a été l'un des plus gros échecs de tous les temps. Si le film satirique avec Tom Cruise se rêvait en véhicule à Oscars et messager prophétique, le résultat a été bien en deçà des espoirs. Bouche-à-oreille désastreux, sujet clivant, promo étrange... Rien n'a été épargné à Digger, et on a plus parlé de ses chiffres catastrophiques que de la qualité, pourtant louée par beaucoup de spectateurs.
Résultat ? Le film d'Iñárritu ne compte que 49 millions de dollars de recettes, bien loin des 180 millions qu'il a coûtés. Cet échec devrait faire perdre plus de 240 millions de dollars à Warner Bros, dont il s'agissait de la dernière sortie avant son rachat par Paramount sous la fusion Skydance. Statistique effrayante : aucun film de Warner n'a dépassé les 100 millions de recettes aux Etats-Unis depuis 13 mois...
Un revers qui a une incidence directe sur les acteurs. Si les chances d'Oscar semblent s'éloigner de jour en jour pour Tom Cruise, cet échec a aussi durement touché en plein cœur John Goodman. Dans le film, il incarne le président des Etats-Unis, satire de Trump dont il présente ici un chef d'Etat âgé, très malade, aux décisions ubuesques et entouré d'un personnel servile.
Un rôle évidemment satirique pour John Goodman, dont la portée n'a visiblement pas été comprise par le public, au vu des critiques virulentes autour du film :
Ça me heurte. En quelque sorte, ça nous a enterré avant même la sortie du film. [Les articles disaient] "Ça ne rapportera que 5 dollars". C'est une bonne raison pour faire fuir les gens. Mais j'en suis fier. Je me suis éclaté à le tourner. C’est une période de six mois qui a marqué ma vie. C’est un changement radical. Et ça va durer longtemps. (Happy Sad Confused)
À 74 ans, et après plus de 45 ans de carrière, Goodman se dit toujours affecté par les critiques : "Je dois être très honnête. Avant, je l'étais un peu moins. Peut-être que je deviens un peu trop vieux et pathétique. J'ai mis tellement de moi dans ce film et voilà le résultat. Mais c’est passé, maintenant. Je suis fier de l’avoir fait.
Pour autant, ce n'est pas une première pour lui : "Tout ce que j'ai fait avec les frères Coen a été, au départ, un échec. Aujourd'hui, j'ai toujours des gens qui viennent me voir dans la rue et qui me parlent de Barton Fink ou The Big Lebowski."
Malgré tout, Digger a ses célèbres défenseurs. À commencer par Anne Hathaway, qui lui a mis un 10/10, mais aussi Jane Fonda, le rockeur Neil Young ou encore Ben Affleck :
"Tout le monde a envie de se réjouir de cet échec, comme s’il s’agissait de l’événement le plus palpitant qui soit. Pourtant, il s’agit d’un film plutôt ambitieux et intéressant, réalisé par des gens talentueux. Tout le monde ne pense qu’à compter l’argent, à calculer les pertes, ce genre de choses. Pour ma part, je me dis : si vous sanctionnez les films qui prennent des risques, devinez ce que vous allez obtenir ? Un tas de films médiocres et formatés. On ne peut pas créer quelque chose d’intéressant sans prendre de gros risques. Et cela implique, parfois, de essuyer un revers".
De sages paroles de la part de celui qui, pourtant, vient de signer un nanar de luxe avec le film Animals sur Netflix...