Un album unanimement salué par la presse est-il forcément gage de rentabilité scénique ? C'est non, à en croire les récents shows de Lily Allen. Pour défendre son dernier disque ultra acclamé West End Girl, où elle règle ses comptes avec son ex David Harbour (Hopper dans Stranger Things), la chanteuse anglaise s'est lancée dans une grande tournée mondiale.
Si ses concerts dans son pays natal ont rapidement fait le plein (elle a rempli trois O2 Arena, l'équivalent londonien de Bercy), elle a plus du mal à attirer les foules aux États-Unis. Pour preuve, de nombreux concerts américains ont dû être reportés dans des salles beaucoup plus petites, en raison de ventes de billets trop faibles.
C'est notamment le cas à Chicago, où elle est passée de l'United Center (23 000 places) au Chicago Theatre (3 600 places), ou à Los Angeles, où elle se produira ce 21 septembre 2021 devant les quelques 5 000 spectateurs du Greek Theatre au lieu des 17 000 du Kia Forum. Son concert prévu à Montréal a été, quant à lui, purement et simplement annulé. Sa date au Madison Square Garden de New York, donnée le 2 septembre, est l'une des rares à avoir échappé à une reprogrammation.
Un revirement inattendu que la chanteuse justifie dans une interview accordée au site The Cut. "Les ventes de billets n'étaient pas au rendez-vous" regrette-t-elle, avant d'expliquer que ce sont des promoteurs qui réservent les salles, aidés d'outils d'analyse pour savoir si leurs artistes sont capables de remplir lesdites arènes.
"Dès le début, je n'étais pas très à l'aise avec cette idée. J'ai demandé à mon manager : "Tu es sûr ? Ça me semble un peu ambitieux". Il m'a répondu : "C'est ce qu'ils me disent". Alors, on a accepté. Mais au fil du temps, il est devenu évident que ça n'allait pas marcher. "
Lily Allen explique qu'elle aurait pu "tout annuler", mais elle a pensé à la cinquantaine de personnes travaillant sur ses concerts : "L'autre option consistait à demander aux promoteurs s'il y avait d'autres salles disponibles, mieux adaptées à la demande réelle". Elle compare d'ailleurs l'industrie du live à un "champ de mines" et notamment en raison du marché de la revente.
"Le jour même d'un concert annoncé complet, j'ai reçu des messages de gens me disant : "J'ai réussi à avoir une place pour 22 dollars aujourd'hui". Il est donc évident qu'un certain nombre de billets sont mis en vente à la dernière minute, alors que, de notre côté, on nous assure que tout a été vendu dès l'ouverture de la billetterie. Je ne sais pas ce qui se passe, bordel. Quelqu'un le sait, c'est sûr, mais ce n'est pas l'artiste."
Cette déconvenue du public peut également s'expliquer par le parti-pris particulier de son concert : l'artiste n'y interprète que les chansons de son dernier album, pour une durée de 55 minutes et sans grande interaction avec le public. Ses tubes Fuck You, 22 ou Smile sont quant à eux joués par un orchestre en première partie. Un choix conceptuel qui déçoit le public, surtout au vu du prix des places, mais que la principale intéressée avait défendu :
"C'est un choix artistique de ma part de ne pas m'adresser au public ; le quatrième mur sert la narration. La plupart des gens trouvent cela efficace. Je ne veux pas que quiconque ait le sentiment de s'être fait avoir. Toute l'équipe de cette tournée travaille très dur pour offrir au public le meilleur spectacle possible, et j'en suis extrêmement fière."
Lily Allen est la dernière victime de ce qu'on appelle aux Etats-Unis la "blue dot fever", soit "la fièvre des points bleus". Lesdits points bleus représentant les places encore disponibles pour des concerts, via les plans fournis par Ticketmaster, et permettant de juger du seuil de remplissage d'un événement. De nombreuses tournées, notamment aux Etats-Unis, peinent à faire le plein en raison d'un prix trop élevé des places et d'une demande parfois surestimée.
Un problème qui a touché de nombreux artistes comme Niall Horan (ex-One Direction) ou The Kid Laroi. Tandis que le DJ Kaytranada et le groupe de rock The Hives ont dû revoir leurs ambitions à la baisse, Post Malone, les Pussycat Dolls ou Zayn Malik se sont vus quant à eux obligés d'annuler leurs tournées. Pour les concerts européens de Harry Styles cet été, des milliers de places étaient encore disponibles chaque soir.
Il y a deux ans, le groupe de rock The Black Keys a fait la Une après avoir annulé sa grande tournée des arenas américaines, reprogrammée dans des salles beaucoup plus intimistes en raison de faibles ventes de billets. "Une bonne leçon" à en croire le duo interrogé dans les colonnes de Rock & Folk :
"C'était un p*tain de cauchemar. On a été mis devant le fait accompli, sans alerte de la part de notre management. Rien. (...) Monter une tournée aujourd'hui, c'est la merde à un niveau atomique. Surtout aux Etats-Unis où le coût de production et celui des billets explosent."