Tous ceux qui ont vu Le Diable s'habille en Prada 2 le savent, le milieu du journalisme est de plus en plus incertain. Confronté aux nouvelles technologies ou menacé par la place de plus en plus importante (et préoccupante) occupée par l'IA, le monde médiatique fait face à des défis et doit constamment se renouveler pour espérer survivre dans un monde où n'importe qui, armé d'un smartphone et d'un micro, peut se prétendre journaliste.
Il est loin le temps où, comme dans le film Presque célèbre, un reporter en herbe pouvait suivre un groupe de rock en tournée et entrer dans leur intimité...
C'est dans cette optique que James Blake sort du silence. Poste-t-il un message en réaction au clash entre Halsey et Anthony Fantano, célèbre Youtubeur musical américain qui a lourdement critiqué son dernier album ? Toujours est-il que sur Instagram, le musicien anglais à la voix de velours prend la parole pour dénoncer le côté "fake" de l'industrie musicale.
Son principal point de discorde ? Ce milieu où les algorithmes, l'IA et la course aux chiffres ont pris le pas sur l'authenticité journalistique :
- "On ne peut plus faire confiance à une critique parce que les blogs et les magazines ont cessé de faire de l'argent et sont désormais payés par les labels.
- On ne peut plus faire confiance à la section "commentaire" car c'est plein de faux comptes fans qui écrivent "Oh mon dieu quelle voix !" pour créer un effet boule de neige.
- On ne peut plus faire confiance à YouTube car les chiffres sont achetés par les labels.
- On ne peut plus faire confiance aux chiffres en streaming car les labels paient des fermes à streams pour contrôler les découvertes.
- On ne peut même plus croire qu'une chanson a été faite par les humains".
Et conclut : "Si vous êtes un artiste, souvenez vous qu'en 2026, il n'y a pas une seule partie du système qui ne soit pas fake. Et vous vous en sortez probablement mieux que vous pensez".
Alors que son coup de gueule a beaucoup fait parler, James Blake a tenu à clarifier sa position dans un second message :
"Je ne parle pas de TOUS les journalistes. Il y en a encore qui ne sont pas payés pour leurs critiques. Malheureusement, ils sont de plus en plus rares et cela a dévalorisé le métier. Cela a également jeté le doute sur leur travail".
Le chanteur anglais dit se sentir "mal pour les journalistes et critiques incroyablement sous-payés qui se retrouvent entraînés là-dedans" : "J'ai côtoyé bon nombre d'entre vous et je respecte votre travail ainsi que votre dévouement. Mais je vous vois être remplacés un à un par des individus [l'IA, ndlr] qui diront ce qu'on leur demande de dire". Il dit d'ailleurs avoir reçu des retours de nombreux journalistes qui lui ont révélé "à quel point ce problème est réellement omniprésent en coulisses".
Le coup de gueule salutaire de James Blake a été largement repartagé sur les réseaux sociaux, aussi bien par des anonymes que par de nombreux acteurs du milieu musical (artistes, journalistes, attachés de presse...). Et il est essentiel pour tout le milieu. Car avec l'explosion des réseaux sociaux, le milieu a été totalement bouleversé. Désormais, c'est la course aux chiffres, aux clics et aux likes qui prime sur la qualité journalistique ou musicale. Combien d'artistes se sont vus dire qu'il fallait submerger de contenus leurs abonnés pour faire grossir leurs chiffres digitaux ?
"Les réseaux, je pense que c'est se tirer une balle dans le pied que de ne pas les faire, qu'on ait 1.000 ou 100.000 abonnés. Parce que 1.000 abonnés parfois très engagés, ça vaut mieux que 100.000 qui ne sont pas là et j'ai bien connu ça. Et d'un côté, la presse est toujours là, les interviews qu'on fait... Les médias sont encore vecteurs de musique, ils apportent parfois une crédibilité supplémentaire à l'artiste et c'est important aussi" décryptait d'ailleurs le chanteur révélation Sam Sauvage au micro de Purecharts.
De plus, si aujourd'hui la découverte de la musique est grandement permise grâce aux plateformes de streaming, ce fût, auparavant, au journaliste musical de faire le tri et de mettre en avant ceux qui méritaient de briller à la lumière. Ce qui demandait davantage un travail de fond que de simples chiffres d'écoutes en ligne. Ce pourquoi la défense du métier par James Blake est à saluer.
Sans parler de l'IA. Alors que des chansons artificiellement créées cartonnent dans le monde entier et que le métier du doublage au cinéma est impacté, les rédactions font parfois de plus en plus appel à cet outil pour créer du contenu. Selon une enquête belge en 2025, plus de la moitié des articles sur le site du magazine Elle flamand aurait été rédigée grâce à l'intelligence artificielle en trois mois.
Peut-on revenir en arrière ? Si le bouche-à-oreille continue de faire des miracles en musique (le phénomène viral Angine de Poitrine) comme au cinéma, pas sûr que le monde puisse désormais se passer de ces outils numériques à la fois indispensables et parfois, justement, dispensables.
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