Popcorn en main, je me suis confortablement installée dans une salle IMAX climatisée ce mercredi 15 juillet pour obtenir la réponse à une question qui me taraude l'esprit depuis des mois : Christopher Nolan peut-il réussir un exploit digne d'être chanté dans tout l'Olympe avec son ambitieuse adaptation de L'Odyssée ?
Le poème d'Homère, rédigé au VIIIe siècle avant JC, a tellement abreuvé la conscience collective universelle que le réalisateur britannico-américain s'est donné pour défi de le transcrire sur grand écran avec la technologie moderne, soit des caméras IMAX 70mm spécialement conçues pour le tournage - qui a duré 91 jours dans 6 pays. Une odyssée à lui seul.
Je ne vais pas faire langue de bois : mes attentes concernant le long-métrage, qui bénéficie de moyens colossaux et d'un casting hollywoodien hallucinant, étaient sans doute trop élevées. La dimension mythologique inhérente à cette fresque s'étalant sur une décennie, qui repose sur un jeu de pouvoirs entre dieux, est pour ainsi dire presque inexistante.
Nolan a pris le parti de narrer un récit à hauteur d'homme - fut-il le plus rusé de la Grèce antique - pour se focaliser sur le tempétueux périple d'Ulysse (Matt Damon) pour retrouver son épouse Pénélope (Anne Hathaway, magistrale dans toutes les scènes où elle apparaît) et son fils Télémaque (Tom Holland).
C'est souvent spectaculaire, parfois frustrant. En dehors de cet émouvant trio, j'ai eu du mal à éprouver de l'empathie pour l'équipage du roi d'Ithaque, davantage composé de pantins dispensables à sacrifier durant les épreuves que de francs camarades dont la perte nous arrache le coeur, et eu parfois l'impression que le cinéaste avait un cahier des charges à remplir.
Si la prise de Troie est un sommet de furie déchaînée, offrant les sensations les plus fortes de cette Odyssée, la bataille contre le cyclope Polyphème n'est pas le frisson promis. La tension amenée par l'obscurité est vite atténuée par des flammes trop présentes à mon goût et le colosse - qui s'assoupit rapidement - est loin d'être le monstre le plus terrifiant vu au cinéma.
Facilement impressionnable (je suis du genre à me cacher le visage avec mes mains lorsque je regarde un film d'épouvante...), je n'ai pas sursauté une seule seconde durant la séquence, que j'ai trouvé assez plate en comparaison de la violence sanguinaire qui transforme la bataille entre les Achéens et les Troyens en enfer.
Si les premiers avis de la presse ont suggéré un penchant intéressant de Nolan pour l'horreur, c'est bien pour une scène qui, à mon sens, est l'épisode le mieux transcrit - et celui qui m'a terrifié. Elle a pourtant lieu dans une simple cahute de bois.
Durant leur voyage, Ulysse et ses hommes, meurtris par la fatigue et la faim, font escale sur une plage à flanc de falaises où notre héros décèle de la fumée émanant d'une cabane. C'est le lieu de résidence d'une paysanne isolée qui vit avec ses animaux. Son nom ? Circé.
Offrant l'hospitalité aux marins d'Ulysse, resté en contrebas pour ne pas risquer une mutinerie, cette puissante enchanteresse déguisée distribue à ses pauvres victimes un bol de victuailles empoisonnées qui les paralyse pour qu'elle puisse les transformer... en cochons.
Comme par magie ? Non, durant une métamorphose à la main qui flirte avec le body horror, avec des visages qu'on enfonce, des os qui craquent, des cris étouffés. Cela m'a fait penser à The Substance et The Ugly Stepsister, et la prousse tient dans la réalisation brutale - c'est graphique et ultra réaliste. L'actrice Samantha Morton, vue dans The Walking Dead ou The Serpent Queen, est absolument sidérante durant ces quelques minutes d'effroi pur qui vont hanter les esprits pour longtemps.
D'autant que sa confrontation avec Ulysse est tout en analyse, politesse et duperie - un choc des titans qui passe uniquement par le regard. Christopher Nolan donne à Circé sa relecture féministe anti-patriarchale vue dans le Circé de Madeline Miller et n'en déplaise aux rageux, cela fonctionne à merveille.
C'est cette maestria dans la mise en scène, d'une ingéniosité folle, que l'on aurait aimé sentir tout au long du long-métrage, assez inégal mais qui reste, malgré ses défauts, du spectacle de haute voltige. Foncez au cinéma pour vous faire votre propre idée !
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