Duel au sommet le 16 décembre prochain. Les cinéphiles auront le choix entre Avengers : Doomsday et Dune, troisième partie, qui sortent le même jour. Et aucun des deux blockbusters n'a voulu se décaler, ce qui promet une bataille épique pour la première place du box-office, même si les super-héros de Marvel devraient avoir l'avantage sur les aventures de Paul Atréides.
Mais avant cela, le public est invité à se rendre dans les salles obscures ce mercredi pour découvrir le Dune original, celui réalisé par David Lynch en 1984. Véritable échec à sa sortie et devenu culte depuis, sa restauration en 4K permet de réévaluer à sa juste valeur un joyau certes imparfait mais fascinant de la science-fiction des années 80. Rappel des faits.
Oeuvre réputée inadaptable, le roman Dune de Frank Herbert essuie les plâtres d'une première tentative ratée en 1974. À l'époque, le cinéaste franco-chilien Alejandro Jodorowsky investit de grands moyens pour essayer de réaliser un film avec une ambition folle : Alain Delon, Amanda Lear, Salvador Dali, Mick Jagger ou Orson Welles au casting, Pink Floyd et Magma à la musique, 12 heures de métrage...
Très (trop) ambitieux, Jodorowsky voit son rêve bloqué par les studios, qui refusent de financer un tel projet estimé à 15 millions de dollars, somme colossale à l'époque. Mais le storyboard ultra détaillé du réalisateur (illustrations, scénario...) deviendra une influence majeure du genre et donnera naissance à l'excellent documentaire Jodorowsky's Dune en 2013.
10 ans après le projet Jodorowsky, David Lynch entre dans la danse. Auréolé du succès d'Elephant Man (8 nominations aux Oscars), il est approché par la productrice Raffaella De Laurentiis pour réaliser ce qui est annoncé comme un "Star Wars pour adultes". Ironiquement, alors qu'il vient de refuser Le Retour du Jedi pour George Lucas, le réalisateur accepte, attiré par l'univers de Frank Herbert.
Le tournage, qui a lieu au Mexique courant 1983, ne se passe pas comme prévu : la majeure partie de l'équipe tombe malade, des pannes de courant interrompent régulièrement les prises et le budget va exploser à 40 millions de dollars, en raison d'énormes décors et de nombreux effets spéciaux. C'est autant que Le Retour du Jedi qui sort au même moment.
Éreinté par six mois de tournage, David Lynch livre un premier montage de 3h30 qui effraie les studios. Il se contraint à réduire la durée à 2h17 et ajoute certaines scènes, dont une introduction afin d'expliquer l'univers de Dune. C'est là le principal problème : comment faire comprendre au public américain, pas le plus friand de films casse-tête, un univers aussi complexe ? À tel point que des livrets sont donnés aux spectateurs de certaines séances afin d'appréhender les nombreux personnages et leurs différents liens entre eux.
Malgré les efforts, Dune est un échec autant critique que public. La presse dézingue ce film "incompréhensible et moche" qui ne récolte que 36 millions de dollars dans le monde. En France, il connaît tout de même un bel accueil avec 2 millions d'entrées. Son bide tue dans l'oeuf la naissance d'une franchise, la plupart de l'équipe ayant initialement signé pour une série de trois films, et brise David Lynch.
"C'était une expérience vraiment traumatisante" atteste le cinéaste, qui voit son travail remonté en téléfilm quelques années plus tard, dont il reniera l'existence : "J'en suis sorti déterminé à ne plus jamais réaliser un film sans en maîtriser le montage final".
Un mal pour un bien, cet échec permettra à Lynch de s'éloigner des grands studios et de développer son univers unique, de Blue Velvet à Mulholland Drive, qui a influencé des générations de cinéastes. Et verra, entre temps, cette oeuvre maudite acquérir son statut "culte".
Mais pourquoi revoir en 2026 ce qui est considéré comme un nanar ? Parce que, justement, il n'en est pas un. Certes, Dune pêche par des effets spéciaux qui ont mal vieilli (la restauration 4K est impitoyable là-dessus), un Kyle MacLachlan (acteur fétiche de David Lynch dans Blue Velvet ou la série Twin Peaks) moyennement crédible en Paul Atréides comparé à Timothée Chalamet, et une histoire forcément expédiée puisqu'elle résume un roman de 800 pages en 2h15.
Mais il faut se laisser emporter par la vision lynchienne de l'univers de Herbert, parfois kitsch et baroque mais démesurée et fascinante.
Il y a de la couleur, de l'idée, de la folie et de l'originalité dans sa version, bien loin des blockhaus ternes et grisâtres de Denis Villeneuve. Il y a le Baron Harkonnen, figure putride et traumatisante chez Lynch, loin du simple ectoplasme trempé dans une huile noire chez Villeneuve. Il y a un Sting totalement barré, des Fremen menaçantes, la musique épique de Brian Eno et Toto (oui, le groupe derrière Africa !), un montage qui tient bien la route malgré ses multiples coupes...
Bref, une oeuvre malade mais extravagante qui mérite sa réhabilitation, surtout au vu de l'adhésion massive et quelque peu extrême pour les deux volets de Denis Villeneuve.
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