Christopher Nolan saura-t-il marcher sur les traces d'Ulysse et triompher des épreuves pour s'offrir un démarrage record avec L'Odyssée ? Ce mercredi 15 juillet, le cinéaste britannico-américain espère redonner le goût du péplum - un genre immensément populaire dans les années 50 et 60 - en adaptant sur grand écran le célèbre poème d'Homère, avec Matt Hamon, Anne Hathaway, Zendaya ou Tom Holland au casting.
"J'adore les blockbusters hollywoodiens. J'aime le grand récit hollywoodien. C’est un processus industriel très coûteux. (...) On fait un film comme celui-ci pour un public de cinéma. Il n’y a donc pas d’échappatoire. Aucun de mes films n'est terminé tant que le public ne m'a pas dit ce qu'il est. Ce moment juste avant est excitant" confie à The Irish Time le très respecté réalisateur, qui a bénéficié d'un budget colossal à la hauteur du récit mythologique : 250 millions de dollars.
Et on le sait, Christopher Nolan n’est pas un réalisateur comme les autres. En 2023, le metteur en scène réussissait le pari de remplir les salles du monde entier avec un biopic de trois heures sur de la physique quantique : Oppenheimer, lauréat de 7 Oscars, a détenu le record du biopic le plus lucratif de tous les temps... jusqu'à ce que Michael lui dérobe ce titre avec un milliard de dollars de recettes récolté au début de l'été.
Féru de technologie de pointe, Christopher Nolan est le genre d'individu qui ne possède ni smartphone ni adresse e-mail. Un vrai paradoxe ambulant quand on sait qu'il a entièrement tourné L'Odyssée avec des caméras 70mm d'IMAX : plus de 600 kilomètres de pellicule ont été nécessaires !
"L'Odyssée a été le fondement de tellement de choses dans notre culture. Mais il n'y a pas vraiment eu de film dessus, du moins pas selon les critères cinématographiques modernes. Je pense que la raison en est qu'à l'apogée du péplum hollywoodien, il leur manquait les outils techniques pour créer les éléments fantastiques".
L'avant-première de L'Odyssée a laissé le public sans voix. "Une fresque mythique colossale", "C'est un chef d'oeuvre", "Une mise en scène époustouflante", "L'expérience est à couper le souffle"... Christopher Nolan semble avoir réussi le pari de frapper l'imaginaire en créant un bestiaire aussi monstrueux que celui des créatures en stop motion de Ray Harryhausen (Jason et les Argonautes, Le Choc des Titans).
Pour ce ferveur défenseur de l'exploitation en salles des films, ce sens du grand spectacle ne sert qu'un objectif : offrir aux spectateurs une immersion totale incomparable. Voir un film au cinéma pose un contrat tacite entre celui qui crée une oeuvre et celui qui va payer sa place. C'est un moment de vérité absolue que Nolan tient à respecter. Et son obsession pour la pellicule face au tout numérique porte ses fruits.
"J'ai l'impression de mener un combat que nous sommes en train de gagner" se réjouit le réalisateur, qui se souvient qu'au moment de boucler Interstellar en 2014, la fabrication de la pellicule allait "cesser à quelques semaines près" : "Elle avait presque disparu".
C'est là qu'avec sa productrice et épouse, Emma Thomas, ils ont sorti leur carnet d'adresses. Christopher Nolan raconte avoir passé un coup de fil à ses amis à Hollywood, ceux qui "tenaient au support ou voulaient encore tourner avec" :
"C'était la première fois que je parlais à Quentin Tarantino. J'ai appelé Paul Thomas Anderson. J'ai appelé tous ces cinéastes. Et nous avons pu obtenir un sursis pour la pellicule."
Grâce à ses efforts, des films comme Once Upon a Time… in Hollywood ou Une bataille après l'autre ont eu le droit à des projections en 70mm, occasionnant un véritable boom économique pour Kodak. Aujourd'hui, "la division cinéma de Kodak est prospère". "De jeunes cinéastes l’utilisent tout le temps. Les ventes ont massivement augmenté. La situation est très différente de celle d'il y a 10 ans" se félicite Christopher Nolan.
Le papa de Dunkerque et Tenet est d'ailleurs satisfait de voir que les prédictions pessimistes qui agitaient l'industrie du cinéma en 2021 au sortir de la pandémie se sont avérées fausses.
"Au lendemain du Covid, on ne comptait plus les articles expliquant à quel point les habitudes du public avaient changé. C'était : 'Le cinéma en salle est mort. Tout tourne autour de la télévision et du streaming.' Eh bien, ce discours s'est complètement inversé. En ma qualité de président de la Directors Guild of America, j'ai pu constater que le paysage de la salle de cinéma est en plein essor et que les fenêtres de diffusion en salle s'élargissent à nouveau. Et elles sont respectées, parce que les studios en voient la valeur."
Une épopée digne de son nouveau héros !
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