Il attendait ce moment depuis longtemps. Depuis ses 14 ans en réalité, quand il a commencé à faire ses premiers mixes dans sa chambre. Quatre décennies plus tard, David Guetta est sur le toit du monde. Pour conclure son Monolith Tour, qu'il promène aux quatre coins du monde depuis des années, le plus célèbre des DJ français s'offre trois concerts ultra-complets au Stade de France. "Il aurait pu se produire cinq fois dans cette enceinte au vu du succès de la mise en vente" assure son producteur. Un engouement qui s'explique aussi par sa rareté : outre ses passages estivaux, il ne s'est plus produit en salle hexagonale depuis 2019.
Ce jeudi soir, ils sont 80 000, des jeunes comme ceux qui le suivent depuis 25 ans, à venir assister à l'atterrissage du vaisseau Guetta. Comme le promet le nom de sa tournée, la star propose un décor imposant, composé d'un gigantesque monolithe de 32 mètres de haut, placé au milieu d'un écran incurvé, et au pied duquel il va mixer pendant deux heures.
© Anouk Marhoefer
L'intro détonne. Après une vidéo le montrant aller de la Tour Eiffel au Stade de France, le DJ débarque sur scène sous un déluge pyrotechnique. Et puis... plus rien ! Aucun son. Guetta savoure l'acclamation du public et prend le micro : "Ce soir, je joue dans ma ville, à la maison. C'est là que tout a commencé. C'est le premier show ce soir, donc ça va être très spécial. C'est beaucoup d'émotions. Il y a ma famille qui est là, et ma famille étendue". On a connu un démarrage plus rythmé...
Puis il lance d'emblée l'un de ses plus gros morceaux, Titanium. C'est osé. Mais des tubes, il en a à la pelle. Une trentaine au bas mot, sans compter ses innombrables remixes. La foule exulte au quart de tour. Dans les gradins, plus aucun spectateur n'est assis. Il ne faut que quelques minutes pour que Guetta ne transforme le Stade de France en club géant à ciel ouvert. Et l'autoroute des tubes est lancée : Memories et Where Them Girls At ? replongent les 80 000 clubbers 15 ans en arrière, quand il était déjà le roi des platines. L'événement est historique. Autant pour lui que pour le stade. Jamais un artiste électro n'avait enchaîné trois dates à Saint-Denis.
Dilemme pour David Guetta : s'il sait qu'il doit jouer tous ses tubes commerciaux pour séduire le grand public, il s'autorise des sorties plus club voire rave. Et rapidement, il délaisse son répertoire tubesque pour reprendre celui des autres : Satisfaction de Benny Benassi, Party Rock Anthem de LMFAO, Sandstorm de Darude ou Levels d'Avicii, font trembler les gradins, avant que le DJ danois Morten ne fasse un petit tour éclair aux platines. Plus tard, il présente un morceau de son projet Men Machine avec le génial Vitalic.
"Beaucoup disent qu’on ne danse plus, que tout le monde est sur son téléphone. Là, je vois des vrais mecs qui dansent et qui s’éclatent" clame-t-il à un public conquis d'avance. Le show prend une autre dimension lorsqu'il lance I'm Good (Blue), le tube qui a relancé sa carrière il y a quatre ans. On s'attend à voir débarquer Bebe Rexha, actuellement à Paris. Peine perdue. Mais le public ne lui en tient pas rigueur et fait la fête.
La nuit tombe. Des vitraux habillent les écrans et deux danseuses survolent littéralement la foule, suspendues à des ballons, tandis que les spectateurs allument les flashs de leurs smartphones. Musicalement, le show subit une petite baisse de régime. Le show est total. Régulièrement, David Guetta prend le micro et confie son immense joie d'être ici. Ses discours façon "croyez en vos rêves" pourraient sembler faciles, mais ils transpirent de sincérité.
Au fil des minutes, les voix de Ryan Tedder, Justin Bieber, Adele, les Black Eyed Peas ou Rihanna s'entremêlent, notamment lors d'un mash up bien senti entre I Gotta Feeling et We Found Love. On se prend à rêver qu'ils débarquent sur scène mais ce n'est là encore qu'un faux espoir. Puis, au bout de 90 minutes, Guetta prend le micro : "Quand on fait un show comme celui-là, il y a toujours une surprise". Et voici que débarque sur scène Jennifer Lopez ! Le public hurle comme jamais. Complices, les deux stars entament leur récent single Save Me Tonight puis le tube de JLo On The Floor, remis au goût du jour par la série Off Campus.
Vous en voulez encore ? David Guetta appelle sur scène un artiste qui a profondément "changé [sa] vie" : Akon. Comme à la belle époque, Sexy Bitch fait trembler les enceintes avant que le chanteur américano-sénégalais n'entonne ses hits Smack That et Right Now (Na Na Na) et qu'ils relatent leur rencontre il y a plus de 15 ans. Le moment s'éternise un peu. Puis le DJ prévient : "Bon voilà, c'est fini les invités". Mais pas la fête qui redémarre de plus belle avec un retour vers le passé. Passé très lointain. Il enchaîne Love Is Gone, When Love Takes Over (et sa superbe animation aquatique sur le monolithe) puis Love Don't Let Me Go, son tout premier hit. "C'était il y a 25 ans !" lance-t-il entre deux drops, remerciant les fans qui sont là depuis le premier jour.
Without You marque le final de deux heures de fête non-stop. Un gigantesque feu d'artifice entoure les spectateurs, ébahis. David Guetta est plus ému que jamais : "C’est peut-être le moment le plus fou de toute ma vie. J’ai fait beaucoup de choses incroyables, mais ce soir c’est spécial et j’espère que vous aussi vous ne l’oublierez jamais". Sur le final Together, sa relecture électro du tube Total Eclipse of the Heart, des images du jeune DJ tournent sur les écrans. "Je n'aurais jamais cru à l'époque que je passerai cette soirée ici avec vous".
Nouvelle pluie de confettis, et de larmes sur les joues du DJ. Il savoure l'ultime ovation. Il la savourera une nouvelle fois ce soir et demain.
© Rafael de Prost
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