On peut toujours enjoliver un peu son CV pour mettre toutes les chances de son côté dans l'obtention d'un travail. Chez les acteurs, il est fréquent de mentionner une maîtrise d'accents ou l'équitation que, avec un peu de chance, ils acquerront le jour où il faudra tourner la scène qui l'exige - ou qu'ils essaieront d'apprendre sur le tas.
Pour tout le reste, il y a la magie du cinéma. Si l'on ne sait pas jouer d'un instrument, on trouvera le moyen de faire croire que l'acteur à l'écran est réellement en train de jouer. Une méthode très simple consiste à cacher les mains qui jouent de l'instrument et à couper vers un plan où l'on filme les mains d'un professionnel.
Gratter le banjo
Parfois, pour créer l'illusion, il faut un peu plus d'imagination. Par exemple, l'acteur américain Billy Redden ne savait pas jouer du banjo, alors que sa scène clé dans le film Délivrance - sorti en 1972 - repose entièrement sur lui, invitant à un duel musical avec cet instrument. Grâce à un bon travail d'équipe, ils ont réussi à créer l'un des moments les plus mémorables du cinéma d'aventure.
Redden jouait bien du banjo pendant le tournage de la scène, mais d'une seule main. Derrière lui se tenait l'artiste local Mike Addis, dont le bras gauche passait dans la manche de la chemise de l'acteur : c'était donc sa main à lui qui plaçait les doigts sur les frettes. Par la suite, en post-production, la musique de Dueling Banjos, le morceau que l'on entend dans la scène, a été enregistrée dans un studio professionnel.
La scène ne signe pas seulement l'un des meilleurs moments de tension du film porté par Burt Reynolds : elle est aussi devenue un véritable phénomène au-delà du cinéma. Dueling Banjos est sorti en disque et a atteint la deuxième place du Billboard Hot 100, le classement des meilleures ventes aux Etats-Unis. Quelques mois plus tard, le morceau remportait même le Grammy Award de la meilleure performance instrumentale country. Le tout obtenu grâce à la magie du cinéma.