Les super-héros du rap signent leur retour. Les Marseillais d'IAM sortent aujourd'hui leur nouvel album, "Arts Martiens", six ans après le dernier opus. Les interprètes de Petit Frère reviennent armes au poing, avec des titres dans la lignée directe des emblématiques "Ecole du micro d'argent" ou "Ombres et Lumières". PureBreak.com a rencontré Akhenaton, Kheops et Kephren.

Depuis plus de six ans, le public attendait leur retour. IAM sort aujourd'hui 22 avril le nouvel album "Arts Martiens". Parmi la quarantaine de titres composés ces derniers mois, Akhenaton et ses acolytes en ont choisi 17 pour cet opus. La voix puissante de Shurik'n, le flow unique d'Akhenaton sont toujours là, sur des textes d'actualités (de Marseille à Jean-François Copé) signés de leur plume si particulière. Les Marseillais ont enfilé leurs tenues de guerriers pour le puissant titre Benkei & Minamoto ou le poignant récit de fait divers Sombres manoeuvres / Manoeuvres sombres. Un album enregistré dans les mêmes conditions que "L'Ecole du micro d'argent" ou "Ombres et Lumières", et le résultat est là. Et puisque "Arts Martiens" pourrait bien être le dernier opus d'IAM, les rappeurs en profitent pour faire leurs adieux en musique.

PureBreak.com a rencontré Akhenaton, Kheops et Kephren à quelques jours de la grande sortie. Après avoir donné leurs avis sur la scène rap, pop et house française, les rappeurs se livrent sur leur parcours musical, leurs convictions et leurs passions.

"Survivre dans l'industrie du disque, c'est une lutte"

Six ans après "Saison 5", on a l'impression que vous revenez armes au poing. Les titres parlent de samouraïs, de guerriers du son, de soldats de Mars : vous avez lutté pour sortir cet album ?

Akhenaton : Survivre dans l'industrie du disque et sortir des disques, c'est une lutte oui. L'époque où on pouvait faire de la musique de manière très détachée, ne pas être obsédés par des tas d'autres trucs autour, est révolue. Alors on bataille oui, mais avec le sourire aux lèvres.
L'imagerie du samouraï, du guerrier japonais elle existe surtout chez IAM pour une question de valeurs et de conviction. On a un code de comportement, inchangé depuis nos débuts. Si un jour notre métier et nos convictions ne se confondent plus, la musique ne sera plus notre métier. Aujourd'hui, on est en mode martial, d'où Arts Martiens.
Kheops : Par contre, on a lutté contre le temps. On a du changer le projet initial [NDLR : l'album devait s'inspirer du travail du compositeur de films Ennio Morricone] au mois de septembre. Et cet album s'est fait entre septembre et décembre.

Dans la lignée des albums précédents, vous faites preuve d'une capacité à raconter des histoires, à créer des personnages. D'où cela vous vient ?

Kephren : On est des enfants de la télé, de la bande-dessinée. On est une génération qui laissait sa place au rêve.
Akhenaton : De par sa forme, le rap permet des exercices de style, où on peut endosser la peau d'un personnage. On est beaucoup influencé par la mythologie, l'histoire, la bd et le cinéma comme Le Bon, la brute et le truand ou Star Wars. Pour le titre Benkei & Minamoto, on a vraiment mis l'armure de samouraï. Dans la tradition japonaise, c'est l'histoire de deux samouraï rivaux, qui se sont battus et sont devenus les meilleurs amis du monde jusqu'à mourir ensemble. Ca nous tenait à coeur de prendre cette métaphore pour la transposer à l'histoire d'IAM.

"La télé-réalité, c'est la victoire du fourbe"

Une de ces histoire qui nous a marqué, c'est celle de "Petit frère qui voulait grandir trop vite" en 1998. Aujourd'hui, il serait devenu qui ?

Akhenaton : On peut la transposer à aujourd'hui l'histoire. C'est triste, mais c'est la même. Beaucoup de jeunes aujourd'hui, qui sont très sensibles à des émissions de télé-réalité, sont persuadés qu'on est personne si on ne possède pas, si on n'apparait pas bien, si on n'a pas la bonne copine, si on n'est pas aimé ni reconnu. Certaines valeurs de fourberie et de trahison deviennent presque des qualités. Pour nous c'est incompréhensible et illisible, c'est carrément la victoire du fourbe.
Kheops : En fait elle est même encore plus d'actualité, malheureusement.

"Marseille est une ville très spéciale, très difficile à gérer"

Notre dame veille et d'autres textes dressent un tableau plutôt sombre de Marseille. Quel avis vous portez sur votre ville ?

On choisit d'en parler de manière sombre parce-qu'on n'a pas la langue de bois, et qu'on ne travaille pas pour l'Office du tourisme de Marseille. Mais cette image n'est qu'une partie de ce qui fait la ville. Marseille n'est pas un stand de tir. Le problème c'est que pendant des années, plusieurs quartiers ont été complètement abandonnés, rayés des plans par les gens qui régissent cette ville. Oui il y a des cités à Paris, mais c'est sans commune mesure avec la situation à Marseille où 50-60% du territoire sont des HLM. C'est une ville très spéciale, très difficile à gérer. Mais qui a aussi une belle histoire, dont ont parle moins.

Le foot, il fait plutôt partie de cette belle histoire ?

Tous les trois ensemble : [Ils éclatent de rire] Ca dépend des moments !
Kephren : On a une belle embellie. On est deuxième et tant mieux. Maintenant il n'y a plus qu'à prier pour les six derniers matchs et espérer finir à cette 2e place. Ils sont déjà champions Paris.

"Phoenix, elle a le plus fort des pouvoirs"

Dans Marvel, un autre titre sur "Arts Martiens", vous comparez votre flow et vos rimes à des pouvoirs surnaturels. Si vous aviez pu être un X-Men, vous auriez été lequel ?

Akhenaton : Je serais une fille, je serai Phoenix ! Elle a le plus fort des pouvoirs : la télékinésie. Tu te rends compte ? Tu peux changer de fringues comme tu veux. Quand c'est la french loose ici, tu peux te télétransporter à New-York. Après j'aurai peur d'aller là-bas, de perdre mes pouvoir et de plus pouvoir revenir. D'ailleurs les autres mutants finissent par la tuer parce-que son pouvoir est trop puissant.
Kephren : Je serais le Surfeur d'Argent, il est magnifique.
Kheops : Mais son maître, Galactus, est bien plus intéressant !
[Ils partent dans un débat sur le dernier film des Avengers, parlent de Thanos, du Captain Marvel,...]
Kephren : On est la génération des comics books !
Kheops : On attendait l'arrivée de la revue Strange, tous les mois quand on était petits. Le jour où est elle sortait, mon premier réflexe c'était de regarder la fin, pour voir la couverture du prochain numéro !

"On préfère dire adieu en musique"

Le titre Dernier Coup d'Eclat résonne comme un texte d'adieu, un tiré de rideau. Ca y est, c'est la fin ?

[Ils font mine d'essuyer des larmes, avant de reprendre leur sérieux]
Akhenaton : Demain pour nous, c'est toujours très loin. Sans mentir, c'est le dernier album qu'on a signé avec une major. Je ne peux pas te dire si à la quarantaine et demie, on va avoir la force de faire des albums en indépendants si on n'est pas resigné. On préfère dire aurevoir comme ça en musique que de sortir autrement. Au mieux ce sera temporaire parce-qu'on aura quelque chose derrière, et au pire on l'aura fait.

Propos recueillis par Louise Wessbecher
Contenu exclusif. Ne pas mentionner sans citer Purebreak.com

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