Je l'avoue d'emblée : Gracie Abrams m'a toujours laissé indifférent. Je ne voyais au mieux dans son travail qu'une collection de pop songs mièvres et simplistes, et une célébrité acquise en grande partie grâce à son amitié avec Taylor Swift ou sa qualité de nepo baby. Même son gros tube That's So True, et ses "hou-hou-hou-houuuuu" entêtants, m'avaient un peu exaspéré à la longue.
Et puis il y a eu Hit The Wall, le premier single de son nouvel album Daugther from Hell. Et tout a changé. À la fois minimaliste et puissant, avec un drop qui ne vient jamais (meilleure idée !), la chanson m'a totalement conquis et je n'ai pas arrêté de l'écouter depuis sa sortie en mai.
J'avais donc hâte de découvrir en intégralité Daugther from Hell, son troisième opus dévoilé ce vendredi, et je n'ai pas été déçu.
Doux et délicat, mais aussi âpre et rugueux dans ses thématiques, Daugther from Hell est un album sur le fil, toujours en retenue, mais aussi avare en morceaux up tempo. Certes, ce n'est pas forcément le disque parfait pour se trémousser tout l'été sur la plage. Mais il débarque, avec un peu d'avance, pour devenir la bande-son douce-amère parfaite de l'automne.
Daugther from Hell, c'est l'album intime d'une artiste qui panse ses plaies. Évoquant les tourments amoureux parfois avec brutalité (la métaphore du couteau revient plusieurs fois), la masculinité toxique, son rapport à la célébrité ou à sa mère, la chanteuse fait preuve d'une étonnante maturité sur des textes directs dans lesquels son jeune public peut facilement se reconnaître.
Elle se fait même le chantre d'une Amérique au bord du gouffre dans Humming. "Tous les enfants avec qui j'ai grandi ont perdu leurs maisons d'enfance" y lance-t-elle.
Avec ce troisième disque, Gracie Abrams s'installe au carrefour de la pop de son amie Taylor Swift et de la folk d'un Noah Kahan qui fait tant sensation aux États-Unis. Un mélange des genres probablement amené par les invités phares du disque.
La Californienne a de nouveau fait appel au musicien et producteur Aaron Dessner, désormais plus occupé à fricoter avec les popstars comme Ed Sheeran qu'à s'occuper de son propre groupe The National dont il est le guitariste.
Pourtant, le tandem marche du feu de dieu. Et offre même une couleur encore plus folk et automnale, donc plus mature, à son univers musical. Preuve en est, le seul duo de l'album se fait avec Marcus Mumford, leader du groupe folk rock londonien Mumford and Sons.
Autre grand nom du disque : le génial Justin Vernon, alias Bon Iver, aux crédits de plusieurs titres et dont la voix de velours résonne discrètement sur le single Hit the Wall. Carré d'as gagnant !
Impossible de ne pas craquer à l'écoute des géniaux Death Wish, Look at my Life et Minibar, les titres les plus réussis et entraînants du projet. Impossible, aussi, de ne pas sentir l'ombre de Taylor Swift planer sur Imaginary Friend (co-écrit par Paul Mescal, le boyfriend de Gracie) et Afflication qu'on sent presque écrits pour son amie superstar.
Si les premières critiques à son égard sont assez mitigées, Gracie Abrams aura réussi, et je le dis avec grande modestie, son pari : me toucher et me faire changer d'avis grâce à un album formidable.
Certes, il a tendance à traîner en longueur (16 pistes pour 56 minutes, c'est trop !) mais j'ai déjà hâte de l'écouter en boucle pour en explorer les différentes couches. Et tout aussi hâte d'aller découvrir la chanteuse en live, elle qui se lance un défi de taille : remplir trois soirs l'Accor Arena de Paris du 8 au 12 avril 2027.
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