Jungle, c'est un groupe qui me tient particulièrement à cœur. Depuis que je l'ai découvert en 2015 avec son premier album, le collectif britannique ne m'a jamais quitté. Mieux, il a toujours été une valeur sûre, autant sur disque que lors de concerts formidables. Tant et si bien que, pour l'avoir vu une dizaine de fois autant dans des petites salles (Trianon, Olympia) que des Zénith ou en festival, je le considère comme un des meilleurs groupes live de sa génération.
Sauf que voilà, après un début de carrière flamboyant, Jungle m'a un peu perdu dès son troisième album, en délaissant son côté électro-funk pour une soul plus organique, voire totalement laissé de côté sur ses deux derniers projets, Volcano et Sunshine. Ironie du sort, c'est à ce moment-là qu'ils ont attiré en masse un nouveau public, suite au succès viral et surprise de Back on 74.
C'est ainsi qu'en entrant dans la salle que je découvre que Jungle, qui n'avait jusqu'ici joué au mieux que dans un Zénith, est désormais capable de remplir les 20 000 places de l'Accor Arena parisien.
Depuis les débuts, le dispositif scénique de Jungle n'a pas trop changé : le logo du groupe surplombe une scène où les musiciens sont placés en arc-de-cercle devant un écran aux sobres animations rétro. Simple mais efficace pour balancer de la bombe dansante en rafale. Surprise, le début du concert est consacré à For Ever, leur excellent mais trop souvent oublié deuxième album. Les géniaux Smile, Heavy, California et Beat 54 (All Good Now) chauffent doucement l'assistance, alors que le son de Bercy est, c'est assez rare pour le noter, d'une clarté exceptionnelle.
Sauf qu'après ce début en grande pompe, Jungle enchaîne avec 40 minutes uniquement composées des morceaux de leurs deux derniers albums. Ceux que je n'ai pas trop aimés. Mais qui provoquent, à mon grand étonnement, une énorme ovation de la foule. Bien plus que les morceaux d'antan. On comprend rapidement que le public qui a rempli Bercy est celui arrivé avec le succès de Back on 74 et que, malheureusement, il est davantage friand des nouvelles compositions vintage que des premiers succès. À notre grand regret.
D'autant que, de Keep Me Satisfied à Sunshine en passant par Someday, Somewhere, tous les morceaux se ressemblent légèrement et que ce tunnel traine un peu en longueur...
Le changement s'opère aussi sur scène : Josh et Tom, les deux têtes pensantes du groupe, s'effacent pour laisser la place à Lydia Kitto, chanteuse et nouvelle membre officielle de la bande, qui prend toute la lumière. Mais les huit musiciens s'en donnent à cœur joie, jouent avec une énergie et une bonne humeur communicatives et rappellent à quel point la France a été le premier pays étranger à leur ouvrir les bras.
© VOLUM / Théau Berthelot
Il faut attendre Move Like You Do, seule pépite de leur dernier album, et le tube Casio pour nous sortir de la torpeur. La salle s'illumine de milliers de petites lumières et le show redémarre de plus belle. D'autant plus que la bande enchaîne directement avec Back on 74, son magnum opus qui reçoit une ovation de dingue.
"On va faire un morceau de notre premier album" lance alors Tom McFarland. Silence poli dans la salle. Le groupe de spectateurs anglais derrière nous quitte carrément la salle et ne reviendra plus, satisfait d'avoir simplement entendu Back on 74. Il reste pourtant une bonne heure de concert. Triste signe des temps.
Pourtant, c'est à ce moment-là que la machine Jungle s'emballe vraiment. Paré d'un beau lightshow, Drops ouvre un dernier acte résolument libérateur : s'ils ne font plus vibrer le public comme avant, What D'You Know About Me et Time sont toujours aussi géniaux sur scène. Quant à Coming Back, il est l'occasion pour le public de jouer avec de nombreux ballons en plastiques lancés par les musiciens.
En guise de rappel, Jungle dégaine ses deux meilleures cartouches : Keep Moving et Busy Earnin qui achèvent la fête de la plus belle des manières.
Je ressors de la salle avec un sentiment quelque peu mitigé. Certes, Jungle est toujours aussi pro sur scène, prenant un plaisir indéniable à faire danser le public. Mais j'ai l'impression d'avoir vu un groupe totalement différent. Pas celui qui m'avait tant fait vibrer lors des premiers concerts, mais une machine à danser qui a délaissé les sonorités électroniques des débuts pour le confort ouaté de la soul 70's. Un virage qui ne me plaît guère, mais qui semble satisfaire le plus grand nombre. Tant mieux pour eux.
Jungle reste toujours un grand groupe live aux chansons excellentes. J'attends désormais d'être également reconquis par un album au niveau de ceux des débuts.
Smile
The Heat
Heavy, California
Beat 54 (All Good Now)
Problemz
The Wave
Keep Me Satisfied
Someday, Somewhere
Let's Go Back
I've Been in Love
Come Back to Me
Sunshine
Candle Flame
Dominoes
Where Are You Now?
Move Like You Do
Casio
Back on 74
Drops
What D'You Know About Me
Time
Coming Back
Don't Play
All of the Time
GOOD TIMES
Rappel :
Keep Moving
Busy Earnin'