Il y a eu un pépiement d'oiseau, les premières notes de Birds, et la terre s'est mise à trembler. Programmés samedi soir sur une scène trop petite au vu de leur popularité croissante, les Américains de Turnstile ont littéralement retourné Rock en Seine. Avec leur punk hardcore aussi explosif que défouloir, le quintet de Baltimore a confirmé sa place parmi les plus grands. Dans la gadoue, les plus téméraires, jamais rassasiés, ont pogoté jusqu'à plus soif sur les immenses Dull, Blackout, Look out for Me et le final T.L.C. (TURNSTILE LOVE CONNECTION). À lire les sourires sur les visages et la sueur sur les fronts — car c'est là qu'il faut vivre le concert, en plein cœur du réacteur — Turnstile a largement marqué tous les esprits ce soir-là, bien plus que Deftones ou Amyl & The Sniffers.
© Olivier Hoffschir
Notre dernier rendez-vous scénique avec Lorde remontait à 2022. Elle nous avait déçu, mettant de côté ses tubes qui ont forgé son succès. On était un peu mitigé à l'idée de la retrouver. On était loin de s'attendre à une telle claque. La scène est d'abord nue, puis deux cubes font leur apparition. À chaque chanson, ils prendront une nouvelle forme pour créer une mise en scène sobre mais audacieuse. Lorde débute près d'une fontaine à eau et balance d'emblée Royals. La suite est impressionnante : au son des géniaux Perfect Places, Hammer ou Buzzcut Season, la chanteuse néo-zélandaise captive par son énergie et ses idées scéniques — elle se retrouve coincée entre deux cubes ou en lévitation. Le final se fait plus festif avec Girl, so confusing Charli xcx puis Green Light qui fait danser un public visiblement retourné par cette jolie surprise. La tête d'affiche que l'on n'attendait pas et qui nous a chamboulé.
© Louis Comar
C'est peu dire qu'on les attendait de pied ferme, les Cure. Suscitant à eux seul un sold-out dominical quasi instantané, la bande de Robert Smith est revenue jouer la belle à Saint-Cloud, sept ans après un premier passage qui avait mis du temps à vraiment démarrer. Mais tout est désormais réparé. Car ce dimanche soir, The Cure a été fidèle à sa réputation : magistral. Pendant plus de 2h20, le groupe a suspendu le temps, alternant entre tubes intemporels (In Between Days, Friday I'm In Love) et chefs d'œuvre de mélancolie absolue (Pictures of You, le bien nommé The Last Day of Summer). On le répète souvent mais Robert Smith impressionne : il transforme sa timidité en véritable démonstration de force, gardant intacte la voix qu'il avait sur son premier disque de 1979. Voir 40 000 personnes taper des mains en rythme sur A Forest ou danser à l'unisson sur Boys Don't Cry, ça n'a pas de prix.
Depuis samedi, tout le monde ne parle plus que d'eux, mais pas pour des raisons musicales. Bravant la pluie torrentielle, les Londoniennes de Lambrini Girls ont affiché un énorme "Fuck Marine Le Pen" sur leur écran durant tout le set, multipliant depuis les débats. Une preuve de plus que le punk reste un des genres les plus politiques qui soit. Entre deux interventions sur la Palestine ou le droit des personnes trans, le groupe martèle, façon rouleau compresseur, 45 minutes de gros son qui défoule un public qui aura bien souvent de la boue jusqu'aux genoux. À peine arrivée sur scène, la chanteuse Phoebe Lunny réclame d'emblée un wall of death ("et pas un truc de gamins" prévient-elle) avant de scander les ravageurs Big Dick Energy ou Cuntology 101. Une entrée en matière explosive pour cette journée du samedi spéciale metal.
© Antoine Jaussaud
L'année dernière, son concert à l'Accor Arena nous avait mis une énorme claque. On était aussi impatient que circonspect à l'idée de le retrouver dans un format festivalier forcément plus sobre. Dont acte. Sur scène, Tyler, the Creator donne tout. Impeccable dans son ensemble en cuir jaune, le rappeur californien est à fond : taquin envers son public qui le hue à sa demande ("Ça m'excite" ironise-t-il), il multiplie les moments de grâce et les morceaux percutants à l'image des immenses New Magic Wand, Noid, Earfquake ou l'inévitable Sugar on my Tongue qui a retourné un public chauffé à blanc. Mais le show manque parfois de relief, entre sa scénographie minimaliste (aucun décor, ni musiciens ou danseurs - très léger pour une tête d'affiche), de trop longues pauses qui font retomber l'ambiance et une fin un peu abrupte. Reste un artiste au sommet de son art et jamais à court d'idées.
© Louis Comar
On l'avait évoqué dans notre liste pré-festival : si Franz Ferdinand nous a un peu perdu sur ses dernières productions, le groupe écossais reste une énorme valeur sûre en live. La preuve une nouvelle fois vendredi soir. Programmés sur une scène beaucoup trop petite pour eux, les Ecossais ont immédiatement mis le public (massif) dans leur poche avec ni plus ni moins que leur meilleur titre, The Dark of the Matinée. La suite ? Une heure de tubes implacables (No You Girls, Michael, Walk Away) jusqu'à l'explosion Take Me Out. S'ils auraient pu passer de leurs dernières chansons très oubliables, Alex Kapranos et ses compères ont encore frappé fort, rappelant à quel point ils sont indéniablement l'un des meilleurs groupes de ce premier quart de siècle.
© Émilie Bardalou
Sur le papier, tout jouait contre eux : un horaire précoce, une scène trop grande et des shows qui, jusque là, avaient du mal à nous emporter. Mais tout a changé ce dimanche à 16h25. Pendant une heure, les rois (et reine) du shoegaze ont emporté les festivaliers dans une autre dimension en déployant une puissance sonique assez rare. Aidés d'un superbe son et du retour du soleil, le quintet anglais nous a touché en plein cœur et a délivré en une heure tout son savoir-faire onirique, piochant allégrement dans son somptueux album éponyme de 2017. Mais c'est surtout la doublette Alison / When the Sun Hits qui l'a remporté à la palme de l'applaudimètre... et des larmes.
© Roxane Mo
Soyons honnêtes, nous n'avons toujours pas compris la hype musicale autour de Djo. Nous devons être les seuls au vu de l'immense foule qui a bravé la pluie et la boue pour venir découvrir le phénomène jeudi. Bien plus que pour la tête d'affiche du soir, Lorde. Ovationné par un très jeune public (majoritairement féminin) dès son apparition sur scène, Joe Keery emporte le public, mais on reste circonspect par sa proposition rock un peu passe-partout et très oubliable. Seul l'inévitable End of Beginning en conclusion, dont il semble déjà lassé, saura nous tirer de la torpeur.
Après un début de carrière tonitruant, Wolf Alice nous a laissé sur le bord de la route avec son dernier album The Clearing, aux influences plus pop-folk 70's à la Fleewood Mac. C'est, logiquement mais malheureusement, sur ce récent disque que le groupe de rock londonien va baser la majeure partie de son set, refroidissant souvent l'ambiance. Il faut attendre de les voir piocher dans leurs anciennes compositions, comme les superbes Smile, Formidable Cool ou Don't Delete the Kisses, pour voir le concert prendre un peu plus d'ampleur. Reste le charisme fou de sa leader Ellie Rowsell, à la fois bête de scène et d'une vulnérabilité touchante.
© DR
On attendait beaucoup de Man/Woman/Chainsaw, nouveau venu sur la scène rock anglaise. Rappelant parfois les débuts d'Arcade Fire, le sextet londonien nous a immédiatement happé avec son premier album, le formidable Cannonball. Las, sa transposition scénique a manqué de mordant. Si ce n'est les superbes Only Girl et Nosedive placés aux extrémités du set, le groupe a eu plus de mal à nous emporter. La faute à quelques problèmes de son ? À un horaire peu adapté ? Ou à un public peu concerné ? On tentera tout de même de lui redonner une chance lors de son prochain passage en salle.
© Olivier Hoffschir