Ironie du sort. Alors que certains sont partis à Barcelone pour éviter la grisaille parisienne, c'est bel et bien le festival espagnol Primavera Sound, organisé ce même week-end, qui a eu le droit à de nombreuses intempéries, causant l'annulation des concerts de Doja Cat ou Massive Attack. À We Love Green, pourtant réputé pour son climat orageux, aucun épisode pluvieux n'est venu déranger les trois jours de festivités ce week-end au Bois de Vincennes. Un an après avoir accueilli Charli xcx et LCD Soundsystem, le festival écolo a frappé un grand coup en accueillant jeunes têtes, groupes cultes et stars internationales. La rédaction de VOLUM s'y est rendu et vous livre son verdict : voici la liste des meilleurs (et moins bons) concerts de cette édition 2026.
Theodora
Il y a un an, après son set enflammé sur une Canopée bien trop étroite pour l'ampleur de son charisme, elle avait tapé dans la main du programmateur du festival pour prendre rendez-vous sur la Main Stage. Défi relevé haut la main et avec le style ! La Boss Lady, qui a tout raflé en 2026, des Victoires aux Flammes, a monté d'un cran son budget pour offrir samedi soir un spectacle XXL à la hauteur de son talent démesuré. Visuellement bluffant, avec une DA tout en néons conviant l'esprit du Strip de Las Vegas, le show de Theodora n'a pas laissé une seule seconde de répit à la marée humaine formée devant elle grâce à son armada de tubes, et son humour toujours contagieux. On s'incline, il n'y a pas puissant qu'elle dans le game.
Charlotte de Witte
On ne pouvait pas rêver meilleure clôture pour ce marathon de 3 jours. Dans la sueur et sous les lasers, la Clairière a tremblé, vibré, plié devant la pleine maitrise de la reine de la techno, impériale derrière ses platines. Drivée par une inépuisable énergie, la rave orchestrée par l'icône belge a aussi rappelé que la scène électro est l'un des derniers espaces de liberté, ce que les messages qu'elle a fait passer sur les écrans ("The resistance", "Protect club culture") n'ont pas manqué de souligner. Le grand Witte, littéralement.
Soulwax
Une chose est sûre, Soulwax n'a jamais failli à sa réputation scénique. Après un set renversant à Rock en Seine 2024 puis une prestation habitée à Pleyel en début d'année, les frères Dewaele sont revenus jouer la belle dimanche après-midi. Malgré un public un peu clairsemé, la joyeuse bande belge a encore frappé un grand coup, armée de son trio de batteurs/batteuses. Un set d'une heure ultra intense, sans temps mort et piochant dans ses meilleurs bangers, de KracK à NY Excuse en passant par E-Talking ou l'inévitable remix du Work It de Marie Davidson. Et en offrant un génial intermède en expliquant le fonctionnement des machines présentes sur scène. Jouissif. Immense. Qui c'est les plus forts ? Évidemment, c'est les Belges.
Yoa
Elle incarne un renouveau de la pop française, plus frontal, plus punchy. Et on vous le confirme : la Révélation scène des Victoires de la Musique 2025 porte bien son titre ! Programmée tardivement sur la Canopée le premier jour, Yoa a su électriser les festivaliers avec les chansons éclectiques de son premier album La favorite, en recentrant son show - qu'on avait adoré à la Salle Pleyel en janvier - sur ses morceaux les plus fougueux. Le résultat nous a fait l'effet d'une grenade à fragmentation : des petites séquences explosives sur des petites séquences explosives. Avec, en bonus, un envol dans les cieux dans une gigantesque robe battue par les vents. Nous aussi, on veut faire partie de ses copines.
Mac DeMarco
On ne l'avait plus vu depuis une décennie, à une époque où son personnage de joyeux drille prenait trop le pas sur la musique. Il faut croire que la maturité est passée par là... Samedi, on a retrouvé un Mac DeMarco droit dans ses bottes, et désormais plus concentré sur la musique que ses pitreries... si ce n'est un poirier ou quelques imitations vocales. Valeur sûre festivalière, le Canadien a déroulé son set comme une heure de petits tubes lo-fi (Chamber of Reflection, For The First Time, Salad Days...) sous un soleil radieux et devant un public conquis. Preuve que Mac DeMarco reste et restera le cool kid ultime !
Aupinard
Un soleil de plomb à We Love Green ? On ne peut s'empêcher d'y voir un lien avec la bossa nova lumineuse d'Aupinard ! Le natif de Bordeaux nous a fait voyager jusqu'au Brésil avec les morceaux de son premier album spleen. social club, qui parle d'amour avec un sens du groove inégalable. Pour que la fête soit encore plus réussie, l'artiste de 24 ans a ramené Ino Casablanca le temps d'un bain de foule bouillant et la belle âme de Bianca Costa. Avant d'annoncer son tout premier Zenith de Paris. We Love Green, dénicheur des talents de demain !
Addison Rae
Un soufflé retombé à peine sorti du four. Voilà la bien triste analogie qu'on peut faire de l'apparition d'Addison Rae, Tiktokeuse devenue chanteuse et idole de la Gen Z dont on avait hâte de voir le délicieux premier album Addison (2025) se matérialiser sur scène. L'intro, spectaculaire avec une popstar qui descend de sa plateforme rose bonbon dans une robe en plumes d'autruche, laisse présager un grand concert pop. Il s'agissait en réalité d'une démonstration de vitrine, sans âme et sans surtout, sans interprétation : désincarnée, l'Américaine a laissé la bande-son défiler toute seule sans prendre la peine de chanter ne serait-ce qu'un refrain. Ce n'est même plus du playback à ce niveau, puisqu'elle n'essayait même pas de se synchroniser avec sa propre voix pré-enregistrée. Le comble pour un concert. Next !
Role Model
On attendait beaucoup de Role Model pour l'un de ses rares passages francophones. Las, l'Américain a troqué sa tenue de cowboy pour un sweat à rayures, sous un soleil de plomb, et proposé une prestation country plutôt mollassonne. Malgré son inattendue reprise du Somebody Else de The 1975 et le génialement inévitable Sally, When The Wine Runs Out, le nouveau phénomène a eu beaucoup de mal à nous convaincre. Était-ce la chaleur ou sa proposition qui nous a assommés ?
© DR / We Love Green
Marguerite
Certes, la Grande scène était peut-être trop grande pour les épaules et la toute jeune carrière de Marguerite. La setlist, qui a débuté par les jolies ballades La fée et Les avions, paraissait bien sage pour sortir le public d'une torpeur mélancolique. Mais l'ex-élève de la Star Academy a su progressivement relever le défi et prouver son aisance sur scène, à seulement 21 ans, grâce aux effusions rock de La boss et l'hymne Les filles, les meufs, scandé en chœur par la foule. Une future grande ?
Gorillaz
Tête d'affiche du vendredi, Gorillaz était l'attraction principale du festival et l'une de nos plus grosses attentes... mais on a vite déchanté. En habit militaire et visiblement dans un état second, Damon Albarn semblait ailleurs, marmonnant des phrases incompréhensibles entre chaque morceau. Sur scène, le groupe a proposé un concert visuellement superbe, à leur habitude, mais plombé par une setlist en dents de scie, privilégiant les morceaux de son dernier album, l'excellent The Mountain, mais qui ne passent pas l'épreuve du live. Heureusement, il reste la qualité des invités (splendide Fatoumata Diawara !) et les tubes. Quand la bande attaque Feel Good Inc., On Melancholy Hill ou Clint Eastwood, on leur pardonne tout !
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