En France, depuis plus de cinq ans maintenant, les accros aux romances de Noël peuvent, en plus des revisionnages de Love Actually et des téléfilms de Noël, retrouver leurs "tropes" préférés en librairie. Le tout à la sauce "Merry Christmas" évidemment : une jeune femme découvre finalement son pire ennemi sous un nouveau jour à l’approche des fêtes de fin d’année, une tempête de neige oblige deux inconnus à passer la nuit (et plus si affinités) ensemble dans un lieu clos, un séjour en solo en pleine nature glacée se révèle finalement plein de surprises grâce au séduisant voisin…
Première règle pour se distinguer de la concurrence : des textes de qualité, bien sûr. Et s’ils parviennent à innover, c’est encore mieux ! L’an passé, les éditions New Rules ont ainsi proposé une dark romance de Noël, Christmas, Time to Kill d’Okéanos S., dont les ventes ont dépassé les 10 000 exemplaires.
La couverture donne la couleur : une couronne de houx, des boules et un bonnet de Père Noël, le tout accompagné d’un hachette ensanglantée. Et c’est l’une des promesses de la romance saisonnière ! "Ce que j’aime dans ces livres, c’est qu’on sait déjà dans quoi on va se plonger. La couverture montre à elle seule l’atmosphère du texte. C’est sans surprise, mais on sait pourquoi on l’achète !", nous explique l’autrice Valentine Maingault, dont le roman Comme une romance de Noël (ou presque) vient de paraître en poche chez Hauteville. D’ailleurs, selon elle, de nombreuses lectrices aujourd’hui choisissent uniquement leurs prochains romans saisonniers en fonction de leurs couvertures.
Une pratique de lecture qui va de pair avec les usages actuels des réseaux sociaux. "On voit vraiment qu’ils amplifient le phénomène et le succès des romances de saison : les internautes les montrent et les mettent en scène parce que ces livres ont une identité visuelle et une attractivité hyper fortes", ajoute Marine Alata, directrice éditoriale du pôle fiction aux éditions Charleston et Nami. Le livre est désormais un livre-objet : les couvertures se parent de dorures et les tranches, de couleurs ou d’illustrations (dit "jaspage") saisonnières.
Et pour se démarquer un peu plus, les maisons d’édition vont encore plus loin en proposant des livres à concepts ludiques voire inédits. Chez Charleston, la romance Noël à la petite boulangerie de Jenny Colgan, l’un des grands noms internationaux du genre, est ainsi de retour neuf ans après sa parution initiale avec une version olfactive. "On sait que ce rendez-vous avec les romances de Noël est précieux pour nos lecteurs. On va leur proposer une immersion supplémentaire avec une expérience de lecture enrichie, continue Marine Alata. En plus des odeurs qui rappelleront les parfums de Noël, il y aura également des recettes de cuisine." Là encore, la couverture est claire : on y découvre une maison de pain d’épices, agrémenté de la mention "Roman à sentir, frottez ici". La maison d’édition lui a réservé un premier tirage de 16 000 exemplaires.
Mais les romances de Noël ont désormais des petites cousines en librairie : les romances d’automne ! Deux de ces ouvrages ont particulièrement marqué le marché du livre en 2025 en France : Le Pumpkin Spice Café de Laurie Gilmore aux éditions &Cie, qui s’était placé à la 10e place des meilleures ventes de livres dix jours après sa parution, et Le Vent souffle sur Little Balmoral de Sophie Jomain aux éditions Charleston.
"Cet attrait pour l’automne, y compris du côté des influenceuses lifestyle, est né il y a quelques années seulement sur les réseaux sociaux. Avant, on décorait sa maison pour Halloween mais c’était ponctuel. Maintenant, dès le 1er septembre, on prépare des roulés à la cannelle, on décore chez soi de manière cosy, avec des matières doudous. Les romances d’automne sont nés de ce besoin de réconfort, avec les températures qui se rafraîchissent et la nuit qui tombe plus tôt. Les lectrices se projettent vraiment avec leur livre, sous le plaid sur le canapé, avec un petit thé et leur bougie préférée allumée", analyse Marine Alata.
Et si elle croit tant aux romans à concept, c’est qu’elle sait de source sûre qu’ils peuvent cartonner : Le Vent souffle sur Little Balmoral, livré avec un filtre coloré pour décrypter des messages écrits à l’encre invisible dans ses pages, s’est écoulé à 80 000 exemplaires ! Cette année, c’est avec l’autrice Cynthia Kafka que Charleston a proposé aux lecteurs une expérience différente : Mon beau miroir, qui se déroule dans un parc d’attractions présumé hanté avec un trope "fake dating", propose de déchiffrer des pages écrites à l’envers avec un petit miroir. Depuis sa parution le 10 septembre 2026, ce livre a séduit 10 000 lecteurs.
Du côté des éditions Fleuve, l’autrice star du feel-good Carène Ponte signe cet automne un livre "tête-bêche", Te retrouver en automne - T’aimer en hiver, que l’on retourne et que l’on peut lire dans les deux sens. Les 18 000 exemplaires mis en vente dès le 17 septembre 2026 se sont envolés et une réimpression de 10 000 unités est en cours.
"On n’avait jamais autant tiré pour les comédies de Noël de Carène. Pour cette romance d’automne, on avait beaucoup augmenté le tirage car on voyait bien que le concept plaisait ! Finalement, on n’a pas été assez ambitieux mais on se rattrape", s’amuse Julie Cartier, directrice générale des éditions Fleuve, Chatterley et New Rules.
Parmi les autres romances automnales à succès cette année 2026, on peut citer L’Amour c’est comme un roulé à la cannelle de Valentine Maingault, aux éditions Hauteville. En rupture de stock quinze jours après sa parution*, y compris à la Fnac et sur Amazon, ce roman a la particularité de proposer, en plus de son jaspage à l’image de cinnamon rolls, une couverture parfumée aux épices.
Un petit truc en plus non négligeable : pour sa réimpression, début octobre, les éditions Hauteville ont même promis "un peu plus de parfum à la cannelle" sur les nouvelles couvertures. "Pour moi, il y a vraiment eu rupture de stock grâce à la couverture du livre, confie la romancière, qui planche actuellement sur une romance de Noël. J’ai eu des milliers de retours à ce propos !".
Autre ouvrage en passe de devenir un best-seller, paru lui aussi le 10 septembre 2026 : Bookclub au Cat Café de Rachel Rowlands aux éditions Nami. "Ce qui est drôle, c’est qu’il s’agit du troisième tome de la série Cat Café. Mais on l’a agrémenté d’un jaspage hyper cosy qui répond aux code de l’automne", se souvient Marine Alata.
Résultat : des ventes multipliées par cinq et une rupture de stock dès la deuxième semaine de vente. Il s’en écoule chaque semaine 1 000 exemplaires en France et 5 000 unités sont en cours de réimpression.
Un engouement qui oblige cependant à revoir les calendriers de sortie. Pour que ces romans aux codes très marqués "automne" ou "hiver" aient une durée de vie suffisante, ils sortent de plus en plus tôt : les romances d’automne sont proposées dès septembre, les romances d’hiver dès octobre. Et gare aux trop nombreuses ruptures de stock : les livres-objets, de par leurs spécificités, sont plus longs et plus coûteux à fabriquer, alors mieux vaut viser juste. Carène Ponte, elle, a rusé : Te retrouver en automne - T’aimer à Noël est un 2 en 1 qui peut se lire jusqu’aux fêtes de fin d’année. De la même manière, Le Vent souffle à Little Balmoral de Sophie Jomain avait été réimprimé à l’automne passé avec une nouvelle couverture, comprenant cette fois des éléments propres à l’hiver et à Noël.
Mais la romance de saison pourrait-elle aussi passionner les lecteurs avec des histoires d’amour sur les pistes de ski, à Pâques ou durant les vacances d’été ? Pas si sûr : "Je ne sais pas si ça répond aux mêmes critères de douceur que l’automne et les fêtes de fin d’année, se questionne Julie Cartier. On m’a par exemple fait lire une romance du Nouvel An. Tout le mois de décembre, les gens ne pensent qu’à Noël et pas au 31 décembre selon moi. Je trouve ça moins vendeur."
Même son de cloche du côté de Marine Alata : "C’est vrai que ça a commencé avec l’hiver, puis avec l’automne l’année dernière. Ça fait quelque temps que je me demande ce qu’il en est des autres saisons mais je n’ai pas la réponse. Les petites décorations, les moments passés chez soi quand il fait froid, c’est très Instagrammable. On ressent moins d’engouement pour les romances estivales que l’on propose comme lectures d’été car je pense qu’il y a moins ce côté immersion et mise en scène. En revanche, le chalet et le ski, ça pourrait être bien !" Seul bémol : difficile pour une maison d’édition de proposer aux lecteurs, en début d’année, un livre si codifié, en moon boots et doudoune, et le faire vivre jusqu’aux vacances d’été…
* Contactées par Volum, les éditions Hauteville n’ont pas souhaité communiquer les chiffres du premier tirage et de la réimpression de L’Amour c’est comme un roulé à la cannelle de Valentine Maingault.