L'écrivain Thélyson Orélien touche du doigt une happy ending que l'on imaginait uniquement possible dans les films américains. Pour son premier roman, C'était ça ou mourir (Grasset), il comptabilise déjà plus de 35 000 exemplaires vendus et bénéficie d'un bouche-à-oreille comme on n'en fait plus.
Son livre, qui a déjà connu plusieurs ruptures de stocks, bouleversant un marché en berne depuis plusieurs années, vient même d'être récompensé du prix du roman Fnac. Plus impressionnant encore, les prix littéraires les plus prestigieux, comme Le Goncourt, le Renaudot, le Femina et le Médicis, l'ont tous ajouté à leurs listes, faisant de cet ouvrage l'une des curiosités de cet automne 2026.
Après l’embrasement de son quartier de Port-au-Prince, Jonas n’emporte presque rien avec lui en quittant Haïti : un diplôme, un cahier de poèmes, la photo de sa mère. Toute une vie dans un sac plastique. Se réfugiant d’abord en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique, ce professeur d’histoire franchit les frontières tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt en affrontant les profondeurs de la jungle. À chaque étape des visages surgissent, des corps tombent, des solidarités se nouent puis se brisent. Dans l’espoir d’atteindre le Canada et le peu de famille qu’il lui reste, Jonas se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l’ICE et d’une administration prête à tout pour mener sa chasse aux migrants.
Certes, cet auteur québécois d'origine haïtienne avait préalablement publié des recueils de poésie, mais C'était ça ou mourir apparait comme le défi d'une carrière. Une mission. S'il refuse de décrire ce projet comme une autobiographie, il confesse au Figaro, "ma vie, mon parcours, m’ont ramené à ce sujet".
Après avoir migré au Canada en 2010 suite au terrible tremblement de terre de Haïti, son cœur s'est en effet déchiré en découvrant que ses compatriotes, plongés dans une situation identique, mais aux USA, risquaient désormais de tout (re)perdre en raison de la politique de Donald Trump.
Résultat ? Thélyson Orélien est parti écouter leurs histoires pour écrire la sienne afin de fictionner une réalité tragique qu'il est parfois trop simple d'ignorer. "On ne peut pas raconter l’histoire de ces gens sans les avoir questionnés, insiste-t-il auprès du journal. Bien sûr, on ne va pas simplement recopier ce qu’ils disent. La littérature transforme, elle crée une oeuvre. Mais dans la création même, il faut effectuer ce travail. C’est une manière de leur rendre la parole."
Une approche évidente pour ce journaliste de 38 ans, qui est pourtant remise en cause aujourd'hui. Un nouveau tremblement de terre, littéraire cette fois, vient chambouler l'existence de Thélyson Orélien. Depuis plusieurs heures, l'auteur est en effet accusé d'avoir utilisé l'IA pour écrire C'était ça ou mourir. Ses mots encensés aujourd'hui auraient en réalité été écrits par une machine hier. C'est ce que sous-entend l'internaute derrière le compte Twitter Balance ton Claude.
Selon Pangram, ce roman est rédigé presque intégralement par une Intelligence Artificielle. Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100% IA. Rappelons que Pangram est de loin le détecteur d'IA le plus fiable : son taux de faux positifs est de 0,0041%, soit environ un texte humain sur 24 400. Sur 996 273 textes antérieurs à 2022, Pangram en classe uniquement 14 (0,0014%) comme étant partiellement écrits par l’IA.
Une accusation grave, qu'il étaye d'exemples et qu'il assume. Pour lui, même si le logiciel Pangram n'est pas infaillible, le roman de Thélyson Orélien posséderait trop de récurrences douteuses pour accepter le concept de coïncidence derrière cet écrit.
La probabilité que vingt passages d’un même livre (et il y a bien plus de 20 signalements dans le roman) soient identifiés à tort par Pangram comme étant produits par une IA s’élève donc à 0,0041% puissance 20, soit 0,1802 × 10⁻⁸⁵ %, c’est à-dire 0 suivi de 85 zéros après la virgule.
L'accusation n'est pas de dire que rien dans ce livre ne serait le fruit du travail de Thélyson Orélien, qui aurait effectivement pu avoir l'idée, le plan et les témoignages, mais que l'histoire aurait par la suite été modelée par une IA. Un internaute fait d'ailleurs remarquer que le style littéraire de l'auteur ressemblerait à s'y méprendre aux clichés de l'IA avec une accumulation de phrases courtes et punchlines, apportant un rythme robotique.
De quoi semer le doute dans les esprits ? Oui, mais attention. Premièrement, avec son passif dans la poésie, Thélyson Orélien s'est longtemps spécialisé dans ce rythme unique. Un rythme qui surprend et peut fatiguer, mais qui marque une véritable maitrise des mots. Deuxièmement, comme le précise un autre internaute, cela peut vite ressembler à une chasse aux sorcières basée uniquement sur un outil à la fiabilité contrariée.
"Par curiosité j'ai testé 3 de mes textes rédigés sans IA. Conclusion : 78% IA, déplore-t-il. Puis j'ai testé Zola, Maupassant : Conclusion : 78% IA. Ah, sinon, Baudelaire descend à 75% d'IA. Ça pourrait être drôle si vous ne jetiez pas ainsi un homme en pâture."
Conscient de la polémique, Grasset a également tenu à réagir au nom de son auteur auprès de BFM. Et sans surprise, la maison d'édition balaie ces accusations, rappelant une réalité implacable.
On n’y prête pas attention à ces rumeurs. On est dans les fake news. C’est une théorie du complot. Ces outils censés reconnaître l’IA sont eux-mêmes des IA qui fabulent que la Bible a été écrite artificiellement. Comment faire confiance à ces outils. Amazon propose des dizaines de romans écrits sous IA. Aucun n’a de succès. Aucun n’a de singularité. Tout l’inverse de Thélyson. Tous les romans écrits ainsi ne sont jamais devenus de best-sellers. (Grasset auprès de BFMTV)