Sur un lit, un homme finit par s’endormir, lunettes sur le nez, fatigué d’attendre que sa compagne lâche son thriller domestique. Sur un autre, un homme tente sans succès d’appâter son conjoint avec des baisers, mais l’attrait du bouquin est trop fort. Sur une troisième affiche, les moitiés sont au moins synchros, tous les deux plongés dans les dernières parutions en France de Freida McFadden.
Elles s’intitulent Chère Debbie et Le Boyfriend, et elles sont au cœur de la nouvelle campagne de publicité imaginée par les éditions J’ai Lu, qui publie les formats poche de l’autrice, et City, chez qui sont disponibles les grands formats dits "brochés". La campagne est accompagnée d’un slogan non dénué d’humour : "J’peux pas… j’ai Freida."
"Lors d’un brainstorming, on s’est dit que l’envie la plus forte, finalement était le désir sexuel. Et si on jouait là-dessus ? On voulait que ça reste amusant, impactant mais pas choquant", nous explique Emilie Thomas, directrice marketing des éditions J’ai Lu. Les modèles sur la campagne de publicité, en pyjama, ne sont autres que des collaborateurs qui ont accepté de se prêter au jeu.
Avec une envie de montrer combien le public de Freida McFadden est diversifié : un couple de femmes, un couple d’hommes, un couple mixte, un couple aux cheveux grisonnants, et même un couple bien accompagné de son chien !
"C’est une autrice qui a le mérite de rassembler une population de lecteurs très variée : des gros lecteurs, d’autres pas du tout, des jeunes, des vieux, et ça dans toutes les classes sociales, continue Emilie Thomas. Et c’est sûrement aujourd’hui la seule autrice nommée par son unique prénom sur une campagne de publicité ! Elle est un véritable phénomène de pop culture."
Une semaine après leur parution le 7 octobre 2026, Chère Debbie s’était écoulée à 36 000 exemplaires et Le Boyfriend à 19 000 exemplaires. Des chiffres enthousiasmants quand on sait que Freida McFadden avait en tout cinq romans (broché et poche confondus) et le livre-enquête Le Dîner publiés rien que cette année !
La Locataire et La Prof sont les deux titres qui ont connu le meilleur démarrage en grand format inédit et en poche. L’un paru en février, l’autre en avril, ils ont rejoint respectivement 77 000 et 34 000 lecteurs dès la première semaine.
"C’est une autrice qui écrit de manière simple et accessible, mais aussi de manière extrêmement rythmée. Les chapitres courts donnent directement envie de lire la suite. Et elle parle aussi de gens simples, voire de condition sociale défavorisée, qui vont reprendre le contrôle sur leur existence", décrit Anne Maizeret, directrice littéraire fiction étrangère et polar chez J’ai Lu.
Sara Cohen (de son vrai nom), victime de harcèlement scolaire comme elle l’avait elle-même confié, aime en effet que ses personnages se vengent de leurs bourreaux. "Il y a un truc cathartique : grâce à elle, on voit la revanche des faibles sur les forts ! Et elle a aussi pas mal d’humour, ce qui donne des livres teintés d’ironie", ajoute-t-elle. Les accusations de recours à l’intelligence artificielle, que Freida McFadden avait balayées d’un revers de main, n’ont selon elle pas d’impact sur les ventes.
Bien sûr, les chiffres semblent moindres par rapport à ceux de 2024, lorsque l’Américaine, médecin neurologue quand elle n’écrit pas, avait écoulé plus de 630 000 exemplaires en France de la version poche du premier tome de La Femme de ménage. En 2025, La Psy avait été le livre de poche le plus vendu dans l’Hexagone, à hauteur de 921 319 exemplaires. A elle seule, Freida McFadden représentait 20% des livres achetés l’année passée, avec huit titres classés parmi les quinze meilleures ventes d’ouvrages.
Mais J’ai Lu, qui travaille main dans la main avec les éditions City, l’assure : il n’y a pas vraiment d’essoufflement en 2026. "On est passé de deux nouveautés par an à trois cette année, donc il y a un étalement des ventes qui s’opère. On voit aussi que les ventes en grand format se maintiennent, voire augmentent, ce qui indiquerait que les fans de l’autrice n’attendent plus la sortie en poche pour se procurer ses romans. Ils achètent directement le livre à 22 euros", analyse Anne Maizeret.
Le nouveau rythme de publication des romans s’est en fait calé sur celui des États-Unis, où la maison d’édition Sourcebooks a la primeur de ses thrillers. Certains pays voisins, comme l’Allemagne et le Portugal, en publient plus chaque année en piochant dans tous les romans de Freida McFadden qui n’ont encore jamais été publiés. En France, dix-sept d’entre eux attendent ainsi toujours en fonds de catalogue.
"On fait un peu à notre sauce, nous explique la directrice littéraire sur son choix parmi ces nombreux titres. On sélectionne en fonction de ce qu’on a aimé et de ce qui a été apprécié par les lecteurs américains. Et on essaie d’équilibrer entre les titres forts et les titres faibles tout au long de l’année, même si c’est bien sûr un avis totalement subjectif." Les achats des dernières nouveautés, eux, sont effectués alors même que les romans n’ont pas encore été pas écrits ! Mais l’arrivée des adaptations au cinéma est aussi un élément clé : "On fait en sorte que les romans soient proposés avant, pour ne pas se retrouver avec une sortie cinéma sans livre existant sur le marché."
Prochaines parutions prévues : Le Divorce en broché chez City et La Locataire en poche chez J’ai Lu en février 2027. Et la dernière nouveauté de l’autrice, outre-Atlantique, pourrait être une parution d’automne parfaite selon Anne Maizeret à l’approche de Halloween : The Witch mêle le thriller au fantastique, dans une maison de famille dans laquelle une femme avait été exécutée pour sorcellerie en 1692.
Si Freida McFadden n’est pas du tout la première autrice à avoir fait du thriller domestique sa spécialité, elle est parvenue grâce à sa plume et ses intrigues à le remettre au goût du jour. Un genre désormais très plébiscité par les lecteurs : dans le sillon de l’Américaine, J’ai Lu a publié d’autres autrices qui ont rencontré le succès, comme Amy Tintera avec Mens-moi à l’oreille, écoulé à 150 000 exemplaires en poche depuis le mois de janvier.
Leslie Wolfe et son roman La Chirurgienne la talonne avec 130 000 exemplaires vendus depuis un an et demi. Évidemment, les maisons d’édition concurrentes ont aussi décidé de miser sur le thriller domestique, tous formats confondus. "C’est un schéma éditorial assez connu, même si on ignore toujours les proportions à venir", ajoute Anne Maizeret.
Mais rencontrer le même succès que Freida McFadden avec un autre auteur "n’arrivera jamais" selon elle : "En France, on n’a pas trouvé d’équivalent en terme de ventes sur un temps aussi ramassé. Chez J’ai Lu, on a une chance sur un million de connaître deux fois un tel phénomène dans un même genre. Alors, on essaie d’anticiper et de trouver d’autres auteurs, sur d’autres registres, afin de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier… et ne pas proposer toujours les mêmes livres. Sinon on s’ennuierait ferme !", s’amuse Anne Maizeret.
Les éditions J’ai Lu proposeront ainsi deux romans, en cours d’adaptation audiovisuelle, pour lesquels leurs autrices se sont inspirées de leur propre expérience : Sécher tes larmes de Meï Lepage, policière de terrain à Lyon, et Panthères de Valentine Vendôme, substitute du procureur à Meaux. L’autrice Angelina Delcroix, qui a écoulé plus de 150 000 exemplaires de ses Mémoires d’un expert psychiatre, rejoindra aussi les rangs avec la version poche de La Fabrique du mal. Aux côtés donc des petits formats de La Locataire, de L’Intruse et de Chère Debbie de Freida McFadden qui paraîtront en hiver, au printemps et à l'automne. L’occasion, donc, d'annoncer aux personnes qui partagent vos lits "J’peux pas… j’ai Freida" !