Quel rapport entre la Vague d’Hokusai et Dragon Ball Z ?
Ça, on le découvre en Belgique à l’occasion d’une expo qui, jusqu’à la fin de ce mois de novembre, se plaît effectivement à confronter les mangas les plus célébrés, comme les bestsellers d'Akira Toriyama, Masashi Kishimoto (Naruto) et Eiichiro Oda (One Piece), aux estampes japonaises de l’époque d’Edo, une ère historique dense qui prend racines à partir du 17ème siècle. Comme un improbable croisement entre les galeries des musées et les bouquineries tokyoïtes.
Cette expérience qui fait s'embrasser les époques, elle porte d’ailleurs le nom très factuel de De l’estampe aux mangas. Les estampes, ce sont ces gravures en bois traditionnelles indissociables de l’art japonais et de ces plus grands noms - Hokusai donc, mais aussi Hiroshige, Utamoro, Sharaku, Kuniyoshi. De quoi garantir une vision hybride de la création et de sensibiliser les plus jeunes audiences aux beaux arts, par le biais de la bande dessinée.
Mais le plus insolite, c’est que le tout prend place... dans une abbaye.
Tintin n'est pas le seul à avoir droit de cité en Belgique. Les mangas également. C’est précisément à l’abbaye de Stavelot que prend place cette expo qui convoque donc joyeusement Dragon Ball Z, Naruto et One Piece. Stavelot, soit à 50 kilomètres de Liège. L'abbaye de Stavelot se compose précisément de trois musées. Et a déjà accueilli en son sein les clichés ironiques du grand photographe Martin Parr (célébré au Jeu de Paume tout récemment), les œuvres classieuses de Robert Doisneau, des originaux de la BD Michel Vaillant...
Maintenant, l'heure est donc aux estampes et aux mangas. Tout un programme très hétéroclite qui part d’une observation : et si le manga était l’estampe médiévale d’aujourd’hui ? D’où la jonction dans cette rétro entre les mangas, la littérature la plus populaire du globe, et les beaux arts de l’histoire japonaise, ses fresques célébrées à travers le monde, jusqu’à des expos inédites en France (Hokusai a fait l’objet d’une rétrospective à Nantes en 2025).
Les tableaux côtoient donc des cellulos. Si l’événement risque d’attirer la gen Z, via la présence de certaines licences (interminables) très contemporaines, les plus nostalgiques seront tout de même satisfaits de retrouver des extraits des Chevaliers du Zodiaque.
Et ce dans les murs d’un lieu de recueillement, donc, l’abbaye de la région wallonne. Une façon pour la Belgique, le royaume de la bande dessinée (célèbre musée bruxellois à l’appui), de nous suggérer que le manga est… sacré ? On peut l’envisager ainsi.
Bien sûr, la Belgique n’est pas la seule à transfigurer des chapelles en musées. À Paris, on a pu cette année contempler l’une des œuvres les plus marquantes de la grande photographe new-yorkaise Nan Goldin, l’une des artistes préférées d’Elton John, au sein de la chapelle de la Pitié Salpêtrière. C’est là qu’a pris place l’une de ses installations les plus culottées, Saintes et Sybilles.
Oui, une chapelle intégrée au vaste complexe hospitalier.