La nouvelle est tombée il y a quelques minutes et fait l'effet d'un électrochoc : Kavinsky est mort à 50 ans. Le DJ français, de son vrai nom Vincent Belorgey, a été retrouvé sans vie à son domicile parisien du 18ème arrondissement ce mardi soir. Il allait fêter son 51ème anniversaire dans deux jours...
Si une enquête va être ouverte pour déterminer les causes de son décès, la piste de l'accident vasculaire cérébral (AVC) est "envisagée". La disparition de ce visage phare de la french touch est un véritable choc pour le public. Car Kavinsky restera, aux yeux du grand public, indissociable de son tube Nightcall. Un succès qui a failli ne pas en être un !
Retour 20 ans en arrière : au milieu des années 2000, Kavinsky débute sa carrière en étant très bien entouré. Après avoir joué dans le film Steak de Quentin Dupieux, il se met à tourner dans le monde aux côtés de SebastiAn, Justice et surtout Daft Punk sur leur mythique tournée Alive 06/07. C'est d'ailleurs Guy-Manuel de Homem-Christo, la moitié de l'emblématique duo casqué, qui a l'idée de la boucle mélodique qui deviendra Nightcall. Il la soumet à Kavinsky, persuadé qu'elle collera à son univers 80's.
"GuyMan a eu l'idée du morceau et m'en a parlé pour la première fois dans le tour bus des Daft Punk pendant leur tournée en 2006 (...) Il avait déjà toute la structure et la vision du morceau en tête, j'étais fou de joie à l'idée de collaborer avec lui" se remémorait-il il y a quelques années.
Bingo ! L'association fait des étincelles, et Kavinsky appelle deux artistes pour donner de la voix sur le morceau : Lovefoxxx, leader du groupe brésilien CSS, et un certain Sébastien Tellier. Nightcall sort au printemps 2010 et... rien. Le single passe totalement inaperçu et les radios ne le diffusent pas.
"Je me suis dit, quand même, un morceau avec une moitié des Daft Punk, c'est quelque chose. Je me suis imaginé tout un truc. Et ça a fait un four. (...) On avait vendu 2 500 vinyles maximum. On n'a pas trop compris le désintérêt des gens" rappelle-t-il dans les colonnes des Inrocks.
Mais la roue tourne très vite : l'année suivante, il est utilisé comme générique du film Drive de Nicolas Winding Refn. Primé à Cannes, le thriller révèle à la fois le cinéaste danois, son acteur principal Ryan Gosling et surtout Nightcall qui tourne en boucle sur les ondes. Succès surprise de 2011, le morceau atteint même la 10ème place des charts français et devient un immense tube qui propulse la carrière de Kavinsky.
En 2013, le groupe anglais London Grammar se fend même d'une magnifique reprise aérienne qui connaît, elle aussi, un joli plébiscite.
La belle histoire aurait pu s'arrêter là, le DJ étant désormais sur toutes les routes. Mais en 2024, Victor Le Masne l'approche. Le musicien est le directeur artistique des JO et il souhaite que Nightcall résonne durant la cérémonie de clôture des jeux de Paris. C'est alors que le destin va jouer en sa faveur :
"Thomas (Mars) m'appelle, m'annonce que Phoenix joue à la cérémonie de clôture et souhaite inclure une reprise de Nightcall. Il m'a proposé dans un premier temps de chanter moi-même le refrain, ce qui me paraissait inconcevable".
© Bestimage
Le chanteur de Phoenix a alors une idée qui met tout le monde d'accord : la partie féminine sera chantée par Angèle ! "Honnêtement, je connaissais peu son univers mais j'ai trouvé qu'elle avait une aura, une présence. Elle a été partante tout de suite, et tout s'est enchainé très vite. On a décidé d'accélerer le BPM pour que le morceau soit un peu plus dansant, moins deep que la version originale" décrypte-t-il, alors que les noms de Billie Eilish, Sia ou Charli xcx sont évoqués pour assurer le show.
Bingo, bis. Le 11 août 2024, le monde a les yeux rivés sur le Stade de France où se déroule la cérémonie de clôture. Phoenix a le droit à un show de 15 minutes où sont conviés Air et surtout Kavinsky et Angèle, dont la venue surprise fait effet alors qu'elle est en pleine pause, pour une reprise explosive de ce Nightcall qui met le monde à genoux. Dans les heures qui suivent, la chanson devient la plus recherchée de l'histoire de Shazam et s'installe à la première place du top mondial.
Boostée par ce succès énorme, cette nouvelle version avec Phoenix et Angèle sort officiellement un mois après la cérémonie. Et le public se rue dessus : en France, la chanson se classe troisième des charts et est certifiée single de diamant pour plus de 50 millions d'écoutes.
"Ce retour de flamme, c'est d'autant plus savoureux que le succès de Nightcall est accidentel. Avant Drive, ce morceau était un four, personne n'en voulait quand il est sorti en 2010" s'amusait-il dans les colonnes de Vogue, peu après les JO.
Sur ses 20 ans de carrière, Kavinsky n'aura sorti que deux albums, quelques singles à succès (Roadgame, Odd Look) et multiplié les concerts aux quatre coins du monde. Mais ces quatre minutes synthpop irrésistibles resteront à jamais indissociables de l'artiste et sont, depuis, rentrées au Panthéon de la musique française. "There's something about you, it's hard to explain...".