Tom Cruise en aurait-il fini avec les blockbusters hyper formatés ?
Après des années de grosses machines à sa gloire, la superstar retrouve un cinéma plus audacieux, incongru et surtout “auteurisant” avec l’événement Digger, le nouvel Alejandro González Iñárritu. Cinéaste qui a déjà redonné vie à Michael Keaton avec son très étrange Birdman. En l’état, une satire délirante qui grime Cruise en mogul vieux et chauve. Métamorphosé.
On ne dirait pas, mais Tom Cruise jubile d’être méconnaissable. Depuis longtemps, le cascadeur s’amuse du "what the fuck", du saugrenu et du grotesque. La preuve en six rôles bien absurdes comme il faut.
La Tom Cruise-mania palpite déjà en 1983. L’acteur sort de Risky Business, hit du teen movie, et enchaîne avec un autre film pour ados, L’esprit d’équipe. Il y côtoie Lea Thompson, la future Lorraine McFly de Retour vers le futur. Que de jeunes espoirs dans ce récit sportif bien "cheesy" qui pose les bases de la plus belle gueule de l’industrie. Cruise, grimé en quaterback très nerveux, ne vise clairement pas l'Oscar. Le film lui est considéré comme gentiment ringard, un brin nanar - même Scream s’en moquera le temps d’un dialogue sarcastique. Trois ans plus tard, à seulement 24 ans, ce comédien troublant torpillera Hollywood en "pilotant", littéralement, un certain Top Gun.
Tenez-vous bien : dans ce néo western blindé d'étoiles de l'époque (Emilio Estevez, le frère de Charlie Sheen), Tom Cruise incarne un cowboy anonyme - et moustachu - qui se fait fusiller après quelques secondes de temps d'écran, et ce parmi une ribambelle de figurants tout aussi flingués. Méconnaissable au point de ne même pas être crédité au générique. Funfact, Cruise est juste venu saluer des amis (dont Estevez) et a finalement accepté d'apparaitre furtivement, et complètement incognito. C'est très fort quand même.
Avant Tonnerre sous les tropiques, Tom Cruise démontrait déjà tout son sens de l’autodérision en incarnant Austin Powers dans la séquence d’ouverture du troisième opus de la saga éponyme - volet où joue Beyoncé. L’espion le plus nerd des sixties, métamorphosé en sex symbol ? Le déguisement est ridicule, le caméo instantanément mythique. Cerise sur le gâteau, Cruise y est dirigé par Steven Spielberg, ses compagnons d’écran sont Gwyneth Paltrow et Danny DeVito, et surtout, son aventure (fictive) s’intitule AustinPussy. Très subtil.
La performance "surprise" la plus fameuse de Cruise. Chauve, en surpoids, méconnaissable, l’acteur interprète un producteur mégalo et instable, Les Grossman. Mégalo ? Instable ? Des qualificatifs qui conviennent complètement au comédien. Sauf qu'on ignore encore si, à l'instar de ce Weinstein de fiction imaginé par l'humoriste Ben Stiller, Cruise aime bouger ses fesses sur du Ludacris.
Tom fait l’idiot, chapitre 35. Dans la peau d'une rockstar plus kitsch tu meurs, le scientologue plonge tête baissée dans l’excès. C'est subtil comme un son du groupe Europe - qui participe à la BO - ou un final de l'Eurovision. Auréolée de tubes signés Journey, Foreigner et Def Leppard, cette ode au too much balade la star bien loin des caméras de Stanley Kubrick, Paul Thomas Anderson et Martin Scorsese.
© Warner, France
Une décennie avant Tonnerre sous les tropiques, Tom Cruise était déjà dirigé par Ben Stiller. Celui-ci incarne sa doublure cascades dans un sketch issu de son émission. Enfin, plutôt, une tête brûlée bien loser qui s’amuse à imiter les mimiques de Tom en parodiant Mission : Impossible 2. Hollywood s’interroge alors : la beauté glaciale d'Entretien avec un vampire aurait-il de l’humour ou un gros sens du marketing ?
26 ans plus tard, le mystère perdure.