"Après avoir jeté un regard honnête sur le segment nord-américain, nous avons pris la décision difficile et déchirante d'annuler toutes les dates en Amérique du Nord". Le 4 mai dernier, le couperet tombe : faute de billets vendus, les Pussycat Dolls annulent leur tournée américaine de reformation. Une déprogrammation qui fait suite à de nombreuses vidéos d'internautes s'inquiétant du faible taux de remplissage de la plupart des dates.
Les Pussycat Dolls ne sont que le dernier exemple d'une série d'annulations de tournées en Amérique du Nord. Et si le mot n'est jamais prononcé, c'est à chaque fois un problème de remplissage qui en est la principale cause. Ces dernières semaines, Meghan Trainor, Zayn et Post Malone ont tous annulé leurs tournées. La chanteuse pop évoque une vie mouvementée après la naissance de son troisième enfant et la star country-rap dit vouloir terminer son album avant de repartir sur les routes. Mais personne n'est dupe : aucun n'a réussi à faire "sold out".
Aux Etats-Unis, on appelle ça la "blue dot fever", la "fièvre des points bleus". Ces points bleus, ce sont ceux qui représentent les billets encore disponibles sur les plans de salles lors d'un achat sur le site de billetterie Ticketmaster. Interrogé par Page Six, un spécialiste du marché assure que la situation "pénalise les fans" : "La question [pour Post Malone] est : pourquoi fait-il une autre tournée des stades ? Post Malone va probablement devoir annuler beaucoup d’autres dates. Devinez quoi ? Personne n’a acheté de billets : tout est hors de prix. C’est une situation catastrophique".
La cause principale reste en effet les tarifs proposés, qui sont de plus en plus élevés. Pour applaudir les plus grandes stars, il faut désormais compter au minimum 100 euros par place en France, comme pour les concerts d'Olivia Rodrigo à Paris La Défense Arena, quand certaines s'envolent à plusieurs milliers de dollars l'unité outre-Atlantique à cause de la tarification dynamique.
L'offre est d'ailleurs devenue parfois plus forte que la demande : aucun des 22 concerts européens de Harry Styles (à Amsterdam et Londres) n'est complet. Pire, à quelques jours de la première, des milliers de places sont disponibles chaque soir. L'an dernier, Beyoncé a aussi eu du mal à remplir ses six dates à Londres. Tout porte à croire qu'après après une énorme demande pour les concerts au sortir de la pandémie, le public fait désormais des choix cruciaux.
"Après le Covid, il y avait tellement de demandes pour les concerts de n'importe quel type. Beaucoup de décisions ont, je pense, été prises en se basant sur cette demande. Et maintenant, les choses commencent à se stabiliser après l'explosion post-Covid" analysait à ce sujet Eric Renner Brown, journaliste chez Billboard.
Il y a deux ans déjà, plusieurs tournées avaient connu le même problème aux Etats-Unis : celle de Jennifer Lopez, annulée officieusement à cause de faibles ventes, et celle des Black Keys, reportée dans des salles beaucoup plus petites. "Nous avons été b*isés" résumera à ce sujet Patrick Carney, batteur de la formation rock américaine, en évoquant son management. Avec le recul, son comparse Dan Auerbach en parle comme d'un "p*tain de cauchemar" : "On a été mis devant le fait accompli, sans alerte de la part de notre manager. (...) Monter une tournée aujourd'hui, c'est la m*rde au niveau atomique. Surtout aux Etats-Unis où le coût de production et celui des billets explosent".
Prix des places élevés, mais aussi une surestimation de la popularité de certains artistes. Aujourd'hui, un seul tube TikTok peut vous assurer de planifier une tournée d'envergure. Dans certains cas, cela fonctionne : on a pu s'étonner de voir Gracie Abrams, Raye, Melanie Martinez, Noah Kahan ou Olivia Dean annoncer des dates à Bercy et les remplir en quelques heures.
Pour d'autres, c'est plus difficile : à la suite de plusieurs tubes viraux comme Unholy avec Sam Smith, Kim Petras a organisé une grande tournée nord-américaine. Mais elle s'est retrouvée à jouer dans des salles à moitié vide. Idem pour le groupe Glass Animals, derrière le tube Heat Waves (3,7 milliards d'écoutes), qui a joué dans un Zénith de Paris très peu rempli il y a deux ans. "Les données sont très confuses. Vous pouvez avoir des millions de streams, mais ça ne veut pas dire que ça va se matérialiser en achat de places. Au contraire, certains artistes qui n'ont pas beaucoup d'écoutes peuvent vendre 2 ou 3.000 billets" analysait un tourneur anonyme à l'époque.
Karol G sera-t-elle la prochaine victime de cette "blue dot fever" ? Que ce soit en France ou en Espagne, sa tournée européenne prévue à l'été 2027 est loin de faire le plein. La chanteuse colombienne aurait, elle aussi, vu trop grand en ne misant que sur des stades alors qu'elle n'a peut-être pas la capacité de les remplir...
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