Imagine un grand mix entre Evil Dead et les comédies absurdes de Quentin Dupieux, mais… dans les toilettes très glauques d'une boîte de nuit parisienne. On a déjà connu pitch moins prometteur.
Plonger son public dans des WC (littéralement) 90 minutes durant, sans jamais en sortir, c'est le pari joliment radical de Flush, premier long improbable de Grégory Morin, à découvrir en ce moment au cinéma. Un coup d'essai qui se démarque d'emblée par son concept... Audacieux, de mauvais goût, oui, tout ça à la fois. Il faut le dire, c’est assez unique dans le genre. Surtout qu’on parle bel et bien d’un film français. On ne pouvait que tester l’expérience. Et elle fut extrême.
Un semi-junkie se retrouve bloqué dans des WC. Plus précisément, la tête enfoncée dans le trou de toilettes à la Turque. À l’extérieur, des antagonistes qui lui rendront la vie difficile. Mais c’est surtout au sein de ce lieu bien craspec (les latrines d’un bar parisien à minuit), le corps renversé et la bouche dirigée vers l’évacuation d’eau, que notre héros va subir tous les outrages.
En fait, Flush, c’est Buried, le film très claustro qui a enterré vivant Ryan Reynolds, mais dans des WC. Et ça marche à fond. Le sentiment anxiogène est exacerbé au max grâce à la virtuosité et l'inventivité de sa mise en scène.
La souffrance du personnage n’est jamais atténuée par l’humour, très acidulé, du métrage. Le tout est organique et trash, avec ce qu’il faut de cruauté : car l’organisme de notre protagoniste va passer par toutes les étapes d’un chemin de croix sadique à souhait. Très actuel, à l'heure où le cinéma d'horreur - de Smile 2 à Obsession - a rarement été aussi méchant. Ambiance !
Le plus fort c’est que, malgré son pitch très potache, cette tragicomédie échappe aux gags faciles. Car le drame y côtoie l’hilarité nerveuse. Flush met en scène un loser pathétique, à la vie catastrophique et qui, malgré tous ses défauts, suscite rapidement notre empathie. Il est incarné par Jonathan Lambert, que le public de feu On est pas couché connait pour ses travestissements incongrus.
L'acteur n'est pas étranger non plus, encore une fois, aux fables nonsensiques de Quentin Dupieux - dans Reality, Jonathan Lambert côtoyait Alain Chabat. L’humoriste s'adonne ici à toutes les contorsions, ruptures de ton permises par l'ingéniosité de la mise en scène, qui nous plaque au plus près de ses ressentis, tout en accumulant les trouvailles plus perverses les unes que les autres.
Un véritable ovni conseillé aux férus de sensations fortes et qui nous rappelle que ce genre a encore de belles idées à proposer pour nous surprendre.