"Les ciseaux ? En couture bien sûr". Juchée sur des talons aiguilles, en jupette strassée et corset cintré, une perruque bouffante XXL et un haut-de-forme géant sur la tête, Malawitte semble tout droit sortie d'une page d'Alice au pays des merveilles lorsqu'elle foule ses premiers pas dans l'atelier de Drag Race France.
Le 8 juillet sur France 2, le public a fait la rencontre des nouvelles 10 reines de la saison 4 du plus célèbre des concours de drag queens. Toujours présenté par Nicky Doll, mais avec un jury renforcé par l'arrivée d'Anggun et... de nouvelles règles. La baguette d'or va semer la zizanie parmi les candidates, car elle implique le pouvoir de sauver une camarade ou se sauver soi-même. Sous les paillettes, les premières stratégies s'élaborent déjà !
Comme dans sa version américaine supervisée par l'iconique RuPaul, la réussite d'une saison de Drag Race France dépend entièrement de son casting. N'ayons pas peur de l'affirmer : en comparaison de l'extraordinaire saison 2 remportée par Keiona, la troisième saison avait paru quelque peu terne. Ce 4ème cru démarre sous les meilleures auspices, et la présence de Malawitte n'est pas étrangère à cette impression.
Ce n'est pas le plus important, mais c'est important. Malawitte marque une petite révolution dans la franchise en étant la première femme cisgenre, c'est à dire qui se reconnaît dans son genre attribué à sa naissance, à intégrer Drag Race France. On avait déjà suivi à l'écran le parcours de femmes trans comme Moon ou Kitty Space - qui a fait son coming out après son passage dans l'émission, mais jamais de femme cis. "Drag is for everybody" le rappelle à très juste titre Creatine Price durant le 1er épisode.
Hommes, femmes ou personnes non-binaires, qui se métamorphosent en queens, kings, créatures, club kids... Dans l'art du drag, les possibilités sont infinies et seul le pouvoir de l'imagination est la limite. "Au départ, je disais que j’étais une performeuse. Je ne savais pas comment me catégoriser. Je n’avais pas forcément d'exemples autour de moi. Le manque de représentation m’a parfois fait douter de ma légitimité. C’était un peu dur d’avoir cette confiance, d’assumer. De dire : oui, je suis une drag queen !" atteste Malawitte à Numéro.
Même au sein de la communiqué queer, les esprits sont parfois étriqués et Malawitte dit avoir dû "travailler dix fois plus" pour être prise au sérieux.
"Une femme cisgenre, lesbienne, en plus métisse, c’est quelque chose que je n’avais encore jamais vu à la télévision. Et pouvoir être cette représentation, essentielle pour d’autres personnes, c’est une grande fierté. J’ai envie de montrer tout ce que je sais faire. Et qu’on a notre place, à la télé, dans les médias, partout."
Le super pouvoir de Malawitte ? Son aiguille à couture ! Cette visionnaire de 26 ans, d'origine franco-malawite, exerce la profession de styliste. C'est, pour reprendre les mots de Theodora, une fashion designa, et le clin d'oeil va au delà du trait d'humour : elle a travaillé sur les tenues de l'artiste féminine francophone la plus streamée dans le monde à deux reprises, pour le clip de Fashion Designa justement, et la cérémonie des Flammes 2025.
Ses inspirations sont vastes : elles vont de la scène ballroom aux cultures "alternatives" de la société, avec un soupçon de DIY. Malawitte est ce qu'on appelle une "crafty queen" :
"Je dirais que mes influences sont punk, baroques, glamour et parfois vintage. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime bien habiller des artistes drag ou des chanteuses. J’aime les robes volumineuses, les corsets, les grands chapeaux, les plumes, mais associés à des tissus beaucoup plus rock’n’roll. J’aime aussi aller chercher mes tissus en recyclerie. Je crée avec ce que j’ai et ce que je trouve".
Reine de l'upcycling, Malawitte aime aussi incarner des "femmes fortes qui prennent la place" en citant Madonna comme exemple : "Même si je ne voyais pas forcément à la télévision des personnes qui me ressemblaient, je voyais des femmes incroyables s’imposer dans des milieux dominés par les hommes".
Lors du challenge consacré à l'hymne de la saison, elle est apparue sur scène coiffée d'une perruque mulet fuchsia dans un full look léopard rappelant le motif favori de Jean Harlow et du premier défilé de Christian Dior en 1947. Féline, elle l'était jusqu'au bout des ongles et la jurée du jour, Isabelle Adjani, est restée hypnotisée.
Son oeil pour la mode a été affûté par "des maisons et des marques de luxe un peu subversives ou théâtrales". Elle cite Jean Paul Gaultier, Vivienne Westwood, Thierry Mugler ou Alexander McQueen parmi ses icônes fétiches.
Et vous avez peut-être déjà admiré son oeuvre sans le savoir puisqu'en plus de Theodora, Malawitte a confectionné la tenue d'entrée de Moon dans l'édition All Stars diffusée en 2025 sur France Télévisions et un récent le look chevalier pour Victor Aupecle, révélation de la dernière Star Academy.
Si elle réussit à surmonter sa nature discrète, Malawitte pourrait bien aller rafler la couronne... La concurrence est prévenue : la boss lady de la saison, c'est elle !
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