Pour être honnête, après les excellentes séries Breaking Bad et Better Call Saul, j'ai abordé Pluribus avec beaucoup d'enthousiasme, mais sans savoir à quoi m'attendre. Je ne connaissais absolument rien de l'intrigue, si ce n'est qu'il s'agissait de la nouvelle série de Vince Gilligan et qu'elle mettait en vedette Rhea Seehorn, que j'avais adorée dans le rôle de Kim Wexler dans Better Call Saul.
Mais ce à quoi je ne m'attendais absolument pas, c'était d'en venir à détester autant la protagoniste de Pluribus.
Attention, je trouve Carol Sturka fascinante. La suivre, c'est comme, parfois, assister au déraillement d'un train en feu. Elle m'exaspère au plus haut point et me fait crier devant l'écran ou m'arracher les cheveux à presque chaque épisode, car elle fait manifestement tout de travers et, je ne sais pas pourquoi, j'arrive à me convaincre que je ferais tout mieux qu'elle dans une telle situation.
Je ne peux pas m'empêcher de la trouver désagréable, obtus, voire cruelle, alors même que ses actes se justifient souvent et qu'elle est captivante sur le plan conceptuel. Carol n'est ni agréable, ni pétillante, et elle n'a pas de répliques charmantes pour nous la rendre attachante. Elle est sarcastique, perspicace, et profondément humaine. Et c'est probablement ce qui me chamboule le plus.
Car, même si nous nous croyons tous très intelligents bien installés chez nous et que nous savons exactement ce que nous ferions dans une situation comme celle de Pluribus, Carol décide d'aller de l'avant comme toujours : par pure obstination et à sa manière. Et ça se justifie, quand bien même ça me déstabilise.
D'une certaine manière, je suis persuadée que Carol m'apparaîtrait moins antipathique si c'était un homme. Ce serait un type arrogant et grincheux, certes, mais attachant, comme on en trouve beaucoup en fiction. Un peu à la Tom Hanks dans Le pire voisin au monde. Car les auteurs arrivent toujours à les adoucir subtilement. Il n'y a qu'à voir comment Skyler est passée pour la méchante à côté de Walt, le vrai criminel, dans Breaking Bad.
Pourtant, je suis heureuse que Carol ait été écrite comme ça. A l'instar du personnage de Jodie Foster dans True Detective : Polar Night, je pense que ce type de représentation des personnages féminins à la télévision est absolument essentiel. Surtout lorsqu'il s'agit de mettre en avant des femmes de plus de quarante ans qui n'ont pas de temps à perdre.
Tandis que les autres personnages profitent de la situation (et qui ne le ferait pas, dans une certaine limite ?), Carol est déterminée à ramener le monde à son état d'avant l'arrivée des Autres et à tout faire par elle-même, quitte à se mettre tout le monde à dos. Elle ne veut ni croisières de luxe, ni concerts de son groupe préféré, ni une armée de domestiques à ses ordres, ni rien de ce genre. Elle veut son ancien supermarché, avec les plats préparés les plus simples qu'elle puisse trouver, et ses DVD pour ne plus avoir à interroger le distributeur automatique.
C'est déstabilisant, car elle est ce qu'on sait que l'on devrait tous être, mais que l'on n'oserait pas être de peur... de perdre notre confort. À une époque où il semble de plus en plus facile pour une IA d'écrire vos courriels, de vous dessiner en personnage de dessin animé, voire de penser à votre place, Pluribus me paraît être une incroyable affirmation de l'importance de rester humain et de défendre ses droits. L'IA étant remplacée ici pour les Aliens.
Et ça nous pique d'autant plus qu'on l'a vue avoir des défauts, donc on sait qu'elle n'est pas parfaite. Carol ne cesse de faire des erreurs et peine à apprendre, mais sa réaction est aussi la plus humaine et la plus réaliste de toutes, même si elle n'est pas des plus agréables à regarder.Elle est, en fin de compte, une affirmation constante du libre arbitre et un personnage d'une complexité incroyable.
Je ne sais pas si je pourrais être amie avec Carol, que ce soit en temps normal, ou dans un contexte apocalyptique comme celui de Pluribus. Pourtant, à l'heure actuelle, elle est devenue la seule personne en qui j'aurais confiance pour sauver le monde.
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