Pendant des décennies, il a été partout. À la radio, au théâtre, mais surtout à la télévision, où son visage est devenu familier pour des millions de Français. Pourtant, Laurent Ruquier semble aujourd'hui prêt à refermer définitivement ce chapitre. Une décision mûrement réfléchie, qu'il a détaillée avec une franchise désarmante.
C'est dans le podcast On refait l'Affiche avec Martin et Mordue que l'animateur a choisi de se livrer, sans détour, sur son rapport à l'image… et à l'âge.
L'annonce est claire, presque brutale. Laurent Ruquier ne se projette plus à la télévision.
"Je vais, je pense, me consacrer uniquement au théâtre et à la radio et ne plus faire de télé".
Un choix qui marque un tournant après près de quarante ans d'exposition continue. Contrairement à d'autres figures du PAF qui quittent l'antenne dans le bruit ou la controverse, Ruquier choisit la lucidité et le recul. Et il s'agit simplement d'un ras-le-bol personnel : "Franchement, j'ai fait mon temps".
Cette phrase, lâchée sans amertume apparente, résume l'état d'esprit de l'animateur. Une manière d'assumer que chaque carrière a un cycle, même lorsqu'elle a été aussi riche et influente que la sienne.
Si Laurent Ruquier évoque l'âge, c'est surtout le rapport à l'image omniprésente qui semble l'avoir épuisé : "J'en ai marre qu'on me voie à la télé, en fait j'en ai marre de me voir à la télé. Je suis vieux maintenant. Au théâtre, les gens sont loin, ils ne verront pas trop les défauts. Je ne peux plus voir ma bobine à la télé".
Une confession rare, presque intime, renforcée par un aveu plus profond encore :
"Je ne me suis jamais supporté, mais alors avec l'âge, ça ne s'arrange pas".
Mais ce malaise est aussi le reflet d'une télévision qui n'existe plus seulement sur un écran. L'animateur pointe du doigt la surexposition permanente imposée par les réseaux sociaux : "Vous savez bien qu'aujourd'hui, la télé, c'est pas seulement la télé, c'est sur tous les réseaux. Vous allumez votre téléphone, vous voyez votre tronche avec les tics, les machins, le visage que vous n'avez pas envie d'avoir".
Un constat qui résonne fortement dans une époque où l'image ne s'éteint jamais, même après le générique de fin.
Laurent Ruquier ne parle ni de retraite officielle ni d'adieu solennel. Il parle simplement de choix. Celui de continuer à créer, mais ailleurs. Là où le regard est moins cruel, où le temps s'étire différemment, et où l'essentiel reste la parole.
"Je sais que les autres me regardent, et d'ailleurs, je vais vous dire, je ne me regarde pas."
Une phrase qui sonne comme une conclusion naturelle pour un homme qui aura passé sa vie sous les projecteurs, et qui choisit aujourd'hui d'en sortir sans fracas. Une décision rare.
© Eliot Blondet/ABACAPRESS.COM
Alors qu'il envisage de tourner le dos à la télévision, Laurent Ruquier n'est clairement pas près d'arrêter la scène ni le micro. En ce moment, il signe une pièce très attendue, "L'expérience théâtrale", présentée au Théâtre de la Michodière à Paris dans le cadre du centenaire de la salle. Cette comédie, portée par François Berléand et Max Boublil, mêle humour et réflexion sur les codes du théâtre, invitant le public à s'interroger : qui regarde qui ?.
Côté radio, il continue d'animer Les Grosses Têtes sur RTL, une institution du paysage radiophonique français dont il a pris les commandes en 2014 et qui reste aujourd'hui un rendez-vous quotidien pour des millions d'auditeurs autour de discussions culturelles, de jeux et de coups de cœur.
Pendant près de quarante ans, Ruquier a imposé sa patte sur le petit écran, alternant humour, culture et débat, avec une liberté de ton (et des jeux de mots) devenue sa signature. Une carrière qui laissent de nombreux formats devenus cultes.
- On a tout essayé, programme emblématique des années 2000, qui a révélé toute une génération de chroniqueurs et installé durablement son sens de la répartie et de l'impertinence dans le paysage audiovisuel. Une émission laboratoire, où l'actualité se frottait à l'humour sans filtre.
- On n'demande qu'à en rire : véritable tremplin pour de jeunes humoristes. Pendant plusieurs saisons, ce rendez-vous a lancé de nombreuses carrières et confirmé son flair pour détecter les talents avant tout le monde.
- On n'est pas couché : diffusé pendant plus de dix ans en deuxième partie de soirée, ce talk-show est devenu un passage obligé pour les artistes, écrivains et responsables politiques. Interviews longues, débats parfois électriques, critiques redoutées : le programme a marqué la télé française et le genre du talk culturel tardif.
Plus récemment, avec Chez Ruquier, il a renoué avec un format proche d'On n'est pas couché. C'est à retrouver chaque samedi dès 19h30 sur T18. Jusqu'à quand...? Seul Ruquier le sait.
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