Le Lux Tour de Rosalia enchante le monde entier. Lancé le 16 mai à la LDLC Arena, le nouveau spectacle de la star espagnole propose une véritable expérience immersive dans laquelle les frontières entre les différentes formes d'art (théâtre, peinture, musique) se mélangent. "Un tourbillon stylistique, linguistique et religieux" pour Le Monde, "Un renouvellement de la pop contemporaine" pour Télérama : Rosalia, qui fait figure de favorite pour les Grammy Awards 2027, bouscule les codes. Et pas seulement sur scène.
Sur un subtrackt dédié, l'interprète de Berghain a pris l'habitude de livrer ses réflexions personnelles comme à un journal intime. Très prolifique au moment de la sortie de Lux (2025), Rosalia avait quelque peu délaissé la plume ces derniers mois, mais elle brise le silence dans une longue publication ayant pour thème la vie de tournée. Lors d'un concert à New York le 17 juin, la chanteuse de 33 ans a "commencé à parler de cette vie folle" et cet échange lui a donné envie de préciser plus profondément sa pensée.
Passée par l'Europe, actuellement en voyage du côté des Etats-Unis avant son arrivée en Amérique latine "si Dios quiere", Rosalia estime que cette vie de saltimbanque "n'est pas faite pour tout le monde".
"Il faut être courageux pour être nomade. (...) Le détachement n'est pas optionnel, parce qu’une bonne partie de ce que vous portez avec vous se perdra en chemin. Vivre en changeant constamment de lieu, loin de ce qui est à vous, de vos proches, ou de l’endroit où vous êtes né. Vivre loin de tout ce que vous aimez et détestez, mais qui vous rappelle inévitablement qui vous êtes".
Perdre ce sentiment d'être à la maison est pour Rosalia "un sacrifice déchirant".
"Ça ne m’étonne pas que la plupart des artistes se plaignent quand ils parlent de la vie en tournée et que beaucoup se tournent vers n’importe quel type d’anesthésiant pour y faire face, parce que la vie en tournée, ce n’est pas une plaisanterie."
Avec ses mots, Rosalía décrit ce que personne ne montre vraiment de la tour life : le rituel quotidien de transformer une chambre d'hôtel anonyme en chez-soi... pour devoir tout démonter quelques heures plus tard :
"Le dessin de la personne que vous aimez sur la table de nuit, les chemises soigneusement suspendues dans l’armoire, les livres empilés que vous n’aurez jamais le temps de lire, ou la figurine décorative merdique que vous cachez dans l’un des placards de l’hôtel parce que vous ne supportez plus de la voir une seconde de plus... À ce jour, je suis encore surprise par l’arrogance avec laquelle vous pouvez parfois observer ces espaces comme s’ils étaient à vous, comme si pendant une seconde vous croyiez à votre propre mensonge selon lequel cette chambre d’hôtel vous appartient".
Enchaîner les vols aériens, les transports, au gré des dates de concerts, revient essentiellement à réaliser la même action : "construire son foyer et le détruire". Aujourd'hui Las Vegas, demain Los Angeles, après-demain San Diego. Et après ? "Vous faites ce que vous pouvez à votre manière : parfois vous pleurez, souvent vous vous déconnectez, et un beau jour vous dites tout bas un 'au revoir' qui vous fait vous sentir un peu mieux en fermant la porte, en vous demandant si vous reverrez un jour cette chambre" décrit-elle.
Rosalia admet avoir demandé de l'aide pour lui permettre de mieux appréhender cet "entre-deux. Mais rien, dit-elle, ne prépare vraiment à ce cycle épuisant qui se répète.
"Chaque fois que je tombe amoureuse d’un endroit, j’ai aussi des raisons de ne pas vouloir partir, et c’est aussi ma façon de dire que j’ai peur de n'avoir de racines nulle part. Mais je sais que, au fond, je porte en moi tout ce qui compte, et il y a des choses que je ne pourrai jamais perdre parce que je suis, et serai toujours, une archive de tout ce que j’ai aimé."
Des confessions auxquelles quiconque vit des conditions similaires - une hôtesses de l'air, un conducteur routier, un hommes d'affaires - pourra sans doute s'identifier. Consoeur popstar de Rosalia, Miley Cyrus (tout comme Adele) refuse désormais de partir en tournée loin de chez elle pour des raisons similaires.
"Les artistes comme Prince, disparu aujourd’hui, ont vécu un style de vie intense, toujours à arpenter la route...C’est vraiment difficile de rester sobre sur la route, c’est vraiment compliqué de préserver son bien-être mental en tournée. On est entouré de milliers de personnes qui nous crient dessus, on est sous l’effet de la dopamine, on ressent beaucoup d’amour, et puis on s’effondre complètement à la fin du concert" avait-elle admis l'été dernier dans l'émission Good Morning America.
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